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Samizdat

Une fissure oubliée dans la fondation :
Présupposés critiques dans le datage radiometrique.





Paul Gosselin (22/2/2026)

Voici une note que j'ai envoyé à un fils qui termine ses études en ingénierie.

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Salut,

Même s'il est probable que tu n'auras jamais à suivre un cours universitaire (de propagande) entièrement consacré à la théorie de l'évolution[1] (comme ce fut mon cas), il est impossible d'échapper à cette question à l'université. Tu sais peut-être que je participe à un forum créationniste de la Terre jeune (CTJ), forum qui réunit géologues, physiciens, programmeurs et ingénieurs. Les discussions y sont souvent animées...

Comme ces participants sont créationnistes de la Terre jeune et croient que celle-ci a entre 6 000 et 10 000 ans, la question de la datation radiométrique revient fréquemment, car elle constitue le principal fondement d'affirmations évolutionnistes telles que : “ La Terre a entre 4 et 5 milliards d'années et que les dinosaures ont vécu il y a des millions d'années.” Manifestement, la datation radiométrique est incompatible avec la chronologie biblique. Que faire, alors, face à ces affirmations ? Une des réponses avancées par certains créationnistes est la théorie de la désintégration nucléaire accélérée. Selon cette théorie, un événement cosmologique passé aurait provoqué une désintégration radiométrique accélérée, alors que la Terre n'aurait en réalité que 6 000 à 10 000 ans. Cet événement aurait amplifié le taux de désintégration radioactive des roches, donnant ainsi l'impression que la Terre est ancienne.

Lors d'une discussion sur la méthode de datation radiométrique, un participant a observé que cette méthode repose sur des hypothèses et s'est avérée erronée à maintes reprises lorsque la date de formation des roches est connue (par exemple, la datation d'une roche volcanique dont la formation a été observée est généralement très inexacte si le laboratoire d'analyse n'est pas informé de son origine récente). Dès lors, une question se pose : pourquoi les créationnistes de la Terre jeune s'obstinent-ils à vouloir intégrer à la chronologie biblique  une méthode de datation dont l'inexactitude a été démontrée ?

Vous trouverez ci-dessous une note que j'ai envoyée à ce forum concernant un problème largement ignoré (même par les CTJs) dans ce débat.

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Il existe un problème sous-jacent concernant la datation radiométrique qu'il faut examiner. Dans une expérience de laboratoire classique, il est possible (et nécessaire) de contrôler et d'observer les conditions initiales de l'expérience. Plus nous en savons sur ces conditions initiales (et sur les processus se déroulant au cours de l'expérience), meilleures seront nos conclusions. Or, le système de datation radiométrique repose sur ce que les philosophes des sciences appellent un “ présupposé métaphysique ”, c'est-à-dire l'affirmation que nous pouvons connaître les conditions initiales de formation (il y a des millions d'années...) des roches datées par cette méthode, alors même qu'aucun observateur humain ne les a constatées. Voilà le problème : si l'on met de côté tout jargon philosophique, on peut remplacer l'expression “ présupposé métaphysique ” par le terme plus simple de “ croyance ”.

Et si l'on rejette la croyance que nous connaissons les conditions initiales d'une roche datée par datation radiométrique, alors il est impossible de dater la moindre roche et toutes les datations obtenues par ces systèmes deviennent caduques et sans valeur. Il ne nous reste plus que les données empiriques relatives aux isotopes observables de certains minéraux dans les roches, que nous pouvons voir et toucher. Bien sûr, la géologie subit une pression énorme pour accepter la croyance que nous pouvons connaître les conditions initiales (il y a des millions d'années...) des roches datées par datation radiométrique. Cette croyance est désormais considérée comme une orthodoxie, un dogme. Elle jouit d'un prestige institutionnel. Le dogme de la connaissance des conditions initiales des roches datées par datation radiométrique est un Goliath que peu osent affronter même chez les créationnistes. Il est vrai que la croyance que nous pouvons connaître les conditions initiales a été raffinée au fil des ans (au moyen d'une floraison de jargon technique invoquant l'“ étalonnage ” et les “ isochrones ”), mais le fait fondamental demeure : les conditions initiales de la roche datée n'ont été observées par aucun être humain. L'affirmation selon laquelle nous pouvons connaître ces conditions initiales reste une croyance, rien de plus. Si les observations sont des faits, les présupposés ne sont que de simples croyances, rien de plus.

Et le point essentiel ici est qu'une croyance est quelque chose que l'on peut accepter ou rejeter.

Cela me rappelle une discussion que j'ai eue au début des années 80 avec un ami chrétien qui préparait un diplôme d'ingénieur en géologie. J'ai commencé à aborder les preuves du Déluge et les arguments qui réinterpréteraient la stratigraphie géologique orthodoxe comme preuves de ce Déluge. Il est devenu très agité et émotif, craignant peut-être d'être traité d'“ hérétique ” et de voir sa carrière de géologue ruinée s'il commençait à se pencher sérieusement sur ces questions. La situation est devenue tendue au point qu'il a menacé de rompre tout contact avec moi si je persistais dans ces discussions. Alors, pour éviter de perdre un ami, j'ai préféré mettre fin à la conversation. Alors pour éviter de perdre mon ami, j'ai mis de côté toute autre discussion créationniste avec lui. Il a ensuite décroché un poste confortable au gouvernement et aujourd'hui doit percevoir une belle pension. Tout va bien...

Le problème, c'est que la pression pour se conformer au consensus en géologie est bien réelle et doit être prise en compte. De même, le risque de perdre des opportunités de publication et un salaire (ou des subventions pour la recherche géologique) doit être considéré comme un facteur à considérer lorsqu'on évalue la valeur du consensus/dogme géologique concernant l'affirmation selon laquelle nous pouvons connaître les conditions initiales des roches. Très peu de géologues ont le courage de s'opposer à la pression de leurs pairs et d'accepter d'être qualifiés d'excentriques ou de pourvoyeurs de désinformation, comme l'a fait le géologue américain Harlen Bretz, qui a proposé dans les années 1920 la théorie selon laquelle les Channelled Scablands, dans le nord-ouest des États-Unis, se seraient formées suite aux inondations de Missoula. Son hypothèse fut considérée comme une violation du principe de l'uniformité des processus géologiques au cours du temps. Pendant de nombreuses années, Bretz fut mis au ban de sa discipline. Bien plus tard, sa théorie fut généralement acceptée.

Concernant la croyance en géologie selon laquelle nous pouvons connaître les conditions initiales des roches, j'ai envie de crier (comme William). (Wallace dans BraveHeart) LIBERTÉ !! Mais je ne le ferai pas... Mais le problème de base ici est : pourquoi les créationnistes de la Terre jeune devraient-ils se plier aux règles que les évolutionnistes ont établies pour eux ?


Remarque complémentaire.

Bien qu'il faille garder à l'esprit que le rejet du postulat de départ concernant la datation radiométrique sèmerait la pagaille dans la contribution de la géologie au mythe des origines matérialistes (également connu sous le nom de théorie de l'évolution), cela n'aurait aucune incidence sur la pratique de la géologie minière.

Les géologues commerciaux ne s'en apercevraient même pas et continueraient d'analyser les carottes de forage pour en déterminer la composition minérale, de décider de la rentabilité d'une mine et d'analyser les liquides extraits d'un site de forage exploratoire pétrolier afin de déterminer la pertinence de l'exploitation d'un gisement. L'analyse des échantillons de minerai se poursuivrait, fournissant les données nécessaires à la décision de maintenir ou non une mine en activité.

Toutes ces activités se poursuivraient sans encombre, même si le postulat de départ concernant la datation radiométrique était totalement rejeté. La géologie, en tant que discipline à part entière, ne disparaîtrait pas. En revanche, la théorie de l'évolution serait profondément ébranlée, car le néo-évolutionnisme (mutations et sélection naturelle) est un mécanisme absurde, dépourvu d'agent intelligent, et qui exige donc des milliards, voire des millions d'années pour produire le moindre résultat. Sans ces millions d'années, mutations et sélection naturelle ne produiraient rien... Le temps nécessaire serait tout simplement indisponible... Selon le dogme évolutionniste, le temps est la potion magique qui rend possible le miracle de l'évolution...

Les évolutionnistes n'ont d'autre choix que de croire au dogme de l'affirmation que nous connaissons les conditions initiales des roches datées. Sinon leur mythe d'origines est foutu...

Henry M. MorrisLe cofondateur sur créationnisme jeune terre, l'hydrologue Henry M. Morris avait fait quelques réflexions à ces questions dans son llivre Scientific Creationism (1974: 137-138)

À la même page, Morris fit ce commentaire touchant les présupposés que doivent accepter les évolutionnistes à l'égard des méthodes de radiodatage (1974: 138)

Le deuxième présupposé de Morris (c'est-à-dire que le système ne devait initialement contenir aucun de ses composants fils) peut être écarté, car les calculs de datation radiométrique peuvent être effectués même en supposant connaître les quantités de tous les isotopes présents lors de la formation de la roche. À la fin, la présence ou l'absence de composants dérivés est sans importance, car personne n'a observé les conditions initiales de formation de la roche. Personne n'a mesuré les quantités d'isotopes présents à ce moment-là. Le vieux principe des programmeurs s'applique ici : “ Si les données d'entrée sont erronées, les résultats le seront aussi. ”[2] Autrement dit, si le présupposé concernant les conditions initiales en datation radiométrique est erroné, alors toutes les datations obtenues à partir de ce présupposé le seront erronées et sans valeur également.

Je vois deux raisons pour lesquelles même les géologues créationnistes n'ont pas exploré cette question.

David Coppedge a observé (2024)

Un participant du forum a objecté que les datations radiométriques ne sont pas pourtant aléatoires, mais synchronisent avec la stratigraphie.

J'ai répondu que cela n'avait aucun rapport avec la question de la connaissance des conditions initiales des roches datées par les systèmes de datation radiométrique. Cette réponse revient à sous-entendre que les géologues DOIVENT croire au dogme “ nous connaissons les conditions initiales de la formation des roches ”. Mais il faut saisir que croire ou ne pas croire de dogme est un choix.

Je n'ai reçu aucune autre réponse des participants du forum à ce sujet...

L'une des solutions de repli des évolutionnistes confrontés à la question de la fiabilité des méthodes de datation radiométrique est d'invoquer les isochrones, ce qui consiste essentiellement à croiser les résultats de plusieurs méthodes de datation radiométrique. Le problème, c'est que cela ne résout rien. Multiplier les méthodes de datation radiométrique dans les calculs de datation ne fait qu'accumuler les présuppositions concernant les conditions initiales non observées pour chaque méthode. Cela ne fait qu'aggraver le problème que je soulevais...

Voici un autre point où un autre type de “ présupposé métaphysique ” propose le fondement même de la science.

Il s'agit en fait d'un point de contact ignoré par toute la philosophie des Lumières entre les sciences (naturelles) et la théologie chrétienne. En effet, les sciences (naturelles) sont entièrement dépendantes de la théologie (plus précisément de la vision judéo-chrétienne du monde). Cette dépendance découle d'un dogme fondamental des Écritures : Dieu a créé la Création selon des lois. La Création est donc le reflet d'un Dieu rationnel et personnel. Cela implique que les éléments du monde matériel qui nous entoure obéissent à des lois, et cette croyance a rendu possible la méthode expérimentale (qui repose sur la croyance que la nature obéit partout les mêmes lois, si les conditions sont les mêmes). Ce présupposé rend également possible l'exploration de l'espace et la cosmologie (avec certaines limitations).

Voici un vieil article de ma part qui peut servir d'introduction à ce sujet :

La Cosmologie judéo-chrétienne et les origines de science. (Samizdat - 1987)


Références

Coppedge, David F. (2024) Apollo Astronaut Doubts Consensus Age of Moon : It started when he was told the same moon rock had two vastly different ages. (Creation-Evolution Headlines – 15/4/2024)

Coppedge, David F. (2026) We Were Wrong About Isochrons, Geologists Say. (Creation-Evolution Headlines - 24/1/2026)

Morris, Henry M. (1974/1976) Scientific Creationism. Creation-Life Publishers San Diego CA  277 p.

Powell, Tim MD (2024) The Danger of Scientific Consensus - Evergreen Family Medicine. Evergreen Family Medicine -> Archive


[1] - Le professeur d'anthropologie qui dans les années 1970 donnait ce cours était un fervent marxiste (donc matérialiste pur et dur) qui prêchait aux étudiants de se joindre à la lutte contre le capitalisme. Une vingtaine d'années plus tard, je l'ai rencontré (après la chute du Rideau de Fer et du Mur de Berlin) et j'ai découvert qu'il avait abandonné le communisme et s'était converti au système de croyance postmoderne, ce qui l'avait amené à s'intéresser à l'occultisme et aux voyages astraux... Il était devenu, en somme, chaman... Je soupçonne que bon nombre d'athées convaincus seraient réduits en miettes s'ils devaient voir avec leurs yeux un phénomène surnaturel/occulte... En tout cas, l'Apocalypse averti que dans les derniers jours viendront des faux prophètes capables de miracles observables (Apoc. 13 : 13)

[2] - En anglais on dit plus séchement : Garbage in, Garbage out...