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Samizdat

Juger ou ne pas juger ?






Paul Gosselin

Il y a quelque temps, j'ai reçu la note qui suit touchant des articles en ligne sur Samizdat, articles qui abordent le sujet de l'idéologie gaie. D'abord la note, ensuite ma réponse.






monsieur


Je veux bien admettre mes fautes de français et d'ailleurs si vous en avez des cas précis à me soumettre, je suis à votre disposition pour faire les corrections visées. Mais je soupçonne que ce n'est pas ce qui vous préoccupe vraiment...

Vos commentaires visent, semble-t-il, un de mes textes touchant l'homosexualité. Pourriez-vous préciser ? Est-ce l'un de ceux-ci ?

L'homosexualité devant le Dieu de la Bible.

Homophobie: déconstruction du concept.

Dans votre réaction, vous vous offusquez que l'on puisse juger les homosexuels. Cela n'a rien d'étonnant, c'est presque un réflexe naturel pour notre génération postmoderne qui tolère tout, sauf cette idée qu'il puisse y avoir, quelque part, une loi absolue, au-dessus de tous (et qui puisse limiter les pulsions individuelles). Notre génération postmoderne DÉTESTE de manière formelle le jugement. Votre réaction donc n'a rien de singulier.

Mais puisque vous, vous êtes livré au jeu étrange de prodiguer des conseils chrétiens à un autre, tout en ne partageant pas ces convictions, j'avoue trouver amusant ce jeu. Permettez-moi aussi de participer.

Puisque vous dites que vous n'êtes pas chrétien, je présume alors que vous êtes athée. Sur le plan statistique, cette supposition est assez probable, car même ici au Québec une bonne part de la population se considère matérialiste, et vraisemblablement dans l'Hexagone, la part de la population athée est plus élevée encore.

Si vous êtes athée, il va de soi que vous ne croyez pas en Dieu. SI vous ne croyez pas en Dieu, en toute logique vous ne croyez pas non plus à un Législateur divin. Et sans ce Législateur divin il ne peut être question d'absolus sur le plan moral. Chacun peut alors se comporter comme il l'entend bien. Dostoïevski a vu clairement ce que cela impliquait lorsque dans les Frères Karamazov, il affirme "Si Dieu est mort, tout est permis!"

Si alors vous êtes cohérent avec vos présupposés, vous devez admettre alors que vous n'avez alors aucun droit de me faire des reproches touchant mes attitudes ou comportements (touchant la sexualité ou quoique ce soit d'autre d'ailleurs) Si vous pensez le faire, il faut justifier, et ce de manière cohérente avec vos présupposés. Si vous êtes athée et vous invoquez des concepts moraux chrétiens, il y quelque chose qui ne va pas. Vous agissez en parasite sur le plan éthique. Mais si vous invoquez les conceptions chrétiennes, il vous faut alors être cohérent avec les conceptions chrétiennes sur toute la ligne. Invoquer Mauriac ou Gide me semble a priori sans intérêt ici. Le chrétien véritable est d'abord disciple de Christ et non pas de Gide, voir même Jean-Paul II. Il faut alors savoir si vous obéissez aux enseignements de Christ lui-même. Mais c'est là une discussion d'un tout autre ordre et qui me semble sans intérêt à moins que vous démontriez l'intention sincère de vous plier à ces enseignements.

Ainsi, si vous, qui êtes un athée conséquent, cohérent avec ses présupposés et sa vision du monde, vous n'avez alors aucun droit de me faire des reproches touchant mes attitudes ou comportements. Tout au plus, sur le plan subjectif et émotif, vous pourrez me faire part du fait que vous n'aimez pas ma perspective, mais à ça on peut répondre facilement que c'est du même ordre que d'aimer ou pas la pizza, le fromage de chèvre ou le boudin... Question de goût. Si vous êtes athée, vaut mieux être un athée conséquent.

Il est illogique que vous vous me fassiez des reproches morals tandis que si moi, si je crois en un Législateur divin qui établit SA loi, à laquelle tous les hommes doivent rendre des comptes (ainsi que le rédacteur de ces lignes), je suis alors tout à fait dans la logique des choses, et cohérent avec mes présupposés, que de faire des reproches aux autres, car je fais appel à une loi que je n'ai pas inventée, que je tiens pour universelle et que ce soit un fait naturel que devant laquelle tous auront des comptes à rendre un jour. Et ce n'est pas une petite chose, car s'il n'y a pas de loi morale absolue, il en suit que Amnistie Internationale et tous les autres organismes du genre peuvent plier bagage, car on peut alors les accuser, en toute légitimité, de faire du colonialisme éthique et moral à l'égard des cultures non-occidentales. Sans aucun doute que votre position ne serait admise de Nietzsche qui se moquait des Anglais de son époque qui agissaient de la sorte. (1899/1970: 78-79)

Partant d'une position matérialiste, voyez à quelles conclusions abouti le grand logicien autrichien Ludwig Wittgenstein, dans son Tractatus (1921/86: 163)

Si la Science empirique est l'autorité épistémologique suprême et qu'elle n'a pas d'emprise sur la morale, il est alors logique d'affirmer, comme le fait Wittgenstein, Bertrand Russell, et bien d'autres à leur suite, que la morale n'existe donc pas. Le silence de l'univers devient alors assourdissant... Affirmer, comme le fait le matérialiste pur et dur, que seule l'observation empirique est valide est une hallucination métaphysique, car cette affirmation elle-même n'est pas une observation empirique. Mais ces auteurs n'ont pas le courage féroce et la suite dans les idées du Marquis de Sade qui, poussant jusqu'au bout la logique matérialiste dans ses implications sur le plan moral, remarqua sur le meurtre, par exemple (1795/1972: 138-139)

Sade a été rejoint récemment dans cette attitude par le philosophe australien et antispéciste notoire Peter Singer qui note (1993/1997: 120?)

La position de de Sade est sans doute tout à fait cohérente. Ce qui est naturel est légitime. Et l'on peut appliquer dans bien d'autres contextes selon l'avis de de Sade, dans les rapports entre les sexes par exemple (1795/1972: 112)

Dans L'homme révolté, Albert Camus explore certaines conséquences du relativisme moral, lié à la position matérialiste (1951: 17, 18)

Si la position de de Sade ou de Camus ne vous plaît pas, il faut alors en adopter une autre, mais de manière cohérente, conséquente. Si on examine, par contre, la vision du monde judéo-chrétienne et le matérialisme touchant la manière de voir l'homme le contraste est frappant. CS Lewis , auteur chrétien et copain de JRR Tolkien, affirmait (in Green & Hooper 1979: 204)

Mais trouver refuge dans des incohérences, que des matérialistes évoquent des concepts chrétiens, n'est pas chose exceptionnelle. Même les plus grands n'y échappent pas. Sartre, par exemple, abouti sur ce plan à une impasse à la fois risible et tragique (S. de Beauvoir 1981 : 551-552)

Ou en d'autres termes, une incohérence au milieu de la cohérence...



portez-vous bien

Paul Gosselin - webmestre



Bibliographie


BEAUVOIR, Simone de (1981) La cérémonie des adieux ; suivi de Entretiens avec Jean-Paul Sartre, août-septembre 1974. [Paris] : Gallimard, 559 p

CAMUS, Albert (1951) L'homme révolté. Gallimard, Paris 382 p.

GREEN, R. L. & HOOPER, Walter (1979) C. S. Lewis: A Biography. Collins Fount London

NIETZCHE, Friedrich (1899/1970) Crépuscule des idoles; suivi de Le cas Wagner . (trad. d'Henri et, al. Médiations ; 68) Denoël Gonthier Paris 190 p.

SADE, Marquis de; Blanchot, Maurice (1795/1972) Français, encore un effort si vous voulez être républicains. (extrait de "La Philosophie dans le boudoir") précédé de L'inconvenace majeure. Jean-Jacques Pauvert Paris (coll. Libertés nouvelles; 23) 163 p

SINGER, Peter (1993/1997) Questions d'éthique pratique. Bayard Éditions

WITTGENSTEIN, Ludwig (1921/1986) Tractatus logico-philosophicus.. Gallimard [Paris] (coll. Tel: 109) 364 p.