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Samizdat

Apologie de Socrate,
Criton-Phédon par Platon


un compte rendu




Apologie de SocratePaul Gosselin (17/8/2026)

Dès le début de l'Apologie de Socrate (pp. 32-33), il y a quelque ironie dans le fait que Socrate fait le tour de la ville d'Athènes cherchant à prouver qu'il est plus sage que tous les autres Athéniens. Pourtant un homme aussi sage devrait comprendre sans difficulté qu'un tel comportement aura tôt fait de se faire bien des ennemis... Voici un échantillon de l'humilité de Socrate (360 av. JC/1965 : 42-43)

Tel que Platon nous le présente, Socrate se voit comme une autorité morale absolue... En quelque sorte, le pape (infaillible) des philosophes. Lors de son procès, tandis que les amis de Socrate tentent de persuader Socrate de s'enfuir et éviter sa condamnation à mort, lui rejette cette proposition en affirmant qu'il FAUT se soumettre à la Loi, et que finalement, il faut se soumettre à l'État qui est le gestionnaire de la Loi. (360 av. JC/1965 : 75)

Il y a une ironie profonde dans le fait que Socrate passe son temps à remettre en question le comportement et les attitudes de ses concitoyens, mais devant l'État, il prêche une soumission totale et servile. Si Socrate est pris au piège par une telle logique, c'est qu'il semble bien que ce soit là le terminus de sa quête de vérité. L'État est donc érigé en Vérité... Dès lors, Socrate s'y cramponne comme son unique bouée de sauvetage. On est très loin du principe du Nouveau Testament qui relativise l'autorité de l'État en observant “ Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes. ” (Actes 5: 29). Principe qui s'applique lorsqu'il y a conflit entre la Loi de Dieu et la Loi des hommes. Et le principe revient aussi chez les prophètes de l'Ancien Testament lorsque des dirigeants politiques exigent l'adoration comme s'ils étaient des dieux ou imposent un culte d'idoles. C'est ce qui explique pourquoi les premiers chrétiens étaient perçus comme antipatriotiques tandis qu'ils refusaient de verser une pincée d'encens à la divinité de César.

Étant donné le fait étrange[1] que la théorie de la terre plate trouve encore des preneurs en 2026, voici une note qui démontre que les Grecs anciens (avant Jésus-Christ) croyaient déjà que la terre est ronde. Dans le Phédon, où Platon relate les dernières conversations de Socrate avec ses disciples, juste avant son exécution (par ingestion de la ciguë) on rencontre la citation ci-dessous, qui affirme clairement que Socrate croyait que la Terre était ronde (360 av. JC/1965 :170) :


Une filière d'influence juive?

On a longtemps prétendu que les allusions de Socrate à “ le dieu ” (et aussi chez Platon), un concept vaguement monothéiste, aient étés dû à quelque influence du Judaïsme. Dans le Phédon, qui fait partie de ce volume, Socrate offre quelques éléments de définition à son concept, cette entité qu'il nomme “ le dieu ” (360 av. JC/1965 : 155)

Ainsi, on peut au moins affirmer que “ le dieu ” de Socrate est Créateur. Si j'ai lu bon nombre d'oeuvres de philosophie,[2] je suis d'avis qu'un lien entre la philosophie grecque et la pensée hébraïque sur la question du monothéisme est tout à fait possible. À l'époque de l'exil babylonien, bon nombre de Juifs ont été déportés comme esclaves tout autour de la Méditerranée. Évidemment la Grèce est un point d'arrêt important sur ce circuit commercial méditerranéen (dirigé à l'époque par les Phéniciens).

Voici le point crucial : chez Socrate, on observe un changement soudain et inexplicable, passant de la conception polythéiste grecque traditionnelle à une forme de monothéisme (et à un Dieu Créateur). C'est peut-être la raison pour laquelle, lors de son procès, Socrate a pu être accusé d'athéisme, c'est-à-dire rejetant les divinités grecques traditionnelles, le polythéisme. Il semble que les accusateurs de Socrate aient fait l'équation suivante : monothéisme = rejet du polythéisme (et du panthéon grec). Bien que Socrate n'ait manifestement pas osé aller aussi loin que rejeter ouvertement les divinités du panthéon grec, il semble du moins que ses accusateurs aient fait cette déduction.

Je ne serais pas du tout surpris si, en réalité, derrière le rejet (ou relativisation) du polythéisme par Socrate, se cachait un esclave juif qui l'avait informé des conceptions juives de Dieu. Il est possible que les Grecs aient vu une scène semblable à l'histoire de Naaman le Syrien dans le deuxième livre des Rois, chapitre 5, mais sans le miracle de guérison. Bien sûr, un philosophe grec de cette époque aurait été trop fier pour admettre qu'il tenait ses idées monothéistes d'un “ esclave barbare ”... Un tel aveu aurait rendu la diffusion de ses idées encore plus difficile...

S'il était probablement vain de s'attendre à découvrir une preuve directe de l'influence juive sur Socrate, par exemple, il existe tout de même des preuves de la présence juive dans la Grèce antique. Wikipédia mentionne la présence, non pas d'esclaves juifs, mais bien de communautés juives en Grèce.

Ainsi ces communautés de Juifs vivant en Grèce antique étaient des hommes libres qui pouvaient facilement entretenir des conversations d'homme à homme avec leurs voisins grecs. Des conversations comparables d'ailleurs à celle de l'Apôtre Paul à l'Aréopage, qui est relaté au livre des Actes (17 : 16-34). Si en effet, les Juifs étaient présents dans la Grèce antique dès le VIe siècle comme le prétends Wiki, cela précède Socrate, qui est du Ve siècle av. JC. La page wiki anglaise sur la présence juive en Grèce antique ajoute quelques détails supplémentaires

Enfin, il faut noter que l'hypothèse d'une filière d'influence juive sur les philosophes de la Grèce antique sera inévitablement contestée par les dévôts des Lumières et penseurs postmodernes. À leur avis, les Juifs n'ont jamais pondu un truc original...


Socrate et la science...
Stanley L. JakiÉvidemment tous les philosophes grecs, dont Socrate et Platon, s'intéressent au monde naturel, mais leurs présupposés ont constitué un facteur limitant l'acquisition de connaissances. Il y a bien des années, l'historien de la science Stanley L. Jaki, dans son œuvre magistral Science and Creation (1974), observa que chez les Grecs anciens, malgré leur intelligence, leur philosophie, avec son mépris du monde matériel, érigeait un obstacle devant à l'exploration systématique du monde empirique. Mais dans le monde judéo-chrétien, cette étude du monde prendra la forme de la méthode expérimentale. Dans ce texte de Platon (le Phédon spécifiquement), le mépris du monde matériel chez Socrate[3] l'amène à exprimer, à plusieurs reprises, l'avis que le corps est un obstacle à la connaissance véritable (attitude finalement anti-scientifique) (360 av. JC/1965 : 133)

Et toujours dans le Phédon , Socrate observe (360 av. JC/1965 : 158)

Ailleurs, Socrate revient à nouveau sur ce mépris du corps (360 av. JC/1965 : 115-116)

Évidemment le prestige de la pensée de Socrate et de Platon aura, au cours des siècles, une influence profonde en Occident, même chez les chrétiens où il contribuera des courants de pensée ascétiques et le monachisme.


Reférences

Jaki, Stanley M. (1974/1986) Science and Creation: From eternal cycles to an oscillating universe. Scottish Academic Press Edinburgh, London 377 p.

Myers, Ellen (1987/2002) Création et science: l'œuvre de Stanley L. Jaki. Samizdat

Platon (-360/1965) Apologie de Socrate, Criton-Phédon. (no. 75 traduction: Emile Chambry) GF-Flammarion Paris 187 p.




Notes

[1] - Pourtant un billet d'avion autour du monde, ainsi qu'une bousolle, pour vérifier la direction du trajet, suffisent pour réfuter la théorie...

[2] - Bien que ma formation universitaire soit en anthropologie sociale, spécialisée dans les visions du monde modernes.

[3] - Et Platon reprendra et diffusera ces attitudes.