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Samizdat

Ne touchez pas à mon oint!





Michelle Lesley (2018 - texte anglais)

"Ne conteste jamais ou ne parle pas contre l'oint de Dieu", j'ai récemment lu une telle phrase dans un livre pour les femmes chrétiennes.

Mais vous, avez-vous déjà entendu quelqu'un dire cela dans votre milieu d'église? D'abord, est-ce biblique? Ensuite, qui sont les "oints de Dieu"? Et pour quelle raison nous ne devrions jamais défier ou nous exprimer contre eux? Finalement, qu'est-ce que cela signifie d'être "oint" de toute façon?

Ici nous sommes face à un des nombreux, dangereux et faux enseignements issus de la Parole de Foi et des hérésies de la Réforme néo-apostolique. C'est une falsification du Psaume 105: 15 «Ne touchez pas à mes oints, Et ne faites pas de mal à mes prophètes!" Ainsi que de 1 Chronique qui répète les mêmes paroles " Ne touchez pas à mes oints, Et ne faites pas de mal à mes prophètes!"

L'expression «ne touchez pas mon oint» est sortie de son contexte et imprégnée du sens de "ne jamais critiquer, corriger ou réprimander le pasteur". Malheureusement, les églises qui manient ce faux enseignement comme une arme le font habituellement parce qu'elles sont dirigées par de faux enseignants qui méritent d'être bibliquement critiqués, corrigés ou réprimandés.

Le contexte du Psaume 105/1 Chroniques 16 rend évident que ce n'est pas ce que ce verset signifie, même dans l'Ancien Testament, comme n'importe qui prend la peine de lire tout le chapitre peut clairement voir. Ce verset parle de Dieu protégeant les Israélites de l'oppression des rois étrangers lorsqu'ils erraient dans le désert. «Ne touchez pas à mon Oint» et «Ne fais pas de mal à mes prophètes» est un avertissement aux nations païennes de laisser tranquille (de ne pas attaquer) le peuple de Dieu - tous, le peuple et les prophètes - pendant l'Exode.

Cela n'a absolument rien à voir avec les églises du Nouveau Testament et l'idée qu'on ne devrait jamais défier un pasteur ou s'exprimer contre lui. Les pasteurs sont seulement "oints" aujourd'hui dans le même sens que tout croyant est "oint".

Dans la Bible, "oindre" signifie simplement appliquer de l'huile ou une autre substance (Luc 7:38, Jean 9: 6) à une partie du corps (la vôtre ou celle de quelqu'un d'autre). Dans l'Ancien Testament, une des occasions d'appliquer l'huile était lors des cérémonies de consacration - mettre à part quelqu'un (ou quelque chose: Genèse 31:13, Exode 29:36) dans un but particulier. Par exemple, David a été oint d'huile lorsque Dieu l'a mis à part comme roi. Tous les prêtres de l'Ancien Testament étaient oints d'huile. Élisée, le prophète, avait été d'huile.

Mais nous ne voyons pas cela dans le Nouveau Testament. Personne n'est oint d'huile dans le cadre d'une cérémonie de consécration. Dans le Nouveau Testament, les versets contenant le mot "oint" tombent dans l'une des trois catégories suivantes: application médicinale / hygiénique d'huile et d'autres substances, références à Jésus comme "Oint" (Messie), et deux passages (2 Corinthiens 1 : 21-22, 1 Jean 2: 20, 27) parlant de tous les chrétiens comme étant allégoriquement "oints": mis à part en tant que peuple spécial de Dieu (de la même manière que Psaume 105/1 Chroniques 16 parlent des Israélites comme mis à part parmi les peuples).

Le seul individu du Nouveau Testament qui ait été oint - littéralement ou allégoriquement - dans l'Ancien Testament, dans le sens cérémoniel et consacré est Jésus. Pourquoi? Parce qu'Il remplit les trois positions "oint" de l'Ancien Testament: prophète, prêtre et roi. Il est le dernier prophète, le Grand Souverain Sacrificateur et le Roi éternel.

Par conséquent, aucun croyant du Nouveau Testament n'est «oint» à quelque position que ce soit, mais nous sommes tous spirituellement oints - mis à part pour et pour le Christ en tant que Sa possession spéciale. Nous devons nous soumettre à nos pasteurs et anciens (Hébreux 13:17) dans la mesure où ils enseignent et obéissent à la Parole écrite de Dieu (1 Timothée 5: 19-20, Actes 5:29), mais "ne défient jamais ni ne dénoncent l'Oint de Dieu" ? Seulement si l'Oint dont vous parlez est Jésus.


Observations du webmestre

Il faut noter que Lesley fait partie d'une clique d'évangéliques qui rejettent en vrac TOUT ce qui vient du milieu pentecôtiste[1]. Pour ma part, je reste pentecôtiste, mais j'admets d'emblée que plusieurs enseignements condamnables ont été (largement) diffusés par des pentecôtistes, il reste donc que tout chrétien a la responsabilité de faire la part des choses et de retenir ce qui est bon (1Th 5: 21). Il est utile de préciser que l'enseignement de «Ne touchez pas à mes oints» PRÉCÈDE le mouvement Word-Faith (qui l'a largement diffusé) et que l’on retrouve aussi chez les évangéliques NON-pentecôtistes et a permis d'établir ce qu'on pourrait appeler le dogme de « l'infaillibilité pastorale ». À la fin, cet enseignement établi les pasteurs comme une classe de chrétiens au-dessus de la Parole de Dieu et fait de la remise en question du comportement ou d'attitudes pastorales de la part d’un "chrétien ordinaire" comme quelque chose se rapprochant du crime de lèse-majesté. Cet enseignement a donc été à la source d’un grand nombre d’abus, parfois économiques, parfois doctrinaux et parfois sexuels... Un prédicateur américain dans cette mouvance, pris dans un scandale sexuel, répliqua aux questions qu'on lui posaient: "Tout ça ne regarde que Dieu et moi..." Le sujet est donc important pour tous les évangéliques.

«La tradition évangélique, qui encourage la centralisation absolue du pouvoir dans la personne du pasteur, mime de manière curieuse la tradition catholique du curé qui règne en roi et maître sur ses ouaillesUne des conséquences de cet enseignement est ce que les Américains appellent parfois le "echo chamber leadership", soit le dirigeant chrétien qui s'entoure de flatteurs et d'admirateurs dociles, qui ne lui renvoient que des choses qu'il pense déjà. La tradition évangélique, qui encourage la centralisation absolue du pouvoir dans la personne du pasteur (avec droit de véto sur toute décision qui l'intéresse dans l’église[2]), mime de manière curieuse la tradition catholique du curé qui règne en roi et maître sur ses ouailles. Sur la question du leadership chrétien, bon nombre de dénominations évangéliques se sont éloignées du modèle (collégiale) du Nouveau Testament. On a une attitude plutôt comme celle les Juifs sous les Juges. On veut un ROI! On veut un super-héros... On veut une idole... Et on a oublié tous les avertissements que Samuel fit aux Juifs de sa génération. Et manifestement, après Salomon (2Chron. 10), le peuple d’Israël avait le ras-le-bol de dirigeants arrogants, insensibles à la réalité de leurs brebis surchargés et tout à fait disposés à faire des compromis éthiques si cela était avantageux sur le plan politique ou économique. Cela contraste de manière assez violente à la situation chez les premiers protestants français, les Huguenots. Professeur d’histoire du christianisme, Marianne Charbonnier note (2007 : 35)

Les Églises réformées de France fonctionnent au XVIIe siècle selon le modèle prévu dans la Discipline de 1559, désigné plus tard comme presbytéro-synodal : l’autorité ecclésiale repose dans le consistoire d’anciens et dans les synodes, dans des organes composés au moins à égalité de laïcs et de pasteurs. … La communauté est gouvernée par un consistoire, formé des anciens et du pasteur, chargé de veiller au bon ordre de la communauté, d’empêcher les scandales et les brouilles, d’exhorter, censurer et suspendre de la Cène les pécheurs, de tenir les comptes et répartir le produit des cotisations[quêtes]. Aucun groupe n’a de primauté sur les autres. Les décisions concernant plusieurs églises sont prises collégialement. Des délégués se réunissent périodiquement : colloques, synodes provinciaux ou nationaux.

Ches les évangéliques, l'écart hiérarchie entre pasteurs et laïcs est souvent marqué sans ambiguité au moyen de la masse salariale. Trop souvent, on prends pour aquis que les laïcs ne feront que du travail bénévole, et, possiblement après 20 ans de bons et loyaux services, le laïc fidèle au poste aura droit à un merci et rien d'autre. L'ouvrier mérite bien son salaire? Dans le cas du laïc: «Connnaît pas...» À mon sens, le modèle de structure véritable de l'église du NT est une église dirigée par une équipe d'anciens et où l'individu qui prêche la Parole n'est qu'UN ancien parmi tant d'autres et que lui aussi doit être soumis aux décisions de cette équipe d'anciens (plutôt que l'inverse).[3] C'est ce modèle que nous voyons dans les Actes:

Quand ils eurent évangélisé cette ville et fait un certain nombre de disciples, ils retournèrent à Lystre, à Icone et à Antioche, fortifiant l’esprit des disciples, les exhortant à persévérer dans la foi, et disant que c’est par beaucoup de tribulations qu’il nous faut entrer dans le royaume de Dieu. Ils firent nommer des anciens dans chaque Église, et, après avoir prié et jeûné, ils les recommandèrent au Seigneur, en qui ils avaient cru. (Actes 14: 21-23, voir aussi 1Ti 4: 14)

Il faut dissiper quelques illusions et préciser que même si une église adopte cette structure d’autorité collégiale, ce nest pas un raccourci pour le Paradis terrestre. Une telle église peut malgré tout vivre une chute, comme en témoigne le cas d’inceste vécu à l’église de Corinthe et comme en témoignent les lettres (pleines de reproches) adressées aux sept Églises dans l’Apocalypse. Cette structure d’autorité protège donc de certains abus, mais pas de tous.

Dans mon expérience, un pasteur évangélique remis en question réagira souvent en détournant la conversation sur le plan émotif (ce qui facilite changer le sujet), en demandant qu'on cesse de « l’attaquer ». Mais la remise en question d’un enseignement (ou comportement) de pasteur n’est ni un “abus” ni une “attaque”. Il peut arriver également qu’un pasteur de milieu pentecôtiste puisse répliquer au chrétien qui le remet en question : « Tu n’as pas par hasard un esprit de rébellion ? »

On peut s'entendre que dans l’exercice de leurs fonctions les pasteurs doivent souvent faire affaire à des ‘chialeux’, des gens qui se plaignent de peccadilles, qui n’aiment la couleur de sa cravate, la couleur du tapis, qui trouvent la musique trop forte (ou pas assez), qui auraient choisi un autre chant, qui trouvent qu’il fait trop chaud dans la salle (ou trop froid), qui trouvent que le pasteur devrait porter des jeans plutôt qu’un habit (ou l'inverse) etc., etc., etc., etc., etc., etc.... Ça j’en conviens, j’aurais de la peine à supporter moi-même. Mais je suppose que ça fait partie des risques du métier (publique) comme on dit. Et pour démontrer un peu de sympathie à l'égard des luttes réellles des pasteurs, voir au bas l'article de Marley. Et à tous ces prédicateurs qui s'attachent non pas aux paroles des hommes (les modes théologiques passagères) mais à la Parole de Dieu et qui la dispensent droitement et équitablement, marchant en pureté devant Dieu et les hommes, vous avez droit à tout le respect du peuple de Dieu! Que Dieu vous garde et vous secourt!

Un des acquis majeurs de la Réforme a été de mettre la Bible dans les mains du “chrétien ordinaire”. Et de cet acquis découle l’habitude très ancienne qu'ont les chrétiens des assemblées évangéliques d'apporter leur Bible à l'église et de l’utiliser en suivant le sermon. Il est possible que certains pasteurs pensent que le fait de tourner les pages dans leurs Bibles (tradition qui se perd quelque peu...) a pour but principal d’éviter que leurs brebis s’endorment pendant le sermon, mais l’objectif réel est tout autre, c’est-à-dire encourager les chrétiens à vérifier si ce qu’enseigne le pasteur est fondé dans les Écritures. Cela implique donc qu’aucun prédicateur, peu importe son prestige, ses diplômes, sa popularité, ses années de fidèle service ou ses titres, n’est au-dessus des Écritures. Même avec sa formation théologique et ses papiers d’accréditation, le pasteur peut se tromper, enseigner l’erreur, faire des compromis et égarer d’autres. Malgré tout le respect et la reconnaissance qu’on peut devoir au pasteur pour ses bons et loyaux services, aucun homme ne peut être considéré intouchable dans son enseignement ou au-dessus de la correction..  Sur le plan des Écritures, cette tradition s’enracine dans différents versets, dont cet épisode, relaté dans les Actes:

"Aussitôt les frères firent partir de nuit Paul et Silas pour Bérée. Lorsqu’ils furent arrivés, ils entrèrent dans la synagogue des Juifs. Ces Juifs avaient des sentiments plus nobles que ceux de Thessalonique; ils reçurent la parole avec beaucoup d’empressement, et ils examinaient chaque jour les Écritures, pour voir si ce qu’on leur disait était exact. Plusieurs d’entre eux crurent, ainsi que beaucoup de femmes grecques de distinction, et beaucoup d’hommes." (Actes 17: 10-12)

Et dans cette situation le leader chrétien dont on examinait l’enseignement n’était nul autre que l'apôtre Paul. Paul/Saul, qui non seulement avait fait des études théologiques poussées (sous Gamaliel) et avait reçu son ordonnance directement des apôtres, mais sur le plan de l’autorité, Dieu lui a inspiré plus de la moitié du Nouveau Testament. Logiquement, si un pasteur de notre génération rejette tout examen de son enseignement, cela laisse entendre qu’il se met au-dessus de l’autorité de l'apôtre Paul! Et pourtant Paul n'a fait AUCUN reproche à ces Juifs (des incroyants à cette étape de leur vie!) touchant leur comportement! Et d’ailleurs le rédacteur du livre des Actes ajoute « qu’ils avaient des sentiments nobles ». On pourrait paraphraser (librement) ce verset en disant qu’ils avaient compris un principe important de la recherche de la Vérité. Ces versets impliquent que tout chrétien a le droit de consulter sa Bible de manière à vérifier si ce qu'on lui enseigne est conforme à la Parole de Dieu. Malheureusement il n’est pas rare de rencontrer des leaders évangéliques qui, lorsqu’on pose des questions sérieuses sur leur enseignement ou leur comportement, cherchent à éviter ces remises en question en évoquant des trucs manipulateurs: «Tu m’as fait bobo, je te trouve agressif, tu n'as pas été assez positif (flatteur) à mon égard, alors tu me dois des excuses...», «Il faut être positif et encourager » (et oui, il y a un temps pour ça aussi) ou en cherchant à asseoir leur autorité à la manière de Moïse (sans nécessairement souhaiter que la terre avale tous ceux qui pourraient remettre en question leur enseignement).

Et dans un cas extrême où il y a des raisons sérieuses de croire à une faute majeure de la part d'un pasteur (ou ancien) le Nouveau Testament prévoit une procédure pour faire la part des choses. Cette procédure est décrite dans le passage de 1Timothée où il est écrit ce qui suit «Ne reçois point d'accusation contre un ancien, si ce n'est sur la déposition de deux ou trois témoins. Ceux [les dirigeants/anciens] qui pèchent, reprends-les devant tous, afin que les autres aussi éprouvent de la crainte.» (5: 19-20) Et comme on le voit dans l’épitre aux Galates, cette procédure a été appliqué à nul autre que l’apôtre Pierre, pourtant choisi par Christ lui-même.

Mais lorsque Céphas vint à Antioche, je lui résistai en face, parce qu’il était répréhensible. En effet, avant l’arrivée de quelques personnes envoyées par Jacques, il mangeait avec les païens; et, quand elles furent venues, il s’esquiva et se tint à l’écart, par crainte des circoncis. Avec lui les autres Juifs usèrent aussi de dissimulation, en sorte que Barnabas même fut entraîné par leur hypocrisie. Voyant qu’ils ne marchaient pas droit selon la vérité de l’Evangile, je dis à Céphas, en présence de tous: Si toi qui es Juif, tu vis à la manière des païens et non à la manière des Juifs, pourquoi forces-tu les païens à judaïser? Nous, nous sommes Juifs de naissance, et non pécheurs d’entre les païens. (Gal. 2 : 11-15)

Mais ce qu’enseigne ces épisodes, des disciples de Bérée dans Actes 17 et le cas de Céphas, prend place dans un enseignement plus large : « Examinez toutes choses; retenez ce qui est bon. » (1Thess. 5:21). N’en déplaise, mais ce deuxième verset ne suggère pas exercer son discernement uniquement face à l’influence idéologique du monde, c'est-à-dire à l’égard d’influences qui ont leur source hors des quatre murs de l’église (chose utile, il va sans dire…), mais de l’exercer également face à ce qui est prononcé du haut de la chair le dimanche matin. Le chrétien qui agit de la sorte et qui examine l’enseignement de son pasteur en la comparant au plein conseil des Écritures ne fait que son devoir. Et ce droit de regard du chrétien ordinaire n’est pas un privilège que le pasteur peut révoquer à sa guise lorsqu’il est d’avis que le chrétien est « allé trop loin »... Et si dans nos milieux évangéliques on se retrouve avec des individus qui, de par leurs accomplissements dans l’église, par leur popularité, deviennent "intouchables" dans la tête des gens (soit au niveau de leur enseignement ou de leur comportement), il y a un problème, car cela revient à établir de “petits papes” dans nos églises...

C’est un conseil que le réformateur Martin Luther a pris à cœur. Face aux autorités religieuses de son époque, Luther ne s’exprimait pas en jouant dans la dentelle. Voici un texte extrait de la lettre de Luther (tiré des Propos de Table) destinée au pape Léon X, rédigé en 1520, quelques mois avant son excommunication de l’église catholique. Il faut dire que Luther n'est pas très versé dans le politiquement correct flatteur. Voyez.

Vraiment j'ai attaqué avec une grande vivacité des doctrines impies, et j'ai été mordant pour mes adversaires, non à cause de leurs mauvaises mœurs, mais à cause de leurs pernicieux enseignements. Je ne m'en repens pas; j'ai même, quel que soit le jugement qu'on en porte, pris la résolution de persévérer dans cette véhémence, à l'exemple de Jésus-Christ qui, enflammé de zèle, appelait ses adversaires : race de vipères, aveugles, hypocrites, enfants du démon. Saint Paul n'appelle-t-il pas Simon le magicien un homme diabolique, plein de ruse et de malice? Ne traite-t-il pas certains faux apôtres de chiens, de séducteurs, d'ennemis de l'Évangile? Si ces hommes dont les oreilles sont si sensibles avaient entendu cela, ne se plaindraient-ils pas aussi de la violence et de l'immodestie de cet apôtre? Qu'y a-t-il de plus mordant que les prophètes? Nous nous sommes, dans ce siècle, tellement accoutumés: aux plus sottes adulations, que sitôt qu'on cesse de nous approuver, nous nous écrions qu'on nous mord; et comme nous ne saurions invoquer un motif sérieux pour rejeter la vérité, nous la repoussons simplement sous ce faux prétexte de violence, d'impatience, d'immodestie. À quoi donc sert le sel, s'il ne mord pas? À quoi le tranchant du glaive, s'il ne coupe pas? Maudit soit l'homme qui fait lâchement l'œuvre du Seigneur!

Touchant les dirigeants religieux, établis comme une classe à part, au-dessus de toute remise en question, voici une citation pertinente de Jose Prado Flores sur laquelle un frère africain attira mon attention (2003 : 31-32)

Les vains honneurs du monde sont très dangereux lorsqu’ils se déguisent en privilèges ecclésiastiques, titres honorifiques et autorité exercée dans une attitude de supériorité au lieu d’une attitude de service 1Pierre 5: 2-4. Jésus nous a prévenu en précisant qu’on peut prier, jeûner, et faire l’aumône pour être remarqué être appelé Rabbi ou obtenir une renommée humaine. Les honneurs ecclésiastiques sont les plus dangereux car sous la peau de la brebis se cache un piège mortel. (…) Le plus grave dans l’église est cette vaste gamme de privilège qu’offre la structure ecclésiastique si bien qu’on en arrive à sacrifier l’Évangile pour un plat de lentille. Le vrai disciple de Jésus renonce à tout titre de supériorité.

Cela rejoint l’avertissement de Jésus adressé aux apôtres dans Matthieu :

Vous savez que les chefs des nations les tyrannisent, et que les grands les asservissent. Il n’en sera pas de même au milieu de vous. Mais quiconque veut être grand parmi vous, qu’il soit votre serviteur ; et quiconque veut être le premier parmi vous, qu’il soit votre esclave. C’est ainsi que le Fils de l’homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie comme la rançon de plusieurs. (Matthieu 20: 25-28)


Références

CHARBONNIER, Marianne (2007) L’édit de Nantes, une fausse bonne solution. pp. 34-41 Historia, no 109 septembre-octobre

FLORES, Jose Prado (2003) La formation des disciples. (traduit de l’Espagnol par Cathy Brenti), Éd. Du Lion de Juda, Nouan-le-Fuzelier

LUTHER, Martin (1566) Les propos de table. (Ebook - PDF 8Mb - avec Introduction du traducteur et Postface de l'éditeur)

MARLEY, Chris (2018) Confessions of a Pastor and a Note to Parishioners: Your pastor probably will never tell you many of the things that he struggles with internally. The Christian Post

PRECHE la Parole (2018) Le rôle des anciens. Un Hérault dans le Net

Traduction de l'article de Lesley, par Claude Gagnon.


Notes

[1] - Et pour qui il faut toujours jetter le bébé avec l’eau du bain… Et en général, le meilleur moyen d’atteindre cet objectif reste de faire l’amalgame de TOUT ce que peut avoir enseigné n’importe quel pentecôtiste, sans faire la moindre distinction…

[2] - Droit qu’il peut décider de ne pas exercer lorsqu’une initiative fait son affaire évidemment.

[3] - Si, sur le plan théorique plusieurs pasteurs affirment endosser le principe de la prêtrise de tous les croyants. En pratique, s’il fallait envisager dans nos églises évangéliques une transition vers une structure de pouvoir plus collégiale (direction d’église assuré par un équipe d’anciens où le prédicateur devient qu’UN ancien parmi tant d’autres) je me doute que ce serait plus difficile à effectuer qu’une modification de la confession de foi/credo d’une dénomination (chose qu’en général il n’est PAS recommendé de tripoter). Le pasteur-roi est une tradition évangélique qui a vraisemblablement plus de 100 ans. Ce serait TRES difficile de la remettre en question...