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Samizdat

Les panneaux d'arrêt.[1]

(un nouvel)




Dan Schobert

"Voilà, mes chers étudiants, la fin de ma présentation sur l'évolution." Le professeur James Wilson se mit alors à ranger ses notes. C'était la conclusion de son cours intitulé Évolution 101, un cours de 13 semaines d'introduction à la théorie de l'évolution pour collégiens. Selon son habitude, et sans soulever les yeux, il lui demanda: "Avez-vous des questions? " C'était la question qu'il posait toujours en concluant ses présentations mais il recevait rarement de réaction de la part des 300 étudiants entassés dans la salle de conférence. Wilson se demandait parfois si les étudiants étaient vivants, encore moins éveillé. Mais il ne s'en souciait guère ce jour-là car en quelques semaines, il devait prendre sa retraite. Il ne se doutait pas que les choses étaient sur le point de prendre un tournant imprévu.

Croyant que les choses suivaient leur cours normal, Wilson souleva la tête et balaya du regard l'assistance pour voir, si par hasard, quelqu'un avait réellement une question. Se déplaçant de gauche à droite à travers la salle, il était étonné de voir une main élevée à la quatrième rangée, au cinquième banc.

"Tiens, voilà une surprise. Nous avons une question. Lève toi jeune homme et fait nous entendre ce qui te préoccupe."

Lentement, l'étudiant s'est levé. C'était William (Billy) Lynch, dans la vingtaine. Un étudiant réservé, Billy a rarement fait beaucoup de bruit dans la classe, se contentant d'observer la majeure partie du temps. Sa carrure de six pieds, deux pouces étaient attriqués à la mode typique du jour; vêtements d'armée, chaussures Nike et chemise déchirée. Au moins les vêtements étaient propres. Il s'est levé lentement de son siège, a passé ses doigts dans ses cheveux bruns ondulés et toussa doucement.

"Merci professeur Wilson," il a commencé. " j'ai assisté au cours ici pendant ces dernières semaines tandis que vous avez parlé sur l'évolution et j'ai trouvé vos commentaires fort intéressants. J'ai tenté d'intégrer toutes ces informations, pour bien en saisir le sens et j'ai maintenant une question à vous proposer."

"Bon mon garçon active toi, nous avons des choses à faire," coupa le professeur, avec une certaine hésitation dans sa voix, espérant pouvoir en terminer rapidement.

"Avec tout dû respect que je vous dois professeur Wilson, je réalise que vous avez enseigné ce cours pendant tant d'années et il est probable que vous allez penser ma question peu raisonnable mais je veux juste demander ceci: Pourquoi nous avons des panneaux d'arrêts pour la circulation ?"

La classe a pouffée de rire. On y entendait des sifflements, des huées et des cris. Professeur Wilson lui-même a dû se retenir pour ne pas se joindre au ricanements, sachant qu'aucune question n'est tout à fait déraisonnable bien que celle-ci semblait quelque peu hors contexte.

Toussotant légèrement et espérant la question seraient facilement répondus, professeur Wilson dit: "Mon garçon, ça semble une bonne question et ma réponse est ceci: Nous avons des panneaux d'arrêt afin d'informer les gens qu'ils doivent s'arrêter à une intersection particulière."

Encouragé par le professeur et en espérant tenir ferme dans ce débat, Billy Lynch poursuivit son questionnement.

"On est en accord total sur ce point- là professeur. Nous avons posés des panneaux d'arrêt afin d'encourager des gens à s'arrêter. Ainsi ma prochaine question, si je le puis, est ceci: Pourquoi voulez-vous que les gens s'arrêtent ?

Bien qu'il commençais d'avoir le sentiment qu'il valait mieux mettre fin à la discussion, Dr. Wilson poursuivi malgré tout.

"Je voudrais que les gens l'arrêtent parce que s'ils ne s'arrêtaient pas, ils pourraient devenir blessés, même tués, " dit-il. L'attention des étudiants se détourna de Wilson à Lynch, se demandant où cette discussion allait mener.

"Tout à fait d'accord," affirma Lynch. "Je crois que nous pouvons convenir que ce serait probable. Je me demande simplement pourquoi vous vous souciez que les gens puissent être blessés ou tués s' ils n'observent pas un signe d'arrêt? "

Le professeur a répondu rapidement: "Vous ne désirez tout de même pas que les gens puissent être blessés ou tués, j'espère? "

Billy Lynch sentait une certaine pression de poursuivre la réplique du professeur mais il savait qu'il y avait une meilleure approche.

"Je ne veux vous manquer d'aucun respect professeur Wilson, mais ce n'est pas mon rôle de fournir une réponse à cette question car c'est à vous qu'elle a été posée. C'est de votre part que je recherche une réponse à mes interrogations. Je me demande ce qui pourrait vous motiver à vous soucier si quelqu'un puisse être blessé à un panneau d'arrêt... et votre réponse ne devrait pas prendre la forme d'une question posée à moi. Je connais la réponse que je donnerais mais je m'interroge sur la votre."

La classe était plutôt étonnée par le cran de Lynch. Il avait effectivement posé une question embêtante et le professeur Wilson en prenait lentement conscience lui-même. On lui demandait une question de fond très importante, mais il ne savait que dire. Le professeur Wilson et les autres étudiants savaient peu de choses au sujet de Billy. Ils ne savaient pas qu'il s'agissait d'un jeune homme brillant, entré à l'université à l'âge de 16 ans, après avoir rapidement parcouru un programme d'enseignement au foyer donné par sa mère. C'est à ses genoux qu'il avait appris à développer un esprit alerte et à réfléchir de manière profond aux questions. À l'insistance de sa mère, il avait étudié la théorie de l'évolution et de ses nombreux défauts. On lui avait encouragé d'étudier de manière systématique les données citées à l'appui de l'évolution et, dans le processus, était venu à la conclusion que les données citées à l'appui de l'évolution étaient, au bout du compte, des interprétations que l'on avait érigées en faits. Il lui apparaissait le concept de l'évolution n'était rien d'autre qu'un raisonnement savant ayant comme objectif de nier l'existence et l'œuvre de Dieu. Il avait donc un grand avantage par rapport à ses camarades de classe qui avaient pratiquement forcé d'accepter une théorie que certains appellent, "un conte de fées pour adultes" afin de recevoir leur diplôme.

"Vous avez bien raison m. Lynch. J'ai sollicité des questions et c'est ce que vous avez apporté. Il m'appartient donc de vous fournir des réponses. Quant à mon sentiment à l'égard du fait qu'une personne puisse être blessé ou tué n'ayant pas respecté un panneau d'arrêt, je crois ma réponse est la suivante: Un tel état de fait ne me plairais pas. Et c'est ma réponse finale."

La faiblesse de cette réaction provoqua quelques rires dans la salle de conférence.

"Merci professeur mais je ne vois toujours pas pourquoi vous ne voudriez pas qu'une personne soit blessée ou tuée. Est-ce simplement une opinion que vous avez formée? Se peut-il qu'il y ait quelqu'un dans le monde, même quelqu'un dans cette salle qui serait enchantée à l'idée qu'une personne soit blessée ou tuée pour avoir négligé de s'arrêter à un panneau d'arrêt? Pour quelle raison votre avis sur la question serait plus valide que celle d'une autre? Votre position sur cette question, apparemment étrange, est-ce une la vérité absolue ou une simple opinion?

Le professeur Wilson, essayant de gagner du temps afin de réfléchir à la question qu'on lui posait, fourrais ses notes de conférence dans sa mallette de cuir noir. La même qu'on lui avait donné il y a 30 ans lorsqu'il a commencé sa carrière d'enseignant. Cette mallette montrait l'usure du temps; la pognée avait besoin d'une réparation. Il a refermé la mallette avec un déclic, la laissant sur son bureau et s'avança lentement à l'avant du bureau, ses mains derrière le dos. Il se doutait bien depuis un bon moment qu'une telle question pourrait lui être posée; il s'y attendait mais avait espéré qu'il pourrait terminer sa carrière d'enseignant sans devoir adresser la pensée derrière cette question. Il savais qu'il y a bien longtemps, avant son entré à l'université, il aurait eu une réponse rapide à ce genre de question mais sa formation universitaire lui avait changé d'avis. Il était conscient depuis un moment que les choses qu'il enseignais au sujet de l'évolution puissent avoir des répercussions sur le plan moral mais il avait mis en oublie cette difficulté, de sorte qu'il puisse atteindre cette position à l'université et vivre une bonne vie. Il a simplement souhaité poursuivre sa carrière en évitant les confrontations, recevant ses chèques de paie généreux sans s'attaquer à ces questions qui l'avaient tracassées. Avec le passage du temps, Wilson s'est rendu compte que bien des choses qu'il enseignait au sujet de l'évolution avait peu de valeur mais il l'a fait malgré tout. Que dirait-on de lui ses collègues s'il ne sortait des rangs pour affirmer ses doutes ? On se moquerait de lui. il pourrait même perdre sa position. Non, il s'est dit à lui-même, pendant ses 30 années enseignement... il enseignerait ce qu'on lui avait enseigné sans se soucier d'autres choses. Mais voilà se retrouvait-il faisant face à une foule d'environ 600 yeux... souhaitant tous avoir une parole de sagesse de la part du vieux professeur.

Il s'est tenu devant son bureau pendant un bon moment, les yeux fixés sur le jeune 'Billy' Lynch. Les paroles ne lui manquaient pas, mais il s'interrogeait sur le lien entre cette question étrange et les nombreuses conférences qui l'ont précédée, mais il craignait la direction qu'allait prendre la question. Quel rapport entre s'arrêter devant un panneau d'arrêt et les heures de présentations aux étudiants au sujet de l'évolution? Au cours de toutes ses années d'études, il ne s'était jamais retrouvé dans une telle situation.

Wilson n'était pas un homme de grande taille. Ses 200 livres lui aurait suffi à peine pour l'entrée dans une équipe du football américain. La majeure partie de ses cheveux avaient disparu, bien qu'il ne soit chauve mais il a, quelques années auparavant, décidé de couper ses cheveux très courts. Il portait des lunettes aux montures d'acier; des lentilles à double foyer. Ils se reposaient sur son nez large, juste au-dessus d'une moustache fine. Son menton était maintenant imberbe bien qu'il ait souvent arboré une barbiche. La barbiche avait été éliminée récemment, lui donnant une allure nouvelle, un "look" d'étudiant de première année, ce qui s'adaptait peut-être bien pour la retraite qu'il avait envisagée avec son épouse Sally. Ils avaient pensé visiter l'Europe dès que les choses sur le campus seraient classées. Il portait une chemise à manches courts en denim bleu clair, avec un collet mao déboutonné au-dessus. Sa chemise était enfoncée dans ses pantalons Levis bleu foncé et il avait une ceinture large de type "Western". Un modèle avec une grande boucle, le genre porté par beaucoup de cow-boys.

Il baissa ses mains à ses côtés, sachant qu'il devait dire quelque chose.

"Oui," il a dit. "il est absolument vrai que ce ne serait pas une bonne chose que quelqu'un soit blessé ou tué à un panneau d'arrêt. "

Tout à coup, il prit conscience... il avait effectivement utilisé ce terme, celui qu'il redoutait, car affirmer qu'une chose est 'absolue' signifié qu'il venait d'une source extérieure à lui-même. Et sa formation universitaire en science l'avait forcé à croire que rien n'existait qui ne puisse être testé. Il savait que la seule source d'absolus était en Dieu mais Dieu était resté loin de son esprit depuis qu'il avait entré dans le domaine de l'éducation.

Relevant ses yeux, soulevant ses sourcils, il a demanda à Lynch: "Est-ce bien la réponse que vous cherchez? "

La classe, bien qu'impatiente de quitter la salle et de se rendre à leur prochain cours, restaient immobiles sur leurs bancs, comme s'ils y étaient collés. Il y avait peu de mouvement à l'exception de la rotation de têtes se dirigeant du professeur vers leur camarade qui était soudainement le centre de l'attention. Une chose plutôt étrange puisque peu d'entre eux avaient accordé quelque attention à Lynch auparavant. Maintenant ils regardaient Billy et on commençait à s'interroger à son sujet. D'où lui venant la force de remettre en question un professeur agrégé? Ne se souciait-il pas d'obtenir une mauvaise note ?

Lynch, toujours debout, sous les regards des autres étudiants, gardais ses yeux sur le professeur.

"Merci professeur, cela fait partie de la réponse que je recherchais," dit Billy. "Est-ce que vous pouvez m'expliquer, nous expliquer (désignant la classe d'un mouvement de ses mains), quelle serait la source de cette valeur absolue? C'est que dans le cadre de vos cours vous avez à plusieurs reprises affirmé que toute ce que nous voyons... la réalité, est le résultat du temps et du hasard. Dans une telle situation, où règne l'aléatoire, il ne semble pas y avoir aucun moyen d'établir des Absolus. Il me semble que tout ce que nous affirmons et tout ce que nous faisons puisse être considéré comme un coup de dés. Comment affirmer qu'une chose comme un absolu puisse exister tandis que l'affirmation lui-même peut être simplement le résultat d'une connexion aléatoire dans le cerveau?"

La classe était déconcertée d'entendre une telle chose. Plusieurs des camarades de classe de Billy n'avaient jamais réfléchi à de telles questions. Ils n'avaient jamais considéré le fait que le concept de l'évolution puisse avoir une portée bien au-delà de la biologie, dépassant la physique ou la chimie. Cette question avait des conséquences imprévues et ils restèrent cloués à leurs sièges, peu préoccupés par leurs prochaines classes mais se demandant plutôt où allait mener cette discussion.

Professeur Wilson, lui-même étonné par le courage de l'étudiant et intrigué par le questionnement continu de Lynch, abaissa son regard. La tête baissée, comme en réflexion profonde, il s'est déplacé vers le tableau et prit alors un morceau de craie tout neuf. Lentement, et avec autant soin que possible, Wilson a écrit quatre lettres, en majuscules grand format sur le panneau: D-I-E-U. Ce qu'il a ensuite souligné.

"C'est ce qui constitue la source du mon... de notre, moralité absolu, " dit alors Wilson.

Il a prononcé ces mots avec un sens particulier de respect et de révérence. C'était le mot qu'il s'était voué d'éviter il y a longtemps dans ses conversations, dans ses classes, dans sa vie. Mais il savait, tout au fond de lui-même, qu'il s'agissait de la bonne réponse; c'était la réponse qu'il avait évitée au cours de ses trente années d'enseignement car il savait que ce qu'il avait enseigné au sujet de l'évolution avait éliminé seulement le mot, non pas Dieu lui-même. Il savait que l'idée de l'évolution était au mieux incertaine mais il l'avait enseigné de toute manière, espérant contre tout espoir qu'il ne serait jamais tenu à la défendre. En fin de compte, il savait que la réponse véritable aux grandes questions de la vie ne venait pas d'une chose qui a émergée d'une mare de boue primordiale il y a des milliards d'années, mais venait de Dieu. Comme s'il émergeait d'un moment de prière silencieuse, le professeur Wilson leva ses yeux vers la quatrième rangée, au cinquième banc où Billy Lynch se tenait debout, les mains dans ses poches.

"Est-ce bien la réponse que tu cherchais ?" demanda le professeur, bien qu'avec une voix si douce, tous pouvaient entendre malgré tout.

"Merci professeur Wilson. C'est effectivement la réponse, mais je dois me demander d'où proviennent vos informations sur Dieu? Cela ne semble pas avoir une source évolutionniste ou matérialiste. Si le concept de Dieu est également le résultat de processus évolutionnistes, cela signifie que son existence a un statut qui ne diffère d'aucune manière de toute autre idée que nous pourrions avancer. Il est plutôt facile de prononcer le mot DIEU, mais prononcer ce mot ne lui rends pas l'existence, n'est-ce pas ? "

Le professeur s'éloigna du tableau et se tenait à nouveau devant son bureau de métal gris. Un bureau à deux tiroirs de chaque côté de l'espace où une personne s'assied, le genre de bureau que l'administration universitaire semblait croire approprié pour une salle de conférence. Poussant de côté sa mallette et quelques livres, le professeur s'est assis sur le bord du bureau avec ses pieds, enfoncés dans une paire de "loafers" bruns, balançaient à quelques centimètres du plancher. Ses mains, gauche et droite, saisissait les bords de bureau à ses côtés, il semblait perdu dans ses pensées. "Où va me conduire cette discussion ?" se demandait-il. Soulevant sa tête, il balaya du regard l'assistance en regardant dans les yeux de ses étudiants, ces jeunes qui l'avaient écouté discourir sur l'évolution. Il se remémora aussi ces milliers d'étudiants qui s'étaient assis sur ces mêmes bancs au cours des nombreuses années de sa carrière. Il avait failli à la tâche à leur égard car l n'a pas eu le courage de leur parler au sujet des choses vraiment importantes, au contraire il leur avait récité un conte de fées au sujet de la vie et ses étudiants l'avait gobé, comme ils devaient le faire, afin d'obtenir une note de passage et leur permettre de terminer leurs études. Dès lors, il prenait conscience qu'il les avaient laissés tomber et il commençait à saisir le tort qu'il avait causé à un si grand nombre.

Après avoir regardé dans les yeux de ceux qui le regardaient, son attention s'est porté à nouveau sur Billy Lynch, ce jeune homme, resté debout, seul dans la foule s'assise.

"Oui," dit-il finalement. "Oui, Dieu est plus qu'un mot de quatre lettres sur un tableau noir d'université. Même si je n'avais pas écrit ce mot, Dieu existerait malgré tout. Il existe, non pas parce que je l'affirme, mais parce que la Bible nous l'indique. C'est la Bible qui nous se fournit des informations sur une question aussi importante."

Le professeur Wilson était étonné, de même que ses étudiants, d'entendre de telles paroles dans une salle de classe d'université, des paroles qui n'avaient pas résonné là depuis bon nombre d'années, bien qu'elles aient été généralement discutées en premiers jours de l'établissement. À cette époque les directeurs et les fondateurs avaient consacré le campus à la gloire de Dieu. Bien des choses s'étaient produits au cours des années qui suivirent, des décennies de déclin progressif jusqu' au moment actuel où il semblais que le mot Dieu était exprimé avec dépit.

Billy Lynch semblait être satisfait de la réponse. "Merci professeur, " dit-il. "Il me semble, que si Dieu est effectivement celui qui est la source des absolus, il doit être également celui qui pourrait fournir des informations pertinentes touchant l'origine des choses. Si on admet ce point, il semble alors nécessaire de considérer ses paroles. Mais le discours qu'on nous tiens ici à l'université a tôt fait de rejeter la Bible et nous demande de croire que tout nous voyons est le résultat du temps et du hasard. Je suis conscient du fait qu'il y ait eu bien des tentatives de réconcilier ces deux perspectives mais, à mon avis, celles-ci ont échoué car, à la longue, elles ont tendance à marginaliser Dieu. Au fonds, toute la question semble dépendre de la décision de faire confiance à Dieu ou non."

"Mais il y a plus, supposons un moment que j'ai un pistolet."

Il enfonça rapidement sa main droite dans sa poche. Les étudiants et le professeur ont sursauté, pensant peut-être ils allaient devenir des victimes. Lentement, Billy Lynch tira sa main de sa poche, mais plutôt qu'un pistolet, il y avait sa main sous forme de "pistolet", avec l'index dirigé à l'avant et le pouce vers le haut, le genre de geste que font les gosses en jouant. Il brandit son "pistolet " en faisant le tour de la salle, pour le diriger finalement vers le professeur.

"imaginez qu'il s'agit d'un pistolet véritable," dit -il. "et que j'étais sur le point de tirer sur vous ou peut-être certains de mes camarades de classe, voir moi-même. Bien qu'il s'agit d'un acte illégal, et en ignorant le fait que ça ne vous plairais probablement pas que je vous tire dessus ou que je tire sur tout autre personne, sur quelle base peut-on affirmer que je ne devrais pas accomplir un tel geste ? Après tout, on nous affirmé dans le cours de cette série de présentations en classe que l'évolution a toujours procédé sur la base de la survie. Et que peut-on me reprocher si je sens que vous, et les autres dans cette salle, constituez un danger à ma survie et que je crois qu'en vous éliminant, j'augmente alors mes chances de survie. Ainsi, sous les règles de l'évolution, j'ai tous les droits d'accomplir un tel geste sans qu'on me punisse car je respect les règles de l'évolution."

Billy remit lentement son "pistolet " de nouveau dans sa poche et s'est assis. La salle était tout à fait silencieuse, exception fait du ronronnement de la climatisation. Le professeur Wilson ne dit rien. Il était abasourdi car il savait que ce que Billy Lynch avait affirmé était vrai. Il savait par ailleurs que bien de ses collègues, au fonds d'eux-mêmes, l'admettraient aussi.

Sans tarder, les étudiants ont commencé à quitter la salle. Certains ont fait une pause au bureau de Billy, lui serrant la main ou en lui donnant un salut amical, le pouce vers le haut ("bien fait"). "Pas mal!" lui dit un autre en passant.

D'autres, cependant, ont secoué leur tête, croyant que Lynch devait être un genre de fanatique. L'un d'entre eux dit "Tu est fou". Un autre a crié "Qui est-tu, encore un fanatique religieux?"

En peu de temps, la salle s'est vidée, à l'exception de Billy et le professeur, resté assis sur son bureau. Billy s'est alors levé de son siège, saisi le boucle de son sac à dos et descendit l'allée inclinée où le professeur était toujours. Fourrant la main dans son sac à dos, Billy en a tiré un paquet enveloppé de papier brun, un cadeau avec un ruban rouge et l'a placé sur la mallette du professeur. Billy a tendu la main au professeur.

"J'ai vraiment apprécié vos réflexions," A-t-il dit. "Je pense qu'il devait être difficile de partager ces idées dans la classe d'aujourd'hui. Je vous souhaite bonne chance pour votre retraite."

Le professeur serra la main de Billy mais avec une certaine incertitude quant à la signification du geste. Au fond de son cœur il avait envie d'appuyer les affirmations de Billy Lynch mais ça lui semblait imprudent à ce moment précis. À vrai dire, il voulait par-dessus tout que ce jour-là prenne fin, ne sachant pas ce que pourrait se produire par la suite tandis qu'allait courir la nouvelle parmi les étudiants qu'il avait effectivement remis en cause la validité de la théorie de l'évolution.

"Merci, " Dit-il. "Merci d'avoir assisté à ma classe aujourd'hui. Mais que se trouve-t-il dans ce paquet? " a-t-il demandé, le soulevant et de sa place sur le bureau et le tenant dans sa main.

"Il s'agit de quelque chose que j'ai mis de côté pour vous," avisa Billy. "j'espère que vous l'apprécierez."

Ceci dit, Billy Lynch laissa le professeur s'assis sur le bureau, marcha vers le haut de l'escalier vers le corridor et disparut.

Le professeur resta assis sur le bureau pendant un long moment, réfléchissant à la remarque qu'il venait de prononcer et s'interrogeant sur le paquet qu'il tenait entre les mains. Il se demandais comment il avait pu dériver si loin des buts qu'il s'était fixé lorsqu'il était enfant. Ses pensées l'ont rappelé des souvenirs du passé où, en tant que jeune garçon de dix ans assistant à une activité de camping organisé par son église, il avait décidé que devenir chrétien était la bonne chose à faire. Sa décision avait suivi une semaine de bon moments au camp; de la natation, la randonnée pédestre, les chants et des feux à al belle étoile au camp du lac Louise au Michigan. C'était un grand voyage pour un gosse comme lui. Il s'est rappelé le tour dans le vieux autobus vert pour écoliers qui a recueilli les jeunes de leur petite église de campagne près de Bowling Green, Ohio vers le camp près du grand pont à l'extrémité nord de la péninsule méridionale du Michigan. Il pouvait presque sentir à nouveau les odeurs des panneaux de cèdre utilisés dans la construction des dortoirs et les repas merveilleux. Toutes ces expériences lui sont revenues à son esprit comme si elles s'étaient produites hier. C'avait été une expérience inoubliable. Chaque nuit au feu de camp, le pasteur racontait des histoires de la Bible et mettait au défie les jeunes de donner leurs vies à Christ. La dernière nuit, le petit Jimmy Wilson (car c'est comme ça qu'on le surnommait) a soulevé sa main et indiqué alors qu'il vivrait pour Dieu le reste de sa vie.

Lorsqu'il est revenu à la ferme de l'Ohio où il vivait avec sa mère et son père, il avait rapidement raconté son expérience au camp, en particulier sa décision de devenir chrétien.

"C'est merveilleux," dit son père. "Nous avions prié pour toi depuis que tu est tout petit." Sa mère l'a étreint et l'a embrassé sur la joue. "Nous sommes si heureux," a-t- elle dit.

L'accueil favorable de la part de ses parents a donné au jeune Jimmy Wilson le sentiment de faire la bonne chose et de sentir qu'il était maintenant sur la route droite, non seulement pour aller au ciel mais également pour mener une bonne vie ici-bas. Il ne se doutait pas qu'un jour délaisserait cette route.

Il a quitté cette route de manière graduelle. Il lui était même assez difficile d'indiquer un moment précis où les choses ont commencé à changer mais il lui semblait qu'il y avait des choses subtiles dans l'air lorsqu'il a commencé son lycée. C'était là, il s'est souvenu, que les professeurs avaient peu d'égards pour les paroles de la Bible. Ils ont commencé à émettre des doutes là-dessus. Au début, il pensait que c'était une chose horrible, mais il s'est rendu compte qu'il devait accepter ce que les professeurs disaient afin d'obtenir une bonne note en classe. Initialement cela posait un problème, mais par la suite il est devenu plus facile de voir que ce qu'ils affirmaient était "plus scientifique" et, de ce fait, devait être exact... et la Bible, de quelque manière, incorrecte... peut-être même complètement erronée.

Au lycée, on entendait parler de plus en plus au sujet de l'évolution, particulièrement dans les cours de bio mais également dans d'autres classes de science. À vrai dire, même lorsqu'il était question de politique et des sciences économiques. Il lui semblait que peu importe le champ de connaissance, quelqu'un ou quelque livre affirmait la théorie de l'évolution. Puisqu'on le voyait affirmé de tant de manières, Jimmy Wilson a fini par supposer que c'était vrai et, de plus en plus, a mis de côté sa détermination pour s'intéresser à ce que Dieu a pu dire au sujet des choses. Régulièrement, de la part de ses professeurs il entendait: "Ces récits de la Bible ne sont que des mythes." L'on attendait de lui qu'il respect ces gens. Comment pouvaient-ils se tromper?, il a pensé.

Lorsqu'il a commencé l'université et travaillait à ses études préparant une licence et ses études gradués il est devenue pleinement engagé à la perspective évolutionniste, mettant de côté toutes ses convictions précédentes au sujet de Dieu. À cette époque, il a cessé d'aller à l'église, bien qu'il savait qu'il ne devais pas le faire. Par la suite, sa seule apparition à l'église était le jour où il a marié Sally Witherspoon, une belle de Fort Wayne, Indiana. Elle faisait une majeure en musique et plus tard donna les leçons de chant privées dans leur maison. Tout cela fut suivi de l'addition de trois enfants à leur maison: deux garçons et une fille. Après sa graduation, avec un doctorat. en biologie, Wilson s'est vu offrir le travail d'enseignant qu'il a tenu pendant presque 30 années, un poste qu'il était sur le point de quitter.

Évidemment on s'attendait de lui qu'il enseigne l'évolution tout comme on lui avait enseigné. Mais ces derniers temps, la tâche n'étais plus si facile. Depuis quelques années, il lui était arrivé de lire quelques livres émettant des doutes sérieux touchant le concept de l'évolution. Peut-être le premier était le livre de Michael Denton: Évolution: une théorie en crise. D'autres livres ont suivi ainsi que des conférences, qui ont jeté des ombres sur ces choses qu'il avait pensé étaient appuyées par la science, irréfutables. Il s'est rendu compte par exemple que l'orientation des acides aminés (forme L) était incompréhensible à moins qu'elles aient été créées orientées de cette manière. Il a fini par percevoir qu'il n'y avait aucun moyen que la complexité des structures qu'on observe chez les organismes vivants puisse être le produit du hasard. Il a pris conscience aussi que la capacité de ces mécanismes de remplir des tâches précises n'était pas une téléologie "apparente" mais exigeait un planificateur, un Créateur. De plus en plus il ressentait une tension entre ce qu'il entendait et lisait et ce qu'il racontait à ses étudiants. Mais il avait tenté d'ignorer cette tension, se disant que ce serait pour peu de temps encore et il serait bientôt à la retraite, n'ayant plus à ce soucier de ce qu'il avait enseigné ou de ce qu'il avait dit. Il se disait qu'il lui suffisait de persévérer un peu encore, juste peu jusqu'à la retraite, alors il pourrait se débarrasser de l'hypothèse évolutionniste qui tellement avait été une partie importante de sa vie mais qu'il savait maintenant erronée et contredite par des données empiriques.

Il se disait: "Il est dur, d'admettre qu'il avait eu tort..." mais Sally savait que quelque chose allait de travers.

Elle demanda au cours d'un dîner: "Quel est le problème, Jim?". Elle a avait une sensibilité pour ces choses mais il avait rarement eu le courage d'avouer le problème réel. "Ça va..." a-t-il dit... "Peut-être un peu fatigué."

Et il avait fermé la porte sur de telles questions... mais Wilson savait que ce qui le préoccupait vraiment était l'obligation d'affirmer à ses étudiants quelque chose qu'il ne croyait pas réellement lui-même. Il s'agissait d'un conflit intérieur profond. Il s'était rendu compte que les histoires qu'il avait entendues touchant les origines de la vie à partir d'une mare de boue n'étaient pas crédibles. Il s'était rendu compte que la meilleure explication scientifique des faits de la géologie n'impliquait pas des milliards d'années mais une Déluge mondiale, comme celle signalé dans la Bible avec Noé et l'Arche. D'une part, il savait ces choses mais il savait également qu'à son âge, s'il osait remettait en question la position admise touchant les origines de la vie une telle prise de position pourrait très bien affecter sa carrière. Bien qu'il ne pourrait perdre son poste, car il était agrégé, il estimait qu'il était préférable de ne pas provoquer de controverses à cette époque dans sa vie.

Le voyage dans le passé a été interrompu lorsque quelqu'un a ouvert la porte de la salle de conférence et a crié:

"Ça va, Dr. Wilson?"

"Oui," il a dit. "Ça va très bien; je réfléchi un peu. Merci tout de même."

La voix à l'arrière de la salle a répondu alors: "Parfait"... et il a entendu des bruits de pas qui s'éloignaient, la porte qui se refermait et le déclic du loquet.

Wilson regard de nouveau le paquet qu'il tenait dans ses mains. Il délia le ruban rouge avec lequel la boîte était attachée et le mit de côté. Le paquet avait été emballé de papier brun. À vrai dire, il s'agissait de papier tiré d'un sac d'épicerie, tenu ensemble par de petits morceaux de ruban gommé. Prenant son couteau de poche à deux lames, Wilson trancha le ruban gommé à chaque extrémité du paquet et tira une boîte hors de son emballage. La boîte avait environ 25cm de long, 15cm de largeur et 5 cm de profondeur. Il devinait qu'il devait peser environ 500g. Il souleva la couverture de la boîte et la plaça sur le bureau. La boîte contenait une Bible. "La Sainte Bible", indiqué en lettres dorées sur le dessus. La couverture était de cuir synthétique noir véritable. Elle était belle. Car il tira la Bible de sa boîte, Wilson nota que le bord des pages étaient dorées aussi, tout comme la Bible qu'il apportait à l'école de dimanche tant d'années auparavant.

Ses yeux se mouillèrent et une larme minuscule s'écoula sur sa joue droite. Il ouvra la première page et y trouva une note:

On y voyait indiqué: "Au professeur James Wilson pour le jour où ses yeux s'ouvrirent", signé William (Billy) Lynch et une date, deux ans auparavant.

Cela signifiait, pensa Wilson, que ce jeune homme qui avait été dans ses classes, et avait considéré ce don il y a bien long temps. Et il avait attendu tous ces semaines, ces mois pour une occasion approprié pour le présenter. Étonnant.

Tournant une autre page, il est venu au texte... et, avec des yeux toujours plus mouillés de larmes, il a lu des mots, des mots qu'il avait entendus il y a bien longtemps des lèvres de sa mère. Des paroles pourtant vrais mais qu'il avait pourtant négligé: "Au commencement, Dieu créa..."


Novembre 2001


Notes

[1] - Traduction par Paul Gosselin