
Paul Gosselin (15/6/2026)
Ce qui suit vise le livre Sauver une vie (2009) par le philosophe Australien Peter Singer. Singer a enseigné à l'université de Monash en Australie et a été prof de bioéthique à l'université de Princeton aux États-Unis.
Dans ce livre, Peter Singer nous livre un long sermon culpabilisant au sujet de la nécessité morale de secourir les pauvres et les démunis de la planète. Dès le premier chapitre, il nous présente un fait incontestable, c'est-à-dire que hors de l'Occident on souffre de pauvreté et de la faim. Vient ensuite le sermon : “ Il faut faire quelque chose pour eux ! ”. Pour la majorité des lecteurs, cette déclaration de devoir moral est tout à fait admissible. Comme le note Singer, cette déclaration attire immédiatement des questions emmerdantes : “ Pourquoi faire quelque chose pour eux ? Pourquoi aider des gens que je ne connais pas ? ” Jouer le violon culpabilisant est la partie facile... La crédibilité de l'appel à la générosité de Singer souffre quelque peu du fait qu'il ne se soucie pas de jouer cartes sur table et expliquer ce que sont ses revenus annuels personnels et le pourcentage qu'il remet lui-même aux charités. Il faut savoir montrer par l'exemple...
Au chapitre 2 (Est-ce mal de ne pas agir ?) Singer tente de justifier son sermon culpabilisant en se référant aux enseignements de Christ[1] et (plus vaguement) au bouddhisme, le confucianisme et à l'Islam. Il ne fait que faire allusion à ces derniers systèmes idéologico-religieux sans offrir de preuves que ces systèmes appuient sa thèse. Mais dans ces appels à la conscience religieuse, il y a un lapsus involontaire que l'on peut douter que Singer espère que ses lecteurs ne noteront pas.
Quel est ce lapsus ? C'est que lorsque Singer vend sa salade culpabilisante pour la générosité, combien de lecteurs se demanderont pourquoi Singer justifie sa thèse en se référant à des systèmes de croyances auxquels il n'adhère PAS ? Il est fort probable que Singer est conscient que s'il tentait de justifier la générosité, mais en s'appuyant UNIQUEMENT sur son propre système de croyances matérialiste, il serait assez manifeste que l'argument ne tiendrait pas. Ce serait gênant.
Notons d'abord que Singer est un dévot des Lumières, un matérialiste et un croyant au mythe d'origines matérialiste (qu'on appelle aussi “ théorie de l'évolution ”). En tant que philosophe, Singer est surtout connu pour son rejet du spécisme, c'est-à-dire la conviction que l'homme est un être unique et doué de valeur au-dessus des autres organismes et animaux avec lesquels il partage cette planète. Et si on fait la généalogie conceptuelle de cette idée on constate ce que Singer appel le spécisme s'enracine dans la vieille doctrine judéo-chrétienne de l'imago dei, l'homme fait à l'image de Dieu[2]. Évidemment sur le plan légal, le principe que le meurtre constitue un crime s'enracine également dans la doctrine de l'imago dei. Sans ce concept, tuer un homme (ou une femme) serait aussi banal que tuer un moustique. Mais bon, Singer rejette tout ça, car il est anti-spéciste. Selon Singer, l'homme n'a rien de spécial, il est un des nombreux produits de l'évolution et RIEN de plus. Chez Singer ce rejet du concept de l'imago dei découle naturellement de son adhésion au mythe d'origines matérialiste. C'est la suite logique.
Dans cette logique, de l'avis de Singer si l'on se préoccupe du principe de l'égalité, il n'y a aucune raison, après avoir rejeté le concept des races inférieures, de s'arrêter, de manière arbitraire, à la limite de l'espèce humaine. Pour Singer, affirmer que l'espèce humaine comporte une valeur supérieure aux autres animaux constitue une forme de racisme. Dans une autre publication, Singer notait (1993/1997:120):
C'est pourquoi nous devons rejeter la doctrine qui place la vie des membres de notre espèce au-dessus de celle des membres d'autres espèces. Certains de ceux-ci sont des personnes, certains membres de notre espèce n'en sont pas. (...) Il semble donc, par exemple, que tuer un chimpanzé est pire que tuer un être humain qui, du fait d'un handicap mental congénital, n'est pas et ne sera jamais une personne[3].
Sur le plan éthique Singer propose donc une perspective dite utilitariste, c'est-à-dire qui évacue la moralité pour ne s'intéresser qu'aux résultats pratiques d'une prise de position. Ce qui est défini comme utile est alors moral. Singer avance donc les présupposés suivants: Touchant les rapports entre les êtres, c'est la capacité (et la conscience) de souffrir qui permet à un être d'avoir des intérêts et d'être considéré une personne (et donc avoir des droits). De ce fait, il est alors absurde de postuler qu'une pierre ou un arbre puisse avoir un intérêt[4]. Si l'on admet ce principe, la perspective de Singer poursuit son développement, c'est-à-dire exige une distinction entre l'existence biologique d'un individu appartenant à l'espèce homo sapiens et la conscience humaine véritable. Tandis que Descartes déclarait : “ Je pense, donc je suis ” Singer explore l'envers logique de cette médaille et affirme : “ Mais si tu ne penses pas, tu n'es pas [humain]. ”... Pour Singer, la pensée est un seuil qu'il faut dépasser pour bénéficier du statut d'humain. Et c'est également ce rejet du concept de l'imago dei qui conduit Singer a promouvoir la bestialité (2003). Sur ce plan, Singer est un philosophe cohérent avec son système de croyances. Dans le système de santé canadien, plusieurs décideurs (politiques et médicaux) sont du même avis que Singer et donc appuient l'eugénisme génocidaire (Aide médical à mourir) ciblant des individus soufrant d'Alzheimer ou autres problèmes de santé mentale.
Lorsque Singer nous sermonne au sujet de de la générosité, il est clair qu'il est dans l'incohérence et se comporte comme un parasite éthique. Et c'est cette incohérence philosophique qui conduit Singer, lorsqu'il rejette le recours à la gestion par l'État de la charité, c'est-à-dire imposer de nouvelles taxes..., à offrir une proposition aussi vague et nébuleuse (2009 : 44)
Qu'on ne se méprenne pas, je ne prône pas l'augmentation de la fiscalité et ne suis pas partisan de la coercition afin d'accroitre l'aide humanitaire : je parle de choix financiers personnels qui s'imposent si on aspire à mener une vie éthique.
Mais bon, que veut dire au juste “ mener une vie éthique ” ? Jusqu'à preuve du contraire, ce sont des paroles vaines et vides... De la poudre aux yeux.
La généalogie du problème éthique/moral dans le cadre conceptuel matérialiste
S'il y a de l'incohérence éthique chez Singer, cette question ne concerne pas que Singer, c'est un problème bien plus large. Pratiquement tous les dévots des Lumières en sont affligés. Pour se faire une idée plus juste de la situation, faisons un peu de généalogie intellectuelle du problème éthique sous la cosmologie des Lumières.
Il semble bien que David Hume (1711-1776) soit le premier, dans le Traité de la nature humaine, à prendre conscience de certains aspects du problème que pose tirer des obligations éthiques d'observations strictement empiriques. Exprimé autrement, ce qui est ne détermine en aucun cas ce qui doit (c'est-à-dire un devoir moral). Aucun lien logique ne peut donc être établi entre les deux. En anglais c'est ce qu'on appelle le paradoxe is/ought. La question est donc: Est-ce possible d'établir un devoir moral (ou encore départir ce qu'on appel le bien et le mal) à partir de ce qui est observé empiriquement? Ces observations exposent un trait du système idéologico-religieux matérialiste que bon nombre préfèrent voir balayé sous le tapis. Voici le commentaire de Hume lui-même (1740/1991, livre III: 65):
Dans chacun des systèmes de moralité que j'ai jusqu'ici rencontrés, j'ai toujours remarqué que l'auteur procède pendant un certain temps selon la manière ordinaire de raisonner, qu'il établit l'existence d'un Dieu ou fait des observations sur les affaires humaines, quand tout à coup j'ai la surprise de constater qu'au lieu des copules habituels, est et n'est pas, je ne rencontre pas de proposition qui ne soit liée par un doit ou un ne doit pas. C'est un changement imperceptible, mais il est néanmoins de la plus grande importance. Car, puisque ce doit ou ce ne doit pas exprime une certaine relation ou affirmation nouvelle, il est nécessaire qu'il soit souligné et expliqué, et qu'en même temps soit donnée une raison de ce qui semble tout à fait inconcevable, à savoir, de quelle manière cette relation nouvelle peut être déduite d'autres relations qui en diffèrent du tout au tout. Mais comme les auteurs ne prennent habituellement pas cette précaution, je me permettrai de la recommander aux lecteurs, et je suis convaincu que cette petite attention renversera tous les systèmes courants de moralité et nous fera voir que la distinction du vice et de la vertu n'est pas fondée sur les seules relations entre objets et qu'elle n'est pas perçue par la raison.
Évidemment Hume vise ici le discours moral chrétien, mais s'il était cohérent, il devrait l'appliquer également à son propre système, la pensée des Lumières (on parle ici du stade mature des Lumières, c'est-à-dire matérialiste, non pas du stade initial, et immature, c'est-à-dire le déisme de Voltaire, Descartes ou de Benjamin Franklin). Puisque le devoir moral (le doit) implique une révélation non matérielle, inévitablement dans le cadre de la pensée des Lumières le présupposé matérialiste exclut un système moral cohérent (au sens habituel).
Mais faire appel à ce qui est pour justifier ce que doit (ou le bien) n'est pas uniquement une stratégie exploitée par les théologiens ou philosophes comme l'insinue Hume. Pendant mes études j'ai rencontré ce passe-passe éthique dans un cours d'anthropologie sexuelle où on justifiait l'homosexualité en alléguant qu'il se rencontre chez les pingouins. Ce qui laissait entendre que l'homosexualité serait donc naturelle. Mais quelques instants de réflexion font comprendre qu'un tel argument justifie TOUT, car dans le même monde animal, on rencontre aussi l'ours polaire mâle au printemps, sorti de son hibernation et affamé, cherchant une proie, n'importe laquelle, et qui ne dédaigne pas bouffer de petits ours polaires si la mère ne les surveille pas de trop près. Dans cette même logique alors l'infanticide cannibale serait moralement justifié et également naturel.
Pour sa part, Nietzsche a très bien compris ce problème et méprisait ouvertement l'incohérence de nombreux dévots des Lumières jouant de petits jeux marketing hypocrites en se donnant une image morale, mais tout en empruntant (sans l'admettre) des principes moraux du christianisme, principes moraux sans justification et sans fondement logique dans un cadre conceptuel matérialiste. Nietzsche observa (1899/1970: 78-79):
Ils se sont débarrassés du Dieu chrétien et ils croient maintenant, avec plus de raison encore devoir retenir la morale chrétienne. C'est là une déduction anglaise, nous ne voulons pas en blâmer les femelles morales à la Eliot. En Angleterre, pour la moindre petite émancipation de la théologie, il faut se remettre en honneur, jusqu'à inspirer l'épouvante, comme fanatique de la morale. C'est là-bas une façon de faire pénitence. Pour nous autres, il en est autrement. Si l'on renonce à la foi chrétienne, on s'enlève du même coup le droit à la morale chrétienne. (...) Si les Anglais croient en effet savoir par eux-mêmes, “ intuitivement ” ce qui est bien et mal, s'ils se figurent, par conséquent, ne pas avoir besoin du christianisme comme garantie de la morale, cela n'est en soi-même que la conséquence de la souveraineté de l'évolution chrétienne et une expression de la force et de la profondeur de cette souveraineté: en sorte que l'origine de la morale anglaise a été oubliée, en sorte que l'extrême dépendance de son droit à exister n'est plus ressentie. Pour l'Anglais, la Morale n'est pas encore un problème.
Nietzsche, plus que bien d'autres, dans son essai Le gai savoir a décrit la fin de l'esprit libre (c'est-à-dire le Surhomme/Übermensch) qui poursuit jusqu'au bout ses pulsions, et ce, sans entraves morales (1882/1950: 290) et qui est prêt à expérimenter la:
(...) liberté du vouloir qui permette à un esprit de rejeter à son gré toute foi, tout besoin de certitude; on peut l'imaginer entraîné à se tenir sur les cordes les plus ténues, sur les plus minces possibilités et à danser jusqu'au bord des abîmes. Ce serait l'esprit libre par excellence.
Sur ce plan, Nietzsche préfigure bon nombre de penseurs postmodernes lorsqu'il affirme au sujet des penseurs des Lumières (1882/1950: 178-179):
On mesure la force d'un homme, ou, pour mieux dire, sa faiblesse, au degré de foi dont il a besoin pour se développer, au nombre des crampons qu'il ne veut pas qu'on touche parce qu'il s'y tient. Le christianisme, en notre vieille Europe, est encore nécessaire à la plupart des gens; c'est pour cela qu'il trouve encore des adeptes. Car tel est l'homme qu'on lui réfuterait cent fois un article de sa croyance, s'il en a besoin, il ne cesse de le tenir encore pour vrai, conformément à la fameuse preuve de force de la Bible. Quelques-uns ont encore besoin de métaphysique; mais ce furieux désir de certitude qui se décharge aujourd'hui par bataillons massifs dans la littérature scientifico-positiviste, ce désir de vouloir à tout prix posséder quelque chose de sûr (alors qu'on passe avec assez grande indulgence, dans la fièvre de ce désir, sur les preuves de cette sûreté), c'est encore un désir d'appui et de soutien, bref un désir de cet instinct de la faiblesse qui ne crée sans doute pas les religions, métaphysiques et convictions de toutes sortes, mais... les conserve cependant.
Si dans ses discussions de l'homme libre de toute restriction morale ou éthique Nietzsche utilise le concept du Surhomme/Übermensch), CS Lewis utilise plutôt (dans son Abolition de l'homme - 1943) le terme Conditionneur (concept qui colle bien aux élites mondialistes et manipulateurs du 21e siècle). Dans l'absence d'un cadre éthique absolu[5] suite au rejet de toute révélation ou texte sacré par les élites issues des Lumières, Lewis décrit bien la logique et la motivation qui encadrent le comportement chez les Conditionneurs qui rejettent le concept d'une Loi Morale Absolue (1943 : chap. 3)
Il faut bien pourtant que les Conditionneurs agissent. Quand j‘ai dit à l'instant que toutes les raisons d'agir leur font défaut, j'aurais dû dire toutes sauf une. Toutes celles qui prétendent à une validité autre qu'émotionnelle et passagère leur font bien défaut. Tout ce qui n'est pas leur bon plaisir (sic volo, sic jubeo) a perdu toute justification. Mais ce qui n'a jamais prétendu à l'objectivité ne peut être détruit par le subjectivisme. L'envie de me gratter quand ça me démange ou de mettre en morceaux ce qui excite ma curiosité est insensible à l'influence qui a été fatale à ce que je pouvais avoir de justice, d'honneur ou de souci de la postérité. Quand tout ce qui dit: “c'est bien” a perdu tout crédit, il reste ce qui dit: “j'ai envie”. Et ce n'est pas là une attitude qu'on peut critiquer en montrant la fausseté ou en essayant de ne pas en être dupe, puisqu'elle n'a jamais eu aucune prétention. Les conditionneurs en viendront donc forcément à n'être motivés que par leur caprice. Je ne pense pas ici à l'effet corrupteur du pouvoir, je n'exprime pas la crainte de voir nos maîtres se dégrader sous son influence. Les mots mêmes de corruption et de dégradation supposent une échelle des valeurs, et sont donc dépourvus de sens dans ce contexte. Ce que je veux dire, c'est que ceux qui sont étrangers à tout jugement de valeur ne peuvent avoir aucune raison de préférer un de leurs désirs à un autre, si ce n'est l'intensité de ce désir[6].
Il est difficile de dire si Lewis, lorsqu'il parle ici de désir (ou d'impulsion), fait (implicitement) référence à Nietzsche, mais son commentaire ci-dessus converge certainement vers le concept nietzschéen de volonté de puissance (tout en le vidant de ses prétentions grandioses). Mais comme le texte de Singer l'expose, même le dévot des Lumières le plus cohérent ne peut longtemps résister à la tentation de se donner une image morale. Dans son Abolition de l'homme, Lewis dissèque bien le dilemme d'individus tels que Singer (chap. 2, La voie)
Le Novateur attaque les valeurs traditionnelles (le Tao[7]) pour défendre ce qu'il croit être, en un sens bien à lui, des valeurs “rationnelles” ou “biologiques ”. Mais, on l'a vu, toutes les valeurs dont il se sert pour attaquer le Tao, et qu'il prétend même lui substituer, sont en fait dérivées du Tao. S'il était vraiment parti de zéro, en se plaçant hors de la tradition morale de l'humanité, aucun tour de passe-passe n'aurait pu le faire arriver à l'idée qu'il faut mourir pour les autres et travailler pour la postérité. Si le Tao s'effondre, toutes ses conceptions de la valeur s'effondrent avec lui, car il n'y en a pas une seule qui puisse prétendre à une autorité venue d'ailleurs. Et s'il peut l'attaquer, c'est seulement grâce aux lambeaux qui lui en restent. Il faut donc se demander ce qui l'autorise à en choisir certains fragments et à en rejeter d'autres. Car si les fragments qu'il rejette n'ont pas d'autorité, ceux qu'ils conservent n'en ont pas non plus; et si ce qu'il conserve est valable, ce qu'il rejette l'est tout autant.
Réfléchissant sur l'influence culturelle et éthique de la cosmologie matérialiste, William B. Provine, évolutionniste athée et professeur de biologie à l'Université Cornell, fit le constat suivant (1990: 23):
Je vais résumer ma vision de ce que déclare très clairement la biologie évolutionniste moderne et c'est essentiellement la position de Darwin. Il n'existe pas de dieux, pas de buts ultimes ni de forces qui tendent vers un but ultime. Il n'y a pas de vie après la mort. Lorsque je meurs, je suis sûr que je serai complètement mort. C'en est fini de moi. Il n'y a pas de fondation ultime pour l'éthique, pas de sens ultime de la vie et le libre arbitre chez l'humain est une fiction.*
Si on considère le dernier point abordé ici par Provine, c'est-à-dire le libre arbitre, il n'y a pas là qu'une question philosophique abstraite. En général on se croit libre de penser, de choisir et d'agir selon sa volonté propre, mais si le libre arbitre est effectivement une illusion et que nous ne sommes que les véhicules des gènes, alors tous les choix d'individus sur lesquels sont fondés le droit criminel et le système démocratique sont aussi illusoires. Le vote, dans les régimes démocratiques, s'explique alors par des facteurs génétiques tout aussi bien que le comportement criminel. Les responsabilités civiques et légales ne sont alors que des fictions. Il s'en suit qu'il est impossible d'avoir un vote réellement libre, car tout est déterminé soit sur le plan génétique, biochimique ou phéromonal... Dans cette perspective, la démocratie devient alors un jeu ridicule, une vaine mascarade. Et dans ce contexte, le système carcéral, qui est censé réhabiliter des criminels, constitue un gaspillage ridicule de fonds publics tandis qu'en réalité une intervention génétique ou pharmacologique serait plus appropriée.
Richard Dawkins, dans une entrevue à la ABC, a fait des commentaires sur les implications morales du mythe d'origines matérialiste (Dawkins 2000):
Il y eut, dans le passé, des tentatives pour fonder une moralité sur l'évolution. Je ne veux pas être associé à ces tentatives d'aucune manière. Il s'agit du genre de monde qu'un darwiniste, référant au concept de la lutte féroce pour la survie maintenant, où les forts dévorent les faibles. Je crois effectivement que la nature implique une lutte féroce pour la survie.
Je pense si vous observez le comportement animal dans la nature sauvage, dehors, dans les forêts, dans la prairie, il s'agit d'un genre de vie extrêmement impitoyable, extrêmement désagréable, il s'agit précisément du genre de monde que je désirerais ne pas habiter. Et si un programme politique était basé sur le darwinisme, à mon avis ce serait de la mauvaise politique, ce serait immoral .
Exprimé en d'autres termes, je dirais que je suis un disciple passionné de Darwin quant à la science, mais lorsque vient le moment d'expliquer le monde [humain], je suis un antidarwinien passionné à l'égard de la moralité et de la politique.*
Il y a là un paradoxe révélateur... Sur le plan logique évidemment rien n'impose à Dawkins de tels aveux, mais sur le plan marketing, depuis la Seconde Guerre mondiale et le choc de l'Holocauste, les prises de position comme celle de Dawkins sont imposées par les circonstances historiques (bien que rares...). Le vétéran de la Deuxième Guerre mondiale et romancier de science-fiction américain Kurt Vonnegut fait écho à Dawkins, car lui aussi a pris conscience de répercussions logiques du mythe d'origines matérialiste et fit ces commentaires (1975: 238)
Je ne suis pas très reconnaissant à l'égard de Darwin, bien que je soupçonne qu'il ait raison. Ses idées rendent les gens plus cruels. Le darwinisme affirme que les personnes qui tombent malades méritent d'être malades, que les personnes qui ont des ennuis méritent d'être éprouvées. Lorsqu'un individu meurt, les darwinistes cruels imaginent que nous nous améliorons évidemment de quelque manière. Et n'importe quel homme qui est en position de pouvoir est là parce qu'il est un animal supérieur. C'est le darwinisme social du siècle dernier et il a toujours une grande influence.*
Si la perspective de Vonnegut ici est instinctive, elle est tout de même juste. Dans ses œuvres, le philosophe Francis Schaeffer a examiné la pensée de nombreux intellectuels modernes abordés ci-dessus et a également fait le constat du cul-de-sac logique de la tentative de tirer des lois morales d'une vision du monde matérialiste/impersonnelle. Schaeffer fit les observations suivantes (1982/1994 : vol. I, p. 6, 294)
Il nous faut pourtant remarquer un point essentiel. Si l'on accepte le postulat d'un commencement impersonnel, on aboutit au point où la finitude humaine et la cruauté se confondent. C'est une règle absolue. Il importe peu, quelque soit le point de départ de cette impersonnalité – avec le scientifique moderne [matérialiste] et ses particules énergétiques, le panthéisme oriental ou la théologie néo-orthodoxe –, ces deux aspects finissent par se fondre en un seul problème. Avec une origine cosmique impersonnelle, la morale n'existe pas en tant que telle. Si l'on part d'une origine cosmique impersonnelle, la réponse à la question de la morale se résume finalement à l'affirmation qu'il n'y a pas de morale (quelle que soit la manière sophistiquée dont cela est exprimé [ou occulté - PG]). Ceci reste vrai, que l'on parte du panthéisme oriental ou des particules énergétiques. Avec une origine cosmique impersonnelle, tout est finalement égal en matière de morale. (...) Laissés dans cette position, nous pouvons parler de ce qui est antisocial, ou de ce que la société n'aime pas, ou même de ce que je n'aime pas, mais nous ne pouvons plus parler de ce qui est vraiment bien ou de ce qui est vraiment mal.*
L'observation de Schaeffer est utile. En effet, le problème du vide éthique ne vise pas que le matérialisme, mais également les systèmes idéologico-religieux (tels que le bouddhisme ou l'hindouisme) dont le mythe d'origines est impersonnel.
Dans cette généalogie intellectuelle, notons l'absence de penseurs français. Faut-il en déduire que la pensée des Lumières, qui domine si massivement l'éducation française, soit un obstacle efficace à une réflexion sérieuse sur ce sujet ? S'il existe une longue tradition critique des Lumières chez les anglophones, chez les francophones, il semble très difficile d'accoucher une perspective vraiment critique de la pensée des Lumières. À mon sens cela explique le peu de réflexion sur le problème du vide éthique/moral sous la cosmologie matérialiste issue des Lumières.
Chose curieuse, le Marquis de Sade (1740-1814) et un des premiers penseurs francophones à toucher la question du problème du vide éthique/moral sous la cosmologie matérialiste issue des Lumières. Mais il ne faut pas trop s'étonner que Sade l'aborde en lien avec ses préoccupations habituelles, c'est-à-dire le sexe. Dans sa Philosophie dans le boudoir, de Sade affirmait (1795/1972 : 112)
"S'il devient donc incontestable que nous [les hommes] avons reçu de la nature le droit d'exprimer nos vœux indifféremment à toutes les femmes, il le devient de même que nous avons celui de l'obliger de se soumettre à nos vœux, non pas exclusivement, je me contrarierais, mais momentanément. Il est incontestable que nous avons le droit d'établir des lois qui la contraignent de céder aux feux de celui qui la désire; la violence même étant un des effets de ce droit, nous pouvons l'employer légalement. Eh ! la nature n'a-t-elle pas prouvé que nous avions ce droit, en nous départissant la force nécessaire à les soumettre [les femmes] à nos désirs ?"
On pourrait donc demander à Singer, puisqu'il partage le matérialisme de De Sade, s'il acceptait ou rejetait cette affirmation de De Sade au sujet des rapports hommes-femmes, c'est-à-dire que puisque la nature a fait l'homme plus fort que la femme alors cela donne le droit à l'homme de faire TOUT ce qu'il veut à la femme. Mais si Singer rejetait l'affirmation de Sade, on pourrait exiger de lui qu'il explique (question de logique...) sur quelle BASE il rejette cette affirmation.
Si d'autres abordent le problème du néant moral sous le matérialisme, chez les francophones il semble souvent que ce soit abordé un peu par distraction, et vite oublié... Combien ont osé explorer les répercussions du néant moral produit par les Lumières (et le postmodernisme qui lui succède) ? Dans les dernières lignes de son essai Le hasard et la nécessité, Jacques Monod, biochimiste français renommé, semble avoir lorgné de loin ce dilemme (Monod 1971: 194-195):
L'ancienne alliance est rompue; l'homme sait enfin qu'il est seul dans l'immensité indifférente de l'Univers d'où il a émergé par hasard. Non plus que son destin, son devoir n'est écrit nulle part. À lui de choisir entre le Royaume et les ténèbres.
Dans ses derniers jours, le philosophe existentialiste Jean-Paul Sartre fit des aveux inhabituels pour un dévot des Lumières (J-P Sartre in de Beauvoir 1981: 552):
S. de B. - Comment définiriez-vous en gros votre Bien et votre Mal, ce que vous appelez le Bien, ce que vous appelez le Mal?
J.-P. S. - Essentiellement le Bien c'est ce qui sert la liberté humaine, ce qui lui permet de poser des objets qu'elle a réalisés, et le Mal c'est ce qui dessert la liberté humaine, c'est ce qui présente l'homme comme n'étant pas libre, qui crée par exemple le déterminisme des sociologues d'une certaine époque.
S. de B. - Donc, votre morale est basée sur l'homme et n'a plus beaucoup de rapport avec Dieu.
J.-P. S. - Aucun, maintenant. Mais il est certain que les notions de Bien et de Mal absolus sont nées du catéchisme qu'on m'a enseigné.
Il y a lieu de penser que de tels commentaires auraient attiré le mépris de Nietzsche... Ailleurs on voit que Sartre a fait quelques efforts pour sortir du piège du nihilsme éthique (ou relativisme) produit par le matérialisme des Lumières. Interviewé par Simone de Beauvoir, il fit les observations suivantes (Beauvoir 1981: 551-552):
S. de B. - Ou alors ce mot de Dostoïevski: “ Si Dieu n'existe pas, tout est permis ”. Vous ne pensez pas cela, vous?
J.-P. S. - En un sens, je vois bien ce qu'il veut dire, et c'est abstraitement vrai, mais en un autre je vois bien que tuer un homme est mauvais. Est mauvais directement, absolument, est mauvais pour un autre homme, n'est sans doute pas mauvais pour un aigle ou un lion, mais mauvais pour un homme. Je considère, si vous voulez, que la morale et l'activité morale de l'homme, c'est comme un absolu dans le relatif
Voilà une impasse morale à la fois grotesque et tragique...
Dans son livre On Enlightenment (2003), le philosophe Australien David Stove examine la pensée de Thomas Huxley, contemporain et fervent défenseur de Charles Darwin. Huxley était tout à fait conscient du problème que pose le principe de la survie du plus apte pour le marketing de la théorie de l'évolution. En somme : l'égoïsme brutal et la survie sont dans les faits les seuls principes éthiques que l'on puisse tirer directement de la théorie de l'évolution et de son mécanisme de la survie du plus apte. Conscient de la réaction que ces détails pouvaient provoquer chez son auditoire britannique Huxley a tenté de vendre l'altruisme comme “ mécanisme de survie ”. Concernant ces idées, Stove souligne l'incohérence de Huxley et observe sans ambages (2003 : 136) :
Bien que ces derniers essais d'Huxley fussent méprisables, voire honteux, à sa raison, ils reflétaient ses convictions profondes. Il s'est mis dans cette situation absurde, car il avait perçu, à juste titre, le culte du pouvoir inhérent dans le darwinisme, tandis qu'il aspirait à un darwinisme davantage empreint de décence. Le darwinisme sans darwinisme social, un darwinisme qui ne promet pas le succès et n'octroie pas de titres honorifiques à ceux qui se distinguent principalement par leur talent à piétiner les autres. C'est aussi ce que souhaite presque toute personne instruite aujourd'hui, comme je l'ai dit au début de cet essai. Huxley était simplement le premier d'entre nous à l'exprimer.
La question de savoir s'il est logiquement possible d'obtenir ce que l'on désire est une autre affaire. J'ai indiqué précédemment que je ne le crois pas. Le darwinisme est faux si l'homme est n'est pas assujetti à la sélection naturelle. D'autre part, il est faux également si la sélection naturelle n'est pas partout tributaire d'une compétition impitoyable pour la survie. Le darwiniste social conclut, avec cohérence, que l'altruisme humain est une illusion. Mais une personne rationnelle conclura, avec autant de cohérence et bien plus de crédibilité, du fait évident de l'altruisme humain, que le darwinisme est une illusion. Si vous êtes déterminé à concilier darwinisme et décence/altruisme, votre position sera essentiellement celle d'Huxley en 1893 : l'évolution et l'égoïsme pour le monde animal, et l'éthique et l'altruisme pour nous. Mais tandis que vous exemptez l'homme de la sélection naturelle, et vous avez par là même abandonné le darwinisme.*
En somme, Stove affirme que l'altruisme humain réfute le mythe d'origines matérialiste (aussi connu sous le nom Théorie de l'évolution). Notons que les observations de Stove touchant l'incohérence de Huxley visent également le discours de Singer sur la charité. Les difficultés éthiques de Thomas Huxley, rappellent une boutade ironique de la part de Jean-Jacques Rousseau dans son Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes (1755), boutade qui visait avant tout le clergé de Genève :
Qu'il m'est doux de pouvoir faire en notre faveur une exception si rare, et placer au rang de nos meilleurs citoyens ces zélés dépositaires des dogmes sacrés autorisés par les lois, ces vénérables pasteurs des âmes, dont la vive et douce éloquence porte d'autant mieux dans les cœurs les maximes de l'Évangile, qu'ils commencent toujours par les pratiquer eux-mêmes ! Tout le monde sait avec quel succès le grand art de la chaire est cultivé à Genève. Mais, trop accoutumés à voir dire d'une manière et faire d'une autre, peu de gens savent jusqu'à quel point l'esprit du christianisme, la sainteté des mœurs, la sévérité pour soi-même et la douceur pour autrui, règnent dans le corps de nos ministres.
Évidemment Rousseau reproche ici au clergé de Genève leur manque de cohérence, c'est-à-dire en faisant allusion à la distance entre le beau discours prononcé dans la chaire un dimanche matin et leur vécu existentiel, visible aux yeux de tous les hommes. Notons d'abord qu'il est possible (et légitime) de faire un tel reproche à un chrétien. Mais penserait-on faire la même type de reproche à un matérialiste ? Et si on ne pense jamais le faire, n'est-ce pas l'indice que ce n'est pas la peine de nourrir de hautes attentes éthiques de la part d'un matérialiste ? Et même si on y pensait, voudrait-on vraiment que le matérialiste soit cohérent en tout point avec les présupposés de son système de croyances ? Serait-ce souhaitable ? Staline, Hitler, Mao et Pol Pot nous on donné une petite idée de que cela peut produire. Alexsandr Soljénitsyne et d'autres peuvent témoigner à ce sujet... Singer, et bien d'autres de ses semblables, préfèrent balayer tous ces problèmes sous le tapis...
Un dernier mot
Comme d'autres eugénistes génocidaires tels que Bill Gates[8] ou Yuval Harari, qui sont convaincus qu'il y a trop d'humains sur la terre[9], Singer semble également de cet avis, car parmi les charités qu'il promeut (2009 : 157) figurent des organismes combattant la croissance démographique tels que la Population Services International ou la Planned Parenthood Federation. Notons en terminant que si en effet Singer est bel et bien un parasite éthique, il est loin d'être le seul dans ce cas. Touchant la question de la compassion pour les moins fortunés, le chrétien peut légitimement se référer au parabole du Bon Samaritain, à quoi peut se référer l'évolutionniste cohérent? l'évolutionniste qui ne s'appui que sur son mythe d'origines matérialiste et rien d'autre?
BEAUVOIR, Simone de (1981) La cérémonie des adieux; suivi de Entretiens avec Jean-Paul Sartre, août-septembre 1974. [Paris]: Gallimard, 559 p.
CAMUS, Albert (1951) L'homme révolté. Gallimard, Paris 382 p.
DAWKINS, Richard (2000) The Descent of Man (Episode 1: The Moral Animal) (une série d'émissions de radio diffusés en janv. et février 2000 à la Australian Broadcasting Corporation, produit par Tom Morton) http://www.abc.net.au/science/descent/trans1.htm
GOSSELIN, Paul (1979) Mythes d'origines et théorie de l'évolution. (Samizdat)
GOSSELIN, Paul (2024) Une stratégie de manipulation/intimidation postmoderne : la culpabilisation. (Samizdat - 31/7/2024)
HUME, David (1740/1991) La Morale: Traité de la nature humaine. (livre III, trad. Phil. Saltel) GF Flammarion Paris 282 p.
LEWIS, C. S. (1943/1986) L'Abolition de l'homme: réflexions sur l'éducation. (traduction et préface d'Irène Fernandez) Criterion Limoges 201 p.
MONOD, Jacques ([1971) Le hasard et la nécessité: essai sur la philosophie naturelle de la biologie moderne. Éditions du Seuil Paris 197 p.
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NIETZSCHE, Friedrich (1899/1970) Crépuscule des idoles; suivi de Le cas Wagner. (trad. d'Henri et, al. Médiations ; 68) Denoël Gonthier Paris 190 p.
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Rousseau, Jean-Jacques (1755) Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes. (Wikisource -> tiré de Œuvres complètes de J. J. Rousseau : mises dans un nouvel ordre. P. Dupont – Paris 1823)
SADE, Marquis de; Blanchot, Maurice (1795/1972) Français, encore un effort si vous voulez être républicains. (extrait de "La Philosophie dans le boudoir") précédé de L'inconvenance majeure. Jean-Jacques Pauvert Paris (coll. Libertés nouvelles; 23) 163 p.
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SINGER, Peter (1993/1997) Questions d'éthique pratique. Bayard Éditions Paris 370 p.
SINGER, Peter (2003) Amour bestial [Heavy Petting] Cahiers-Antispecistes n°22 février
SINGER, Peter (2009) Sauver une vie : Agir maintenant pour êradiquer la pauvreté. (traduction: Pascal Raciquot-Loubet – titre original : The Life You Can Save) Michel Lafon Neuilly-sur-Seine 238 p.
STOVE, David (2003) On Enlightenment. [Andrew Irvine (editor), Roger Kimball (preface)] Transaction Publishers New Brunswick NJ 185 p.
VONNEGUT, Kurt Jr. (1975) Wampeters, Foma & Granfalloons, Dell Publishing Co. Inc, New York, , 238 p.
Les citations suivies d'un astérix (*) sont traduites par l'auteur de ce compte rendu
[1] - Voir aussi à la page 84 de Singer (2009).
[2] - Voir Genèse 1 : 26-27.
[3] - Notons que c'est dans cette même logique que s'est développée l'idéologie de l'eugénisme génocidaire (ou aide médical à mourir).
[4] - Et si les postmodernes accordent des droits à des rivières ou à des singes, est-ce pour les ôter aux humains ?
[5] - Ce que Lewis appelle le Tao.
[6] - Discutant du surréalisme, comme Lewis, Albert Camus semble avoir bien compris que le nihilisme éthique des Lumières aboutit à une seule règle morale, le désir (1951: 123):
Le surréalisme ne s'en est pas tenu là. Il a choisi comme héros Violette Nozière ou le criminel anonyme de droit commun, affirmant ainsi, devant le crime lui-même, I'innocence de la créature. Mais il a osé dire aussi, et ceci est le mot que, depuis 1933, André Breton doit regretter, que l'acte surréaliste le plus simple consistait à descendre dans la rue, revolver au poing, et à tirer au hasard dans la foule. À qui refuse toute autre détermination que celle de l'individu et de son désir, toute primauté, sinon celle de l'inconscient, il revient en effet de se révolter en même temps contre la société et la raison .
[7] - Lewis réfère ici à ce que les philosophes appellent généralement la loi naturelle, c'est-à-dire les règles morales reconnues par la majorité des civilisations humaines.
[8] - Aux pages 190-191 Gates a droit à l'admiration explicite de Singer. Notons que le père de Bill Gates fut cofondateur de l'organisme eugénique Planned Parenthood.
[9] - Excluant, évidemment, celui qui l'affirme...