Plan Cosmos Arts Engin de recherches Plan du site

Samizdat

Le chrétien et l’État:
Pertes de libertés en 2020 et Romains 13.




If we as Christians do not speak out as authoritarian governments grow from within or come from outside, eventually we or our children will be the enemy of society and the state. No truly authoritarian government can tolerate those who have a real absolute by which to judge its arbitrary absolutes and who speak out and act upon the absolute. This was the issue with the early church in regard to the Roman Empire, and though the specific issue will in all probability take a different form than Caesar-worship, the basic issue of having an absolute by which to judge the state and society will be the same.
(Francis Schaeffer - How Should We Then Live? 1976)


Paul Gosselin 2020[1]


Un contact réagit à un courriel (Noël sous Arruda vs sous les Nazis...) où j’avais osé souligner un fait, soit que les Nazis n’avaient jamais songé annuler les célébrations de Noël[2]. Mon contact écrit:

Le principal problème que je veux te soulever pour ton info lettre, et d’autres éditions, c’est à l’égard de la doctrine chrétienne du respect envers les autorités civiles.
Critique comme tu veux, si tu le juges utile, et surtout si tu as des arguments bibliques. Mais fais attention d’entrer en zone interdite par l’Écriture et de susciter chez les chrétiens une attitude de rébellion pour les autorités civiles (Rom 13), et la moquerie (Ps 1.1), plutôt que la prière d’intercession envers ces mêmes autorités (1Tim 1.19-22). On peut avoir raison sur le fond, mais ce qu’on en dit, et la façon de le dire, peut détruire plus qu’édifier le peuple de Dieu.


Ma réponse

Ce commentaire de mon contact semble présupposer que Rom 13 s’applique dans TOUTES les situations. Voyons d’abord ce que dit ce texte:

Que toute personne soit soumise aux autorités supérieures; car il n’y a point d’autorité qui ne vienne de Dieu, et les autorités qui existent ont été instituées de Dieu. C’est pourquoi celui qui s’oppose à l’autorité résiste à l’ordre que Dieu a établi, et ceux qui résistent attireront une condamnation sur eux-mêmes. Ce n’est pas pour une bonne action, c’est pour une mauvaise, que les magistrats sont à redouter. Veux-tu ne pas craindre l’autorité? Fais-le bien, et tu auras son approbation. Le magistrat est serviteur de Dieu pour ton bien. Mais si tu fais le mal, crains; car ce n’est pas en vain qu’il porte l’épée, étant serviteur de Dieu pour exercer la vengeance et punir celui qui fait le mal. Il est donc nécessaire d’être soumis, non seulement par crainte de la punition, mais encore par motif de conscience. C’est aussi pour cela que vous payez les impôts. Car les magistrats sont des ministres de Dieu entièrement appliqués à cette fonction. (Rom 13: 1-6)

S’il est légitime d’affirmer que Rom 13 couvre la majorité des situations que le chrétien peut rencontrer dans son rapport à l’État et aux autorités politiques, il reste que si on examine les Écritures, il est clair qu’il existe des exceptions à cette règle. Si Rom 13 était le seul principe qu’il fallait appliquer au rapport du chrétien à l’État, alors il faudrait considérer une TRÈS longue liste de personnages bibliques auraient désobéis à Dieu en résistant ou en critiquant l’autorité de leur époque. Voici quelques noms: (Ancien Testament) Moïse (qui a entraîné plus d’un million de personnes dans la désobéissance…), Aaron, Gédéon (qui s’est soulevé contres les Madianites qui avaient le pouvoir politique en Israël à son époque – Juges ch. 6, 7), Samson (qui s’est révolté contre le pouvoir des Philistins – Juges ch. 13-16), David (qui s’enfuit du roi Saul, vivant en hors-la-loi lorsque celui-ci attenta à sa vie et, ce, sans motif valable), Nathan (qui a exposé le crime et le mensonge d’un roi bien-aimé – 2Sam. 12: 1-12), Jérémie (qui a encouragé ces concitoyens à trahir leur roi pour se rendre à leur ennemi – Jér. 38: 2), Daniel (désobéissant à un édit royal - Dan. 6), Shadrac, Meschac, Abednego (désobéissant à un ordre royal - Dan. 3), Esther (qui a comploté pour faire renverser un édit royal). Et même avant Moïse et Aaron, il y eut deux sage-femmes humbles, Schiphra, et Pua (Exode 1: 15-21) qui ont désobéit aux ordres explicites de Pharaon. Et dans le Nouveau Testament on peut penser aux mages à la nativité qui ont désobéi aux recommandations d’Hérode (Matt. 2: 1-12), Jean-Baptiste (faisant des reproches personnelles au chef d’État), Jésus (des critiques TRÈS durs des leaders religieux juifs légitimes) et Pierre et Jean.

Est-ce essentiel pour le chrétien de toujours parler poliment aux chefs d’État? Voyez cet épisode de la vie de Christ.

Ce même jour, quelques pharisiens vinrent lui dire: Va-t’en, pars d’ici, car Hérode veut te tuer. Il leur répondit: Allez, et dites à ce renard: Voici, je chasse les démons et je fais des guérisons aujourd’hui et demain, et le troisième jour j’aurai fini. Mais il faut que je marche aujourd’hui, demain, et le jour suivant; car il ne convient pas qu’un prophète périsse hors de Jérusalem. (Luc 13: 31-33)

Aux premiers siècles après Jésus-Christ, sur le plan juridique, le christianisme avait été défini à plusieurs moments par l'administration romaine comme une association illégale. Mais il faut éviter les malentendus, car cette interdiction n'était PAS motivée par le fait que chrétiens adoraient Jésus de Nazareth, un Juif, mais par le fait que les chrétiens étaient perçus comme antipatriotiques et même des traîtres à l'Empire romain puisqu’ils refusaient d'admettre la divinité de César, l'empereur ainsi que tous les rites (pincée d'encens) qui accompagnaient cette croyance[3]. Au contraire, ils affirmaient sans ambiguïté: “Christ SEUL est Seigneur!!”[4] On peut deviner que beaucoup de chrétiens bien intentionnés de notre génération auraient sermonné ces premiers chrétiens comme étant trop étroit ou trop légaliste dans leurs convictions, “Après tout, c’est juste une pincée d’encens, de rien du tout... Tu ne fais de mal à personne si tu en jettes un peu dans le feu! Qu’est-ce que ça peut changer? Dieu va comprendre! Pense à ta famille!”

Il en est de même dans l’histoire du christianisme, car si Luther ne s’était pas opposé au pouvoir de l’État et de l’Église de son temps, on n’aurait pas connu la Réforme. Et si Rom 13 était le seul principe qu’il fallait appliquer au rapport entre le chrétien et l’État, alors Cory Ten Boom aurait eu tort de cacher les Juifs tandis que les Pays-Bas étaient sous l’occupation nazie. Idem pour le pasteur allemand Dietrich Bonhoeffer qui prononça un discours radiophonique (1933) visant Hitler directement où mit en garde l'Allemagne contre le risque de glisser dans un culte idolâtre du Führer (chef), qui pourrait très bien se révéler être le Verführer (trompeur, ou séducteur). Et Bonhoeffer eut le courage extraordinaire de faire cette allocution immédiatement après la prise de pouvoir d’Hitler, moment où il était au sommet de sa popularité… Cela fit de lui un homme traqué par la Gestapo. Idem pour le pasteur Richard Wurmbrand qui aurait souffert inutilement pour sa foi pendant 14 ans dans les prisons communistes de Roumanie (il n’avait qu’à obéir et renoncer à prêcher l’Évangile comme le voulaient les représentants de l’État communiste ??).

Il est clair que les autorités civiles, même s’ils sont établis par Dieu, ils ne jouissent pas d’un pouvoir absolu ni d’une liberté d’agir sans égard pour une loi plus haute. Même le roi doit être soumis à la loi de Dieu… Salomon en avait bien conscience des limites de son pouvoir, car lors de l’inauguration du Temple, il fit ces commentaires:

Maintenant, Éternel, Dieu d’Israël, observe la promesse que tu as faite à David, mon père, en disant: Tu ne manqueras jamais devant moi d’un successeur assis sur le trône d’Israël, pourvu que tes fils prennent garde à leur voie et qu’ils marchent dans ma loi comme tu as marché en ma présence[5]. (2Ch 6:16)

Lemuel en avait bien conscience aussi que le roi doit être soumis à la loi de Dieu car, on lui dit:

Ce n’est point aux rois, Lemuel, Ce n’est point aux rois de boire du vin, ni aux princes de rechercher des liqueurs fortes, de peur qu’en buvant ils n’oublient la loi, et ne méconnaissent les droits de tous les malheureux. (Prov. 31: 4-5)

Il arrive dans les Écritures que le rappel que même le roi DOIT être soumis à la loi de Dieu soit assez brutal. À témoin, un épisode de la génération antérieure, soit le cas de Samuel qui destitue le roi Saul de sa fonction (et de son pouvoir) pour avoir violé un commandement de Dieu[6]. Devant Ponce Pilate, Christ lui-même a rappelé à Pilate que son pouvoir lui était délégué par Dieu et qu'à cet effet il aurait un jour des comptes à rendre de son exercice et de ses gestes.

Il [Pilate] rentra dans le prétoire, et il dit à Jésus: D’où es-tu? Mais Jésus ne lui donna point de réponse. Pilate lui dit: Est-ce à moi que tu ne parles pas? Ne sais-tu pas que j’ai le pouvoir de te crucifier, et que j’ai le pouvoir de te relâcher? Jésus répondit: Tu n’aurais sur moi aucun pouvoir, s’il ne t’avait été donné d’en haut. C’est pourquoi celui qui me livre à toi commet un plus grand péché. (Jean 19: 9-11)

Celui qui considère Rom 13 comme seul principe applicable pour régler le rapport du chrétien à l’État, dois alors se demander si Samuel, en agissant de la sorte à l'égard de Saul (le destituant de son pouvoir), n’a pas manqué à son devoir d’être soumis aux autorités? Il est donc clair dans les Écritures que l’autorité des hommes (et de l’État) est limitée et reste légitime dans la mesure où le chef d’État soit soumis à la loi de Dieu. Il est clair que les dirigeants ne peuvent pas faire n'importe quoi. Ils ont des comptes à rendre. Au cours des siècles de l’histoire de l’Ancien Testament, les prophètes ont souvent rappelé les plus hautes autorités politiques (les rois) que leur pouvoir vient de Dieu et qu’à ce sujet, ils ont des comptes à rendre devant Dieu sur l’exercice de pouvoir. Et les prophètes leur rappelèrent également que s’ils rejetaient cet avertissement, ils feraient face aux conséquences, c'est-à-dire le jugement de Dieu. Le prophète Jérémie expose cela sans aucune ambiguïté:

Ainsi parle l’Eternel: Descends dans la maison du roi de Juda, et là prononce cette parole. Tu diras: Ecoute la parole de l’Eternel, roi de Juda, qui es assis sur le trône de David, toi, tes serviteurs, et ton peuple, qui entrez par ces portes! Ainsi parle l’Éternel: Pratiquez la justice et l’équité; délivrez l’opprimé des mains de l’oppresseur; ne maltraitez pas l’étranger, l’orphelin et la veuve; n’usez pas de violence, et ne répandez point de sang innocent dans ce lieu. Car si vous agissez selon cette parole, les rois assis sur le trône de David entreront par les portes de cette maison, montés sur des chars et sur des chevaux, eux, leurs serviteurs et leur peuple. Mais si vous n’écoutez pas ces paroles, je le jure par moi-même, dit l’Éternel, cette maison deviendra une ruine. Car ainsi parle l’Eternel sur la maison du roi de Juda: Tu es pour moi comme Galaad, comme le sommet du Liban; Mais certes, je ferai de toi un désert, Une ville sans habitants. Je prépare contre toi des destructeurs, Chacun avec ses armes; Ils abattront tes plus beaux cèdres, Et les jetteront au feu. Des nations nombreuses passeront près de cette ville, Et elles se diront l’une à l’autre: Pourquoi l’Éternel a-t-il ainsi traité cette grande ville? Et l’on répondra: Parce qu’ils ont abandonné L’alliance de l’Éternel, leur Dieu, Parce qu’ils se sont prosternés devant d’autres dieux et les ont servis. Ne pleurez point celui qui est mort, Et ne vous lamentez pas sur lui; Pleurez, pleurez celui qui s’en va, Car il ne reviendra plus, Il ne reverra plus le pays de sa naissance. Car ainsi parle l’Eternel sur Schallum, fils de Josias, roi de Juda, Qui régnait à la place de Josias, son père, Et qui est sorti de ce lieu: Il n’y reviendra plus; Mais il mourra dans le lieu où on l’emmène captif, Et il ne verra plus ce pays. Malheur à celui qui bâtit sa maison par l’injustice, Et ses chambres par l’iniquité; Qui fait travailler son prochain sans le payer, Sans lui donner son salaire; Qui dit: Je me bâtirai une maison vaste, Et des chambres spacieuses; Et qui s’y fait percer des fenêtres, La lambrisse de cèdre, Et la peint en couleur rouge! Est-ce que tu règnes, parce que tu as de la passion pour le cèdre? Ton père ne mangeait-il pas, ne buvait-il pas? Mais il pratiquait la justice et l’équité, Et il fut heureux; Il jugeait la cause du pauvre et de l’indigent, Et il fut heureux. N’est-ce pas là me connaître? dit l’Éternel. Mais tu n’as des yeux et un coeur Que pour te livrer à la cupidité, Pour répandre le sang innocent, Et pour exercer l’oppression et la violence. C’est pourquoi ainsi parle l’Éternel sur Jojakim, fils de Josias, roi de Juda: On ne le pleurera pas, en disant: Hélas, mon frère! hélas, ma soeur! On ne le pleurera pas, en disant: Hélas, seigneur! hélas, sa majesté! Il aura la sépulture d’un âne, Il sera traîné et jeté hors des portes de Jérusalem. Monte sur le Liban, et crie! Elève ta voix sur le Basan! Crie du haut d’Abarim! Car tous ceux qui t’aimaient sont brisés. Je t’ai parlé dans le temps de ta prospérité; Tu disais: Je n’écouterai pas. C’est ainsi que tu as agi dès ta jeunesse; Tu n’as pas écouté ma voix. Tous tes pasteurs seront la pâture du vent, Et ceux qui t’aiment iront en captivité; C’est alors que tu seras dans la honte, dans la confusion, A cause de toute ta méchanceté. Toi qui habites sur le Liban, qui as ton nid dans les cèdres, Combien tu gémiras quand les douleurs t’atteindront, Douleurs semblables à celles d’une femme en travail! Je suis vivant! dit l’Éternel, Quand Jeconia, fils de Jojakim, roi de Juda, serait un anneau à ma main droite, Je t’arracherais de là. Je te livrerai entre les mains de ceux qui en veulent à ta vie, Entre les mains de ceux devant qui tu trembles, Entre les mains de Nebucadnetsar, roi de Babylone, Entre les mains des Chaldéens. Je te jetterai, toi et ta mère qui t’a enfanté, Dans un autre pays où vous n’êtes pas nés, Et là vous mourrez; Mais dans le pays où ils auront le désir de retourner, Ils ne retourneront pas. (Jér. 22: 1-27)

Il va sans dire que les rois ainsi remis en question voyaient dans le prophète un empêcheur de tourner en rond, une nuisance aux "bonnes affaires" du royaume. C’était sans doute le cas du roi Achab lors d’une rencontre avec le prophète Élie, mais Élie lui rends immédiatement la monnaie et lui rappelant ses responsabilités devant Dieu.

À peine Achab aperçut-il Élie qu’il lui dit: Est-ce toi, qui jettes le trouble en Israël? Élie répondit: Je ne trouble point Israël; c’est toi, au contraire, et la maison de ton père, puisque vous avez abandonné les commandements de l’Éternel et que tu es allé après les Baals. (1Rois 18: 17-18)

Il reste que jouer le rôle prophétique exige un certain courage et beaucoup de leaders évangéliques de cette génération, se souciant davantage de leurs "bonnes affaires" ecclésiastiques, n’osent jamais rappeler à l’ordre les dirigeants politiques. Dans le livre du prophète Daniel on voit ce principe exposé à plusieurs reprises. Au chapitre 4 par exemple Daniel donne au roi Nebucadnetsar l’interprétation d’un songe accompagné d’un avertissement de jugement.

Voici l’explication, ô roi, voici le décret du Très-Haut, qui s’accomplira sur mon seigneur le roi. On te chassera du milieu des hommes, tu auras ta demeure avec les bêtes des champs, et l’on te donnera comme aux boeufs de l’herbe à manger; tu seras trempé de la rosée du ciel, et sept temps passeront sur toi, jusqu’à ce que tu saches que le Très-Haut domine sur le règne des hommes et qu’il le donne à qui il lui plaît. L’ordre de laisser le tronc où se trouvent les racines de l’arbre signifie que ton royaume te restera quand tu reconnaîtras que celui qui domine est dans les cieux. C’est pourquoi, ô roi, puisse mon conseil te plaire! mets un terme à tes péchés en pratiquant la justice, et à tes iniquités en usant de compassion envers les malheureux, et ton bonheur pourra se prolonger. Toutes ces choses se sont accomplies sur le roi Nebucadnetsar. (Dan 4: 24-28)

Évidemment certains rois ou dirigeants politique prennent très mal ce genre de remise en question. Il est possible que celui qui offre un tel message puisse perdre la tête ou, enfin, quelque chose. Mais Nebucadnetsar n’est pas de ceux-là et il laisse la vie à Daniel, même s’il ne change pas immédiatement de comportement. Et finalement le jugement de Dieu est tombé sur Nebucadnetsar et par les coups durs de la vie ce roi a appris cette leçon importante. Voici la conclusion de Nebucadnetsar lui-même.

Après le temps marqué, moi, Nebucadnetsar, je levai les yeux vers le ciel, et la raison me revint. J’ai béni le Très-Haut, j’ai loué et glorifié celui qui vit éternellement, celui dont la domination est une domination éternelle, et dont le règne subsiste de génération en génération. Tous les habitants de la terre ne sont à ses yeux que néant: il agit comme il lui plaît avec l’armée des cieux et avec les habitants de la terre, et il n’y a personne qui résiste à sa main et qui lui dise: Que fais-tu? En ce temps, la raison me revint; la gloire de mon royaume, ma magnificence et ma splendeur me furent rendues; mes conseillers et mes grands me redemandèrent; je fus rétabli dans mon royaume, et ma puissance ne fit que s’accroître. Maintenant, moi, Nebucadnetsar, je loue, j’exalte et je glorifie le roi des cieux, dont toutes les oeuvres sont vraies et les voies justes, et qui peut abaisser ceux qui marchent avec orgueil. (Dan. 4: 34-37)

Samuel RutherfordQue les dirigeants aient des comptes à rendre devant Dieu c'est aussi le thème d'un texte renommé de la Réforme, soit Lex Rex (1644), rédigé par le pasteur presbytérien Samuel Rutherford. Il ne s’agit pas d’une soumission au pouvoir direct de l’Église. Il n’est donc pas question de régime théocratique. Tant l’Église que l’État, des institutions distinctes et indépendantes l’une de l’autre sont cependant chacune, à sa manière spécifique, soumise à Dieu et à sa Loi. Là si l’autorité politique (ou religieuse – ou autre, par exemple la famille) contrevient à la loi de Dieu, alors le chrétien et l’Église sont libres de se soustraire à ce pouvoir, de désobéir, de le critiquer ou de l’opposer, sans révolte, tout en manifestant le respect qui est dû à toute institution divine (I Pierre 2 11-17). Le cas classique est la convocation de Pierre et Jean devant le Sanhédrin (Actes 4: 5-24).

Le lendemain, les chefs du peuple, les anciens et les scribes, s’assemblèrent à Jérusalem, avec Anne, le souverain sacrificateur, Caïphe, Jean, Alexandre, et tous ceux qui étaient de la race des principaux sacrificateurs. Ils firent placer au milieu d’eux Pierre et Jean, et leur demandèrent: Par quel pouvoir, ou au nom de qui avez-vous fait cela? Alors Pierre, rempli du Saint-Esprit, leur dit: Chefs du peuple, et anciens d’Israël, puisque nous sommes interrogés aujourd’hui sur un bienfait accordé à un homme malade, afin que nous disions comment il a été guéri, sachez-le tous, et que tout le peuple d’Israël le sache! C’est par le nom de Jésus-Christ de Nazareth, que vous avez crucifié, et que Dieu a ressuscité des morts, c’est par lui que cet homme se présente en pleine santé devant vous. Jésus est La pierre rejetée par vous qui bâtissez, Et qui est devenue la principale de l’angle. Il n’y a de salut en aucun autre; car il n’y a sous le ciel aucun autre nom qui ait été donné parmi les hommes, par lequel nous devions être sauvés. Lorsqu’ils virent l’assurance de Pierre et de Jean, ils furent étonnés, sachant que c’étaient des hommes du peuple sans instruction; et ils les reconnurent pour avoir été avec Jésus. Mais comme ils voyaient là près d’eux l’homme qui avait été guéri, ils n’avaient rien à répliquer. Ils leur ordonnèrent de sortir du sanhédrin, et ils délibérèrent entre eux, disant: Que ferons-nous à ces hommes? Car il est manifeste pour tous les habitants de Jérusalem qu’un miracle signalé a été accompli par eux, et nous ne pouvons pas le nier. Mais, afin que la chose ne se répande pas davantage parmi le peuple, défendons-leur avec menaces de parler désormais à qui que ce soit en ce nom-là. Et les ayant appelés, ils leur défendirent absolument de parler et d’enseigner au nom de Jésus. Pierre et Jean leur répondirent: Jugez s’il est juste, devant Dieu, de vous obéir plutôt qu’à Dieu; car nous ne pouvons pas ne pas parler de ce que nous avons vu et entendu. Ils leur firent de nouvelles menaces, et les relâchèrent, ne sachant comment les punir, à cause du peuple, parce que tous glorifiaient Dieu de ce qui était arrivé.

Il y a des situations où il FAUT obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Il arrive que les autorités gouvernementales commandent quelque chose que Dieu interdit et il arrive également que les autorités gouvernementales interdisent quelque chose que Dieu commande. C'est alors que le peuple de Dieu doit désobéir. Et quand c’est le cas, il est clair que pour obéir à Dieu, cela implique de désobéir aux hommes, même les autorités en place.

Mais dans la situation qui nous intéresse, il est ESSENTIEL d’établir si nos autorités disent vrai au sujet de la gravité du Covid19. Depuis le début de 2020, on nous harangue qu’il “Faut sauver des vies!!” Est-ce bien le cas? C’est la case départ dans la situation actuelle, car c’est cette affirmation qui justifie TOUTES les mesures et restrictions qu’on nous a imposées en 2020. Nous mentent-ils au sujet de la gravité du Covid19? Si finalement la réponse est oui, alors le comportement de nos gouvernants depuis mars constitue à la fois une violation de leurs responsabilités de chefs d’État et un extraordinaire abus de pouvoir qui nuit non seulement à l’économie, mais nuit directement à la vie du chrétien qui cherche a vivre la vie chrétienne qui est inévitablement corporative. Il y a quelque ironie dans le fait qu'un chrétien ordinaire doivent rappeller des pasteurs leur devoir, c'est-à-dire l'injonction des Écritures "N’abandonnons pas notre assemblée, comme c’est la coutume de quelques-uns; mais exhortons-nous réciproquement, et cela d’autant plus que vous voyez s’approcher le jour." (Heb. 10: 25)

Après tout, nous sommes des êtres sociaux, et nous avons besoin de vie sociale autant que de respirer et manger. Rien de surprenant alors que les taux de suicide ont plus que doublé en 2020… C’est pourquoi dans le système pénal, pour plusieurs la pire des punitions et privations c’est la cellule isolée, sans contact humain. Et dans le Nouveau Testament, 1Cor 12: 13-27 nous illustre ce besoin, à la fois social et spirituel, avec la métaphore du Corps.

Nous avons tous, en effet, été baptisés dans un seul Esprit, pour former un seul corps, soit Juifs, soit Grecs, soit esclaves, soit libres, et nous avons tous été abreuvés d’un seul Esprit. Ainsi le corps n’est pas un seul membre, mais il est formé de plusieurs membres. Si le pied disait: Parce que je ne suis pas une main, je ne suis pas du corps,  ne serait-il pas du corps pour cela? Et si l’oreille disait: Parce que je ne suis pas un oeil, je ne suis pas du corps,  ne serait-elle pas du corps pour cela? Si tout le corps était oeil, où serait l’ouïe? S’il était tout ouïe, où serait l’odorat? Maintenant Dieu a placé chacun des membres dans le corps comme il a voulu. Si tous étaient un seul membre, où serait le corps? Maintenant donc il y a plusieurs membres, et un seul corps. L’oeil ne peut pas dire à la main: Je n’ai pas besoin de toi; ni la tête dire aux pieds: Je n’ai pas besoin de vous. Mais bien plutôt, les membres du corps qui paraissent être les plus faibles sont nécessaires; et ceux que nous estimons être les moins honorables du corps, nous les entourons d’un plus grand honneur. Ainsi nos membres les moins honnêtes reçoivent le plus d’honneur, tandis que ceux qui sont honnêtes n’en ont pas besoin. Dieu a disposé le corps de manière à donner plus d’honneur à ce qui en manquait, afin qu’il n’y ait pas de division dans le corps, mais que les membres aient également soin les uns des autres. Et si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui; si un membre est honoré, tous les membres se réjouissent avec lui. Vous êtes le corps de Christ, et vous êtes ses membres, chacun pour sa part.

Touchant les sévères restrictions imposées par l’État sur les assemblées chrétiennes en 2020, nous aussi nous devons réfléchir TRÈS sérieusement et juger s’il est juste, devant Dieu, d’obéir aux hommes plutôt qu’à Dieu.

Dans notre situation, la question médicale est centrale. Elle se pose d’abord. J’invite donc le lecteur à faire ses devoirs à ce sujet...  Pour avoir un son de cloche autre que celui de l’État ou des grands médias, j’invite le lecteur à prendre connaissance de la The Great Barrington Declaration signée par 39,000 membres du personnel médical (médecins, infirmières) et 12,000 scientifiques. Même des Prix Nobel... Parmi eux on retrouve donc des gens plus cotés sur le plan scientifique que Horacio Arruda au Québec, Olivier Véran en France ou Anthony Fauci aux États-Unis (qui n’ont pas de Prix Nobel)...

The Great Barrington Declaration. (Sunetra Gupta, Jay Bhattacharya & Martin Kulldorff - 4/10/2020)

La version française de cette déclaration...

La parole de Dieu dit bien: “Le premier qui parle dans sa cause paraît juste; Vient sa partie adverse, et on l’examine.” (Pr 18:17). Mais dans les faits il y a vraiment de bonnes raisons, rationnelles et empiriques pour rejeter ce qu’on nous dit depuis le mois de mars au sujet du Covid. Et si on admet ce point, alors il est manifeste que les restrictions et décrets ne sont pas légitimes. Mais bon, il faut examiner la question médicale d’abord. Et pour aller plus loin, un dossier de presse sur le Covid19 que j’accumule depuis mars...

Sans doute, qu’après avoir examiné la question médicale, si on arrive à la conclusion qu’il faut rejeter ce que disent nos gouvernants au sujet de la gravité du Covid19, alors certains vont inévitablement demander: “Mais est-ce possible que nos autorités nous mentent à un tel point? C’est impensable!!” Ah, vraiment??

Pour bien juger cette question, je pense qu’il faut éviter un piège, c'est-à-dire prendre pour acquis que les gens en face de nous “pensent comme nous et qu’ils ont les mêmes scrupules moraux que nous”. Ce n’est pas toujours le cas. Pour bien peser la situation, il faut prendre connaissance de quelques faits, c'est-à-dire mettre de côté le discours étatique et médiatique et examiner le comportement de ces élites postmodernes.

Constatons d'abord que nos élites postmodernes actuellement au pouvoir se sont justement les mêmes qui partout en Occident après la Deuxième Guerre mondiale ont ouvert les portes à la destruction du mariage (lois sur le divorce), qui nous ont décriminalisé l’avortement, le mariage gai, qui imposent la propagande LGBT aux plus petits et les Drag Queen story time pour les corrompre, et qui depuis longtemps font des démarches pour éliminer les cours de religion au primaire et éroder les libertés religieuses (Canada, France et Suisse). Ce sont les mêmes qui tentent d'éliminer toute trace d'influence des croyances judéo-chrétiennes en Occident. Ce sont eux qui font avancer le djihad sexuel postmoderne. Ce sont eux qui, en prétextant s’opposer aux thérapies de conversion, s’attaquent à l’Évangile et la prédication sur le péché et l’appel à la repentance qu’il implique pour TOUS. Ce sont eux qui font la promotion de l'euthanasie (et veulent jouer à Dieu, décidant qui vivra, qui mourra). Et au Canada, le projet de loi C-7 vient de passer qui élargit les pouvoirs du système médical pour l’euthanasie. On s’approche de plus en plus des attitudes des Nazis[7] qui considéraient certaines catégories de personnes comme indignes de vivre. Nos élites postmodernes ce sont ces intolérants qui étouffent de plus en plus la liberté d'expression (religieuse et politique) pour tous. Ce sont ceux-là qui sont aux contrôles et qui émettent tous ces décrets qui réduisent à une peau de chagrin nos droits et libertés. Est-ce raisonnable de penser que ceux-là ne pourraient jamais nous mentir si cela leur semblait utile ? Puisque le postmodernisme rejette l’idée d’une loi morale absolue au-dessus de l’homme (et au-dessus de l’État) il faut constater que cette vision du monde n'offre aucun obstacle moral au mensonge. La raison d’État leur suffit… Non, la religion postmoderne ne pose aucun obstacle au mensonge, car c'est le rejet des 10 commandements ainsi que le rejet du Créateur et Législateur qui les a mis en place.

Réfléchissant à l’héritage de l’oeuvre de l’apôtre Paul, Adolphe Monod (1802-1856) décrit l’état du monde païen à l’époque de Christ et note les apports encore apparents du christianisme en Europe a son époque. (Monod: 1860: 143)

Oui, la suite a justifié ces heureuses prévisions, dans l'exacte proportion de la fidélité de l'Église. Parce qu'elle se relâche peu à peu dans la foi et dans la vie, elle n'accomplit qu'imparfaitement cette grande mission; mais parce qu'elle a pourtant quelque chose de Jésus-Christ, elle l'accomplit dans une certaine mesure; et certes, malgré tout ce qui manque à notre société moderne, il faudrait être bien aveugle, bien injuste, bien ingrat, pour ne pas reconnaître sa supériorité sur la société contemporaine de Jésus-Christ. La moitié du genre humain dans la servitude; la femme méconnue, avilie; le sanctuaire domestique profané par le culte du péché; le matérialisme accepté par l'esprit humain comme son terme, et presque comme son repos; les gladiateurs s'entr'égorgeant, pour le divertissement des dames romaines; les rois étrangers traînés dans les fers, derrière le char de leur vainqueur triomphant— nous n'avons pourtant pas toutes ces horreurs. Oui, durant la génération qui s'est écoulée de l'an 35 à l'an 65, l'Empire romain a été semé d'une semence de vie éternelle, qui contient en germe toute une révolution, non seulement morale, mais domestique, civile, politique, matérielle même, pour peu que le monde soit fidèle à cultiver cette semence venue du ciel, mais acclimatée dans l'humanité.[8]

Pouvons-nous en dire autant? Beaucoup des apports de civilisation et de moralité dont se vante Monod ici sont disparus. C’est assez révélateur… Ouais, il faut bien mesurer la distance qu’on a parcourue. Ouais, il faut bien constater qu’on en a perdu des choses depuis 160 ans. Et si Monod revenait aujourd’hui et qu’il voyait la moralité sexuelle de cette génération, ne dirait-il pas qu’on vit à Sodome et Gomorrhe? Et il aurait raison…  Surtout que bon nombre de leaders évangéliques, assujettis à la crainte des hommes, sont prêts à ouvrir (doucement) les portes de leurs églises à la propagande de Sodome et Gomorrhe. Il ne faut pas se leurrer, dans cette génération, il y a une GRANDE pression sur l’église pour s’assujettir à cette propagande. Et si Sodome a été l’objet du jugement de Dieu, quand sera-t-il de nous?

Et pour un prendre le pouls de cette pression exercée par Sodome sur l’Église du 21e siècle, voyons un exemple au Canada, pays si pacifique, pays reconnu pour sa politesse. Il s’agit du cas d’un pasteur noir de Toronto David Lynn qui a osé faire de la prédication de rue dans un quartier gai. Il s’est VITE retrouvé entouré de protestataires et, peu de temps après, arrêté par la police pour avoir simplement prêché l’Évangile.

Police handcuff and arrest black pastor for preaching plain gospel message.  (Blog Winter Knight)

En lisant cet article, on constate rapidement que même s’il prêchait dans un quartier gai, le pasteur Lynn n’a PAS cherché la provocation en parlant directement du péché de l’homosexualité. Il a été clair dans son message que TOUS ont péché et que la grâce est offerte à TOUS. Mais il semble bien que le rappel de notre état de pécheur (case départ de l’Évangile véritable) soit devenu intolérable à la génération qui nous entoure. Mais il est TRÈS clair qu’au Canada de 2020, que les LGBT n’ont pas seulement droit de cité, ils ont des politiciens et juges pour faire des interventions musclées afin de faire taire les critiques de cette idéologie... Je pense que c’est carrément se mentir que de prétendre que ces pressions n’ont pas d’influence sur les prises de position du leadership évangélique de cette génération.

Et si, dans le contexte actuel, des leaders évangéliques devaient livrer dans leurs églises le message clair de l’Évangile c'est-à-dire que tous, menteurs, voleurs, adultères, meurtriers, meurtrières (avortements), homosexuels, peuvent recevoir la grâce de Dieu s’ils confessent leur péché et s’en repentent, il ne faut PAS s’étonner que dans certains cas il y ait des réactions d’intimidation (faisant partie du djihad sexuel postmoderne) comparables à celles qu’a subi en déc. 2019 cette église pentecôtiste d’Allemagne à laquelle on a fait du vandalisme et mis le feu...

Arson attack against Pentecostal church in Germany: A radical feminist group claims the attack. It caused damages of 40,000 Euro, but pastor says the church “hopes and prays for a peaceful coexistence” in Tübingen. (Evangelical Focus - Europe - 2/1/2020)

Mais dans cette génération d’évangéliques, le hic c’est que la culture postmoderne qui nous entoure DÉTESTE de manière absolue ce concept de jugement, c'est-à-dire qu’hommes et femmes auront un jour des comptes à rendre devant le Juste Juge. Et la tentation qui confronte cette génération de leaders évangéliques est de nous “adapter” à cette situation, c'est-à-dire faire des compromis dans le message en biffant la question du péché et du jugement... Et à la fin, une grâce offerte à un pécheur qui ne reconnaît même pas son péché est un non-sens et une perte de temps TOTALE pour tous.

Mais le point de vue de mon contact sous-entend une question mal répondue: Quand est-il permis de résister à l'autorité? Dans quelles conditions? Notamment, quand on pousse à faire le mal ou à désobéir à Dieu. Sur la base d'une soi-disant pandémie où personne ne meurt dans les rues et où la majorité des malades ne savent pas qu'ils sont malades, c'est très suspect, car il est clair qu’il n’y a pas plus de morts que les années précédentes. Certainement en tout cas, quand pour des raisons illégitimes, on interdit aux chrétiens, sans véritable raison de santé, de répondre à leur devoir de chrétien c'est comme Pharaon interdisant aux Hébreux de louer leur Dieu.

Il faut toujours se demander qui l'autorité représente. Quand des Nazis entraient dans une maison et demandaient s'il y avait des Juifs cachés et que les occupants répondaient non alors qu'il y en avait sous le plancher, à quelle autorité résistaient-ils? L'autorité déléguée par Dieu, ou l'autorité satanique? Les chrétiens étaient soumis aux autorités sans renier la source de toute autorité: Dieu premier servi (et sa justice et vérité).

En tout cas, ces entités ont interdit plusieurs actions chrétiennes en 2020: les temps forts pour les chrétiens, comme Noël, Pâques, le droit de se rassembler, de prier et chanter ensemble, de tenir des temps fraternels, de visiter les malades et les personnes seules, d'intégrer de vieux parents à la vie de famille...


Conclusion
Il faut noter que l’argument posé par mon contact chrétien ne tombe pas des nues, mais s’enracine dans un profond courant de pensée chez les évangéliques. Il n’y a  rien d’étonnant que des chrétiens de cette génération tirent des conclusions comme celle de mon contact, faisant de Rom 13, leur seul principe pour gérer la relation entre le chrétien et l’État, car tout au cours du 20e siècle, le leadership évangélique francophone a TRÈS studieusement évité “les questions sociales” comme les modifications apportées aux lois sur le divorce après la Deuxième Guerre mondiale, l’avortement, le mariage gai, la propagande LGBT, etc. Toutes des questions qui auraient pu les mettre en conflit avec l’État et les idéologies de leur génération. Le leadership évangélique francophone a, de manière consistante, démontré que devant l’État il fallait toujours jouer les conciliants, s’écraser, se taire… C’est l’exemple qu’il a donné.

Et pour faire obstacle à de telles prises de position, il existe un ÉNORME blocage, c'est-à-dire la tradition TRÈS ancrée du piétisme. Chez les évangéliques francophones, le piétisme a de profondes racines et il a tendance à réduire le christianisme à ce qui se passe entre les quatre murs de l'église et RIEN d'autre (exception faite de l’évangélisation évidemment…). Et ces évangéliques à tendance piétistes vont réciter le mantra que “tout ce qui compte c’est l’Évangile”[9]...

Un morceau du puzzle c’est que sous l’influence des piétistes, les évangéliques francophones ont longtemps refusé de jouer leur rôle de sel de la terre[10] en France où les protestants français se sont un peu trop habitués à leur marginalité, d’abord par rapport aux catholiques, ensuite face aux idéologues des Lumières, et refusé de jouer leur rôle de sel de la terre dans la société où Dieu les a placés. À peu de choses près, c’est la même chose au Québec et en Suisse... Et à mon avis cela explique (en bonne partie) pourquoi les évangéliques francophones restent encore si marginaux en France et au Québec (1% de la population, moins encore au Québec). Et cet Évangile piétiste explique pourquoi l’influence culturelle des évangéliques francophones est quasi nulle. On est beaucoup trop confortables dans notre marginalité...

Si on discute sérieusement de ces choses, il arrive que le chrétien sous influence piétiste émette la crainte que l’implication politique du chrétien entraîne nécessairement la montée d’un régime théocratique ou la montée d’un Cardinal Richelieu évangélique. C’est une fausse crainte. Ouais je suis bien d’accord qu’un pasteur exploitant le prestige de son titre à des fins politiques n’est pas à sa place en politique, mais je ne pense PAS que cela vaut pour TOUS les chrétiens... Non, il ne s’agit pas non plus de préconiser un retour au Moyen Âge où l’église pouvait destituer des rois ou déclencher des Croisades. Mais que le pouvoir politique puisse être influencé par une moralité et éthique chrétienne oui, je suis d’accord. Il ne faut pas non plus limiter cette morale et cette éthique à la seule vie personnelle, familiale et ecclésiale du chrétien.

Il faut bien comprendre que de toute manière l’État soi-disant séculier ne peut jamais être neutre sur le plan moral ou éthique. Et cette moralité ou éthique, il faut bien le chercher quelque part… Les élites postmodernes en face de nous ont TRÈS bien compris la chose et cherchent par tous les moyens d’imposer leur perspective morale sur l’État (et sur la population) ET à éradiquer tout résidu d’influence judéo-chrétienne. Il est très clair que les élites postmodernes font tout en leur pouvoir pour modeler l’État à leur image… Manifestement, ils ne croient pas à la neutralité de l’État… C’est donc un intégrisme ou une Charia postmoderne… Pour nos élites postmodernes, pas question de faire du porte-à-porte pour faire des convertis. Non, ils préfèrent harnacher la machine de l’État et des médias pour imposer à tous leur système de croyances hypocrite (c'est-à-dire implicite, sans credo, ni manifeste[11]). Et pour l’éducation religieuse, ils sont CONTRE la liberté des parents de choisir l’enseignement religieux de leurs propres enfants. Nos élites postmodernes croient que c’est leur droit d’imposer leur système de croyances sur toute la population, avec ou sans son consentement…

Mais si William Wilberforce (1759–1833) avait adopté le genre d’Évangile piétiste à la mode dans nos églises du Québec, et avait accepté d’être soumis aux autorités alors il ne se serait JAMAIS battu pour abolir l’esclavage comme il l’a fait. Et le résultat? Si Wilberforce était resté dans son église à chanter dévotement ses cantiques alors lorsque tu sortirais le matin de chez toi, le conducteur du camion à vidanges serait un esclave, la dame à la pouponnière du coin serait une esclave et le chauffeur de bus qui passe dans la rue serait aussi un esclave. Lorsque l’Évangile véritable est prêchée, ça porte de vrais fruits, mais lorsqu’un évangile corrompu/estropié est prêché, alors inévitablement ça va attirer le jugement de Dieu. Pensez Église de Laodicée...

Ainsi le piétisme évangélique québécois ne peut que plaire à nos élites modernes et postmodernes, car ça réduit le christianisme à rien de plus qu'un “état psychologique”, sans aucune répercussion ou influence sociale, culturelle ou publique. Ce qui laisse TOUTE la culture et la société aux mains des dévots des Lumières, sinon aux postmodernes (et aux francs-maçons). Entre autres, une telle attitude marginalisée chez les évangéliques francophones au Québec laisse complètement le chemin libre aux FMs dans la mise en place de lois sur l'éducation sexuelle des enfants.

À la fin c’est un REFUS de jouer le rôle de sel de la terre et de lumière du monde dans notre génération. Et que dit notre Seigneur au sujet du sel qui a perdu sa saveur??

Ouais, il faut y penser...


Voici quelques réflexions supplémentaires sur le rapport du chrétien et l’État.

-- (2020) Dietrich Bonhoeffer's Work. Bonhoeffer Initative. Germany

Bill Muehlenberg (2020) The State is Not Absolute: Do not forget that in the Old Testament both prophet and priest kept kings in check. (CultureWatch - May 15, 2020)

Bill Muehlenberg (2020) The Choice Is Always Between the Real King and False Kings. (Caldron Pool - 30/10/2020)

Bill Muehlenberg (2021) Silencing the Churches: Increasingly the churches will either become tools of the State, or will be targeted by it. (23/1/2021)

Bill Muehlenberg (2021) 12 Biblical Cases of Civil Disobedience: Yes, there is a place for disobeying the State. (24/3/2021)

Bill Muehlenberg (2021) JOHN KNOX AND RESISTANCE THEORY: Many have wrestled with the idea of resistance to tyranny, including John Knox. (11/4/2021)

John MacArthur (2020) We Cannot Yield to Caesar That Which Belongs to God. (DailyWire - 13/8/2020)

Carlos Norbal (2020) La Primauté du droit par le Dieu Suprême part. 4 | YouTube – 1hre 54 min. 13 décembre Église Nouvelle Création - Montréal, QC

Carlos Norbal (2020) Liberté pour tous. | YouTube – 65 min. 2 novembre Église Nouvelle Création  - Montréal, QC

Carlos Norbal (2020) La liberté n'est pas gratuite. | YouTube – 69 min. 2 novembre Église Nouvelle Création  - Montréal, QC

Rev. Aaron Rock (2020) A Call to Divine Obedience over Civil Obedience. (Pursuit of Glory - 25/11/2020)

Larry Alex Taunton (2021) The Salt That Has Lost Its Savor: The Woke Church and the Undoing of America: If abortion, infanticide, violence in our streets, election-rigging, and the evils of Marxism aren't enough to rouse some churches, for what purpose do they exist? (The Spectator - January 3, 2021)

John W. Whitehead & Nisha Whitehead (2021) Stand Up to Tyranny: How to Respond to the Evils of Our Age. The Rutherford Institute - 29/3/2021

Roman Authorities Investigating Jesus For Violating Stay-In-Tomb Order. (BabylonBee - 12/4/2021) -> BabylonBee est un site satirique...




Stade larvaire d’une persécution des chrétiens par les postmodernes?

Christian Purge Envisioned During Biden/Harris Administration. (Leo Hohmann - Technocracy.News – 17/12/2020)




Références

Berthoud. Jean-Marc (2020) Du pouvoir dans la vie chrétienne. 176 p.

Gosselin, Paul (2006) Fuite de l'Absolu : Observations cyniques sur l'Occident postmoderne. Volume I. Samizdat Ste-Foy ix – 492 p.

Monod, Adolphe (19860) Sermons. [Troisième série] Librairie de Ch. Meyreis et cie. Paris 453 p.

Rutherford, Samuel (1644) Lex, Rex, or The Law and the Prince; a Dispute for the Just Prerogative of King and People. (PDF)

Steiner, George (2001) Grammaires de la création. Gallimard [Paris] (collection NRF-essais) 430p.



Notes

[1] - Merci à Jean-Marc Berthoud, historien, pour sa collaboration.

[2] - Contrairement aux technocrates de santé en 2020…

[3] - Rites qui avaient comme but d’encourager le patriotisme et l’unité politique et idéologique des peuples divers rassemblés sous l’empire romain.

[4] - À ce sujet l’historien de l’Église Jean-Marc Berthoud observe :

Il s’agissait du choix entre la confesion du baptême : Christos kurios ! (Christ Seigneur) et celle exigée par l’Empire : Caesar kurios ! (César Seigneur !) c’est à dire le choix entre la divinité du Christ et la pseudo-divinité de Caesar et de l’Émpire romain lui-même. Nous dirions aujourd’hui de l’État Providence.

[5] - Allusion à ce Psaume de David probablement, qui accorde avec le pouvoir politique, des responsabilités sérieuses et des comptes à rendre:

Je rendrai sa postérité éternelle, Et son trône comme les jours des cieux. Si ses fils abandonnent ma loi et ne marchent pas selon ses ordonnances, S’ils violent mes préceptes et n’observent pas mes commandements, je punirai de la verge leurs transgressions, et par des coups leurs iniquités; (Ps. 89 : 30-33)

[6] - Samuel dit à Saül: Je ne retournerai point avec toi; car tu as rejeté la parole de l’Eternel, et l’Eternel te rejette, afin que tu ne sois plus roi sur Israël. (1Sam 15: 26). Au sujet de l’État en général, J.-M. Berthoud observe :

La Bible contient deux enseignements sur le pouvoir. Il y a celui de Romains 13 : 1-7 qui nous donne le modèle typique du pouvoir juste. Mais il y a aussi celui d’Apocalypse 13 : 1-18 qui nous présente le modèle typique sur le pouvoir inique, celui auquel nous avons largement affaire aujourd’hui. Ce double enseignement sur la royauté (ou sur le Magistrat) se trouve aussi dans l’Ancien Testament. D’abord la législation définissant la bonne royauté ou  magistrature dans Deutéronome 17 : 14-20. Puis celui sur la mauvaise royauté (ou la magistrature nuisible) en I Samuel 8 : 10-22). Ce sur quoi nous frères se focalisent en se limitant à Romains 13 : 1-7 montrent qu’ils n’en comprennent pas l’ampleur de l’enseignement de la Bible sur ce sujet.

[7] - Et bien il faut savoir que si le programme eugénique Nazi a été connu surtout par l’Holocauste (où 6 millions de Juifs sont morts), toutes ces atrocités ont commencé par un programme presque oublié aujourd’hui qui avait le nom de code: T4. Le programme T4 a visé justement les mêmes qui sont visés par le discours actuel de la compassion postmoderne, soit les handicapés physiques et mentaux, tous ceux que l'on estimait dépendants, faibles, marginaux, improductifs et «de trop». La majorité de ces morts furent tirés non pas des rangs des races inférieures, mais étaient des Allemands ordinaires. Les documents administratifs nazis indiquent que ce régime accorda la mort «par compassion» à 70 000 individus, mais d’autres estiment que plutôt 200 000 adultes et enfants mal formés, débiles ou incurables furent éliminés.

[8] - Il est clair que depuis l’époque de Monod, il s’est fait une lente mais constante érosion des restes d’influences judéo-chrétiennes en Occident. Pour mesurer une partie de la distance parcourue, voyons ces commentaires de ce juif (et critique littéraire) réfléchissant aux catastrophes du 20e siècle, George Steiner, dans son essai Grammaires de la Création (2001: 11-12):

Il y eut, dans le passé, de hideux épisodes de peste, de famine et de carnage. L'effondrement de l'humanité au XXe siècle recèle cependant des énigmes spécifiques et il n'est le fait ni de cavaliers des steppes ni de barbares se pressant aux portes. Le nazisme, le fascisme, le stalinisme (même si les choses sont plus opaques dans ce dernier cas) sont nés de l'intérieur, du contexte, du théâtre et des instruments socio-administratifs des hauts lieux de la civilisation, de l'éducation, du progrès scientifique et de l'humanisme chrétien  ou de celui des Lumières. (…). Il semble cependant que l'extermination par les nazis de la communauté juive d'Europe soit une « singularité », non pas tant par son ampleur — le stalinisme a tué infiniment plus — que par ses motivations. Toute une catégorie de personnes humaines, les enfants compris, a alors été déclarée coupable d'être. Leur seul crime était d'exister et de prétendre vivre.

Il ne faut pas négliger de noter que la civilisation et les élites du 20e siècle décrites par Steiner sont clairement post-chrétiennes, profondément influencées par la vision du monde des Lumières et, particulièrement, le mythe d’origines matérialiste de Darwin.

[9] - Mais si on fouille sous le tapis, leur “Évangile” ne ressemble pas à l’Évangile du Nouveau Testament...

Bon, je m’explique...  L’Évangile du Nouveau Testament LUI est solidement ancré dans le concept que tous les hommes (et femmes) sont pécheurs et sous le jugement de Dieu et sans la grâce, la confession de leurs péchés et la repentance ils vont rester sous le jugement de Dieu. Jean-Baptiste n’a PAS hésité de rappeler aux petits et au grands de sa génération leur devoir de reconnaître leur péché et de s’en repentir. Même devant Hérode, qui avait pourtant pouvoir de vie ou de mort sur lui, Jean-Baptiste n'a pas dévié de sa route... Mais dans cette génération le leadership évangélique a élagué les aspects de l’Évangile que le monde ne VEUX PAS entendre. C’est la crainte de l’homme qui motive ce comportement et RIEN d’autre. Cherchez donc UN leader évangélique québécois dans cette génération avec le courage d’un Jean-Baptiste... Il va sans dire que proclamer la loi de Dieu à des hommes au cœur endurci exige du courage. Dans le cas de Dietrich Bonhoeffer, il finira comme Jean-Baptiste, c'est-à-dire pendu dans une prison dans les derniers jours du régime nazie.

Et si nos églises du Québec en arrachent actuellement sous les restrictions du Covid n’est-ce pas justement un JUGEMENT de Dieu contre des leaders évangéliques qui ont corrompu l’Évangile, en offrant un message adapté à ceux qui ont la démangeaison d’entendre des choses agréables? Mais bon, pour plusieurs évangéliques de cette génération, le jugement n’a AUCUNE place dans leur théologie alors ils ne peuvent même pas imaginer une telle chose... ET lorsque les évangéliques de cette génération refusent de joueur leur rôle de sel de la terre dans CETTE génération, ça ouvre TOUTE GRANDE les portes de l’église à l’influence du monde. Pas surprenant que le québécois moyen méprise à ce point les évangéliques...

[10] - Et si beaucoup de dirigeants évangéliques francophones ont refusé de jouer leur rôle de sel de la terre, parfois cela est motivé par une pulsion égoiste et un peu sadique qui est parfois exprimé explicitement: “Ah, si le monde se corromp, cela ne fait que hâter le retour de Christ!!” Désolé, mais c’est à des années lumières de l’attitude de Christ qui se lamenta sur Jérusalem qui l’avait rejeté (Matt. 23: 37).

[11] - Comme les communistes (le Manifeste du parti communiste, 1848), ou un Mein Kampf, rédigé par Hitler, donnant noir sur blanc leur programme…