Plan Cosmos Arts Engin de recherches Plan du site

Samizdat

Écoles mennonites et pensée unique au Québec.





Paul Gosselin

Dans nos milieux francophones on a une tradition sociale de pensée unique. À mon avis cela a ses racines dans l'héritage catholique qui, dans le passé, a dominé toutes les institutions en France (et même la politique, on n'a qu'à penser à Richelieu et Mazarin). Et les idéologies modernes, qui ont leurs racines dans le Siècle des Lumières, ont maintenu cette tradition (à leur profit évidemment). Et si on le constate (et le conteste) dans les milieux francophones peu s'en soucient. Une telle situation rends critique de la perspective dominante presqu'impossible. Le journaliste britannique Malcom Muggeridge a noté il y a plus de 30 ans dans l'Occident post- Seconde Guerre mondial, une tendance de plus en plus prononcé vers la pensée unique (1978: 91):

Et chez nous au Québec on ne fait pas exception à cette règle. Tout comme en France, le système scolaire est TRES centralisé et dès qu'il est question de sortir des sentiers battus touchant les idées reçues, on a droit à pratiquement une réaction de paranoïa de la part de nos grandes institutions et les élites qui les dirigent. Permettre le développement d'une perspective vraiment alternative, inconcevable, impossible!

La note qui suit concerne quelques écoles mises sur pied par des chrétiens Mennonites dans la région de l'Estrie (rive sud, pas très loin de Montréal). Ces frères veulent garder le contrôle sur ce qu'on enseigne à leurs enfants et n'ont pas peur de confronter le système du monde qui domine les écoles d'État (et de payer le prix de cette confrontation). Entre autres les mennonites s'opposent à l'enseignement sur la théorie de l'évolution ainsi que l'enseignement postmoderne sur la sexualité. L'hypocrisie implicite du concept d'écoles laïques est un thème discuté justement mon article Le mythe des écoles neutres.

Voici un communiqué émis par un service de presse évangélique anglophone.

BRAVE NEW SCHOOLS

Christians would rather move than hear evolution (2007) WorldNetDaily.

Évidemment les communiqués émis par les médias de l'état Québécoise donnent une version des faits biaisée, et affirment que l'État ne songe qu'à s'assurer de la "qualité" de l'enseignement. La note qui suit, qui n'est pas rédigé par un Mennonite, démontre assez efficacement que la "qualité" de l'enseignement n'est pas le souci réel des instances étatiques, mais plutôt de maintenir, sans aucune exception, leur monopole idéologique.

Andries, Patrick (2007) Nietzsche avait raison : « l’État est un monstre froid ». La Voix de l’est - lundi 6 août 2007

Cela aboutit tout de même à une situation fort ironique parfois, car malgré la croissance de l’influence postmoderne dans les écoles laïques en Occident, il est aussi courant d’entendre un discours moralisateur que l’on dirait tiré d’un manuel de moralité conservatrice. Très souvent le discours administratif des écoles affirme volonté de limiter des problèmes de comportement dont le mensonge, la violence et la tricherie. On tente de restreindre l’expression d’affection entre les sexes dans les écoles et on demande aux professeurs d'offrir aux étudiants un comportement exemplaire et les guider dans des décisions sages. Les professeurs doivent aussi surveiller l’accès Internet des étudiants et l’administration doit s’assurer que les filtres Internet sont en place pour éviter l’accès aux sites de pornographie. On impose souvent un code vestimentaire aux étudiants qui interdit les pubs pour l’alcool ou la drogue, les vêtements trop moulants ou trop décolletés pour les filles.

Mais si, comme nous l’affirme l'idéologie dominante de nos écoles, qu’il n’y a pas de divinité sinon celles que nous inventons, que le concept d'une divinité imposant des lois morales absolues est un artéfact d'un héritage religieux dépassé et que nous sommes en fait que le produit d’un processus évolutif indifférent ou pendant des millions d'années la seule loi qui a régné à été la survie, pourquoi se casser la tête avec tant d’interdits arbitraires? N’est –ce pas que de l’hypocrisie que d’imposer dans nos écoles des règles morales artificiels et sans fondement ultime? Comment se fait-il qu'une cosmologie aussi dure que le darwinisme doit se donner bonne conscience? Est-ce autre chose que du marketing?

Il faut noter que ce genre de situation auquel font face les Mennonites au Québec n'est pas neuve, car autrefois les francophones et anglophones au Québec avaient le droit constitutionnel d'avoir des écoles confessionnels supportés par l'État. Ce droit existait depuis le début de la confédération qui a fondée notre nation en 1867. En général les francophones envoyaient leurs enfants dans les écoles catholiques et les anglos dans les écoles protestants. Mais vers la fin des années 70 les évangéliques francophones ont ouvert des écoles évangéliques publiques dans le système protestant. En 2001, après 20 ans d'existence, une collusion exceptionnelle entre les gouvernements fédéral (parti Libéral de Jean Chrétien) et provinciale (parti Québécois) a abouti à l'élimination des écoles évangéliques francophones. Dans l'ordre normal des choses, ces deux partis ne s'entendaient sur rien du tout... Depuis, dans les écoles publiques on a le choix qu'entre écoles francophones ou anglophones, mais peu importe, c'est la pensée unique "politiquement correcte" partout. À l'époque j'avais adressé une lettre au ministre de l'éducation en protestation de ces initiatives de la part du Parti Québécois, alors au pouvoir.

Lettre ouverte à monsieur François Legault

Mais si nos sociétés francophones ont une tradition de la pensée unique, les leaders de nos églises évangéliques ont aussi une tradition, c'est-à-dire de se mettre la tête dans le sable (tant que peut se faire) à l'égard de tous ce qui se passe à l'extérieur des quatre murs de l'église en feignant que ce n'est pas "spirituel" (le point de repère est: tout ce qui n'est pas de l'évangélisation n'est pas "spirituel"). On a donc notre tradition évangélique qui consister à éviter toute confrontation réelle sur la place publique avec les idéologies dominantes ou les grandes institutions qui imposent leur discours sur nos sociétés. On aime trop le confort de nos petits ghettos évangéliques douillets. On ne VEUT PAS payer le prix d'une telle confrontation.

L'État sait qu'elle tient nos églises par les couilles au Canada, car en général, la menace que les églises puisse perdre leur statut d'organisme charitable fera fermer la trappe aux pasteurs les plus zélés (pour les non-canadiens ce système permet d'émettre des reçus pour les dons reçus que le chrétien ordinaire peut utiliser pour voir une réduction de ses impôts au moment de payer ses impôts à l'État. Perdre ce statut réduirait l'"intérêt" des dons faites aux églises). Il existe (heureusement) quelques rares exceptions à cette règle, mais ce sont tout de même des exceptions. Les Écritures nous disent que nous sommes appelés à être le sel de la Terre (c'est-à-dire de la société et de la culture qui nous entour), mais nous averti que si le sel perd sa saveur il ne sert plus qu'à être jeté dehors, et foulé aux pieds par les hommes...

Est-ce notre situation?


bon le sermon est terminé (pour le moment)


Autres ressources

Le Ministère prétend « accompagner » les mennonites

Les écoles peuvent-elles enseigner ce qu'elles veulent? (Mathieu-Robert Sauvé)

MUGGERIDGE, Malcom (1977/1978) Christ and the Media.
Eerdmanns Grand Rapids MI (coll. London Lectures in Contemporary Christianity) 127 p.