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Samizdat

Des paroles « trop dures », le nouveau péché mortel des évangéliques?

Ou l’art oublié de l’exhortation…



Si le sel perd sa saveur, avec quoi la lui rendra-t-on? (Matt 5: 13)
Malheur, lorsque tous les hommes diront du bien de vous, car c’est ainsi qu’agissaient leurs pères à l’égard des faux prophètes! (Luc 6: 26)
Car quiconque aura honte de moi et de mes paroles au milieu de cette génération adultère et pécheresse, le Fils de l’homme aura aussi honte de lui, quand il viendra dans la gloire de son Père, avec les saints anges. (Marc 8: 38)



Paul Gosselin (2019)

Le texte qui suit découle en bonne partie d’échanges avec des pasteurs évangéliques et des chrétiens ordinaires. Voici un commentaire qu’un pasteur m’a fait au sujet de ma manière “trop dure” d’intervenir au sujet d’enseignements courants dans l’Église. Après quelques commentaires pointus de ma part au sujet d’une prédication mettant de l’avant un évangile sans examen du péché, sans confession de péchés et sans repentance, un pasteur me faisait observer:

C’est que la vérité se communique dans l’amour. Et je sentais beaucoup de jugement [de ta part], peu de considération et pas vraiment un désir d’échanger et de grandir ensemble. Un café amical me semblerait un contexte plus approprié pour m’aider et m’encourager à m’approcher de Jésus, dont j’ai mis l’emphase sur la vérité hier…

Évidemment il n’y a rien de mal à la proposition d’un café amical offert de bon coeur. Mais l’affirmation que « C’est que la vérité se communique dans l’amour » est à la fois vraie et fausse. Est-ce un cas de « myopie biblique » ? Enfin, il reste que c’est un préjugé fort répandu chez les évangéliques de cette génération que l’on doit juger de manière uniquement émotive les observations et affirmations d’un chrétien, comme si la seule chose qui compte vraiment c’est que les paroles d’un chrétien doivent toujours provoquer de bons sentiments. Ainsi, selon ce préjugé, on exclut toute remise en question sérieuse (d’enseignement ou de comportement) et dans cette logique un chrétien doit TOUJOURS être aimable, gentil, flatteur, positif (si ce n’est manipulateur[1]) dans ses propos sinon on le considère “charnel”, semant la division, trop pointilleux, trop légaliste[2] et trop-ci ou trop-ça. Ou juste trop

Mais en restant dans cette logique, on pourrait demander aux pharisiens des Évangiles s’ils ressentaient de bons sentiments après le discours de Christ dans Matt ch. 23?[3] Est-ce qu’ils se sont sentis encouragés ou édifiés à la suite de ce discours ? On peut deviner quelle aurait été leur réponse...

Ainsi, dans cette logique Christ aurait été charnel en parlant de manière aussi sèche et directe aux pharisiens. Après tout, Christ aurait pu faire un effort pour être plus positif et plus constructif dans ses propos ? Et si on regarde les paroles dures dites par Jean-Baptiste à son auditoire (ex. Matt 3 : 1-12), on doit arriver à la même conclusion. Et, si l’on recul plus loin en arrière, ce serait idem pour la majorité des prophètes de l’Ancien Testament... Tous des charnels à ce point de vue, sinon (jouons les psys amateurs) des hommes profondément frustrés, sans doute tous des névrosés…

Ouais, on va peut-être penser “Hmmm. Il se prend pour un “prophète” celui-là ? Quel prétentieux!”...

Mais bon, je me dis que tout comme il est normal pour un chrétien d’exercer à l’occasion la fonction d’évangéliste (sans nécessairement chercher à se donner le TITRE d’évangéliste), c'est-à-dire en annonçant l’Évangile à des non-chrétiens, il en est de même pour la fonction de prophète. Ainsi il est tout aussi normal pour un chrétien ordinaire (et fidèle) d’exercer à l’occasion la fonction de prophète, mais sans ressentir le besoin de se donner le TITRE. Et dans cet exercice de la fonction de prophète, il est parfois NÉCESSAIRE de faire appel à un langage dur pour réveiller des consciences endormies ou endurcies.... Ça fait partie des règles du jeu[4].

Mais je suppose que si l’Évangile annoncé dans une église chrétienne EXCLUT les concepts de péché et de jugement, alors ceci peut expliquer qu’il promeut le préjugé (répandu) qu’un chrétien doit TOUJOURS être aimable, gentil, positif et flatteur dans ses propos sinon on le considère charnel, trop agressif, etc. C’est dans la logique des choses.... Et pour finir, il faut être clair que dans la vie du chrétien l’exercice de la fonction prophétique[5] celui qui exhorte, celui qui rappel la Vérité à ceux qui s’en éloignent, n’exerce PAS une fonction plus extraordinaire ou plus prestigieuse que l’exercice de la fonction d’évangéliste.


Mission Impossible : la remise en question dans les rapports hommes-femmes ?

Il y a quelque temps un pasteur m’a contacté, en réaction à une note de ma part que l’ordre fait aux hommes d'aimer leurs femmes comme Christ a aimé l'Église (qui figure dans Eph. 5 : 25-30) pouvait aussi impliquer remettre en question certains comportements ou attitudes féminins. Son commentaire m’a donné l’impression que juger le comportement des femmes est considéré (en quelque sorte) une forme d’hérésie par beaucoup d’évangéliques du 21e siècle.

J’aime ta franchise et ton côté direct, mais dommage pour tant d’agressivité et de généralisations. Pas sûr que ça aide à faire passer la pilule…

N’est-ce pas un peu triste que tant de pasteurs de cette génération se coulent dans le moule des idées reçues et se défilent si vite sur la question de la responsabilité féminine dans les rapports hommes-femmes. Le sujet tabou par excellence… Évidemment, dans le tri des rapports hommes-femmes, l’idéologie postmoderne (ainsi que le système juridique occidentale) a donné à la femme le statut irrévocable de VICTIME. Ainsi lorsqu’on fait le tri des conflits hommes-femmes, le verdict est vite fait, l’homme est toujours agresseur et coupable et la femme, toujours victime et innocente. Inutile de chercher plus loin. Elle n’a donc JAMAIS rien à se reprocher et n’a JAMAIS de comptes à rendre pour son comportement ou ses attitudes… Où sont les leaders évangéliques de cette génération qui osent aller à contre-courant et remettre en question ces idées reçues, ces dogmes de la société qui nous entoure ?

Il faut noter d'ailleurs que dans les églises évangéliques de cette génération l’ordre fait aux hommes d'aimer leurs femmes comme Christ a aimé l'Église (Eph. 5: 25-30) abouti à réflexion très superficielle, car à ce concept s'est collé une image de Christ comme un genre de Julio Iglesias céleste chantant sans fin les louanges de ses dames. C'est un petit mensonge qui plaît (trop) bien aux femmes. Mais pour voir clairement on n'a qu'à consulter brièvement le livre de l'Apocalypse (les lettres aux Sept Églises) pour se rendre compte que Christ a aussi apostrophé son Église, l'a confronté au sujet de certains croyances, attitudes et comportements et l'a appelé à la repentance. Il s'en suit que l'homme qui aime son épouse comme Christ a aimé l'Église sera appelé, de temps en temps, à la confronter au sujet de certains croyances, attitudes et comportements qu'elle peut avoir et l'appeler à la repentance, car c'est aussi ainsi que Christ a aimé l'Église.

Ah, “tant d’agressivité et de généralisations”... Qu’est-ce que cela veut dire au juste ? Personne ne le sait probablement, car trop souvent on évite de définir ces termes. Mais cela laisse tout de même entendre que l’agressivité et les généralisations (c'est-à-dire les remises en questions sérieuses) ce sont donc les nouveaux péchés mortels des évangéliques (postmodernes)? Il est curieux pourtant que la Parole de Dieu regorge de “généralisations”. Mais pour montrer patte blanche, je pense qu’il faut d’abord proposer une définition claire d’une « généralisation ». Par exemple, pourquoi pas « une observation sur le comportement humain qui est applicable dans un assez grand nombre de situations (pas tous) » ? Évidemment on peut faire des catégories, car dans la Parole de Dieu on rencontre des “généralisations” sur le comportement humain qui flattent notre petit moi, et d’autres qui ne le flattent pas, mais qui, au contraire, renversent nos petits châteaux de cartes (et sont pénibles à notre orgueil), nous poussant à regarder dans le miroir de la Vérité de la Parole de Dieu. Les hommes d’abord. Voici une généralisation que tous les hommes aimeront :

Heureux l’homme qui ne marche pas selon le conseil des méchants, qui ne s’arrête pas sur la voie des pécheurs, et qui ne s’assied pas en compagnie des moqueurs, mais qui trouve son plaisir dans la loi de l’Éternel, et qui la médite jour et nuit! Il est comme un arbre planté près d’un courant d’eau, qui donne son fruit en sa saison, et dont le feuillage ne se flétrit point: Tout ce qu’il fait lui réussit. (Ps. 1: 1-3)

Et, au contraire, voici cinq généralisations qui ne flattent pas l’orgueil du mâle.

J’aperçus parmi les stupides, je remarquai parmi les jeunes gens, un garçon dépourvu de sens. (Prov. 7: 7)

La voie de l’insensé est droite à ses yeux, mais celui qui écoute les conseils est sage. (Prov. 12:15)

C’est une gloire pour l’homme de s’abstenir des querelles, mais tout insensé se livre à l’emportement. (Prov. 20: 3)

Tout homme prudent agit avec connaissance, mais l’insensé fait étalage de folie. Prov 13: 16

Rencontre une ourse privée de ses petits, plutôt qu’un insensé pendant sa folie. Prov. 17: 12

Et chez les femmes, évidemment la généralisation du Cantique des cantiques (sinon Prov. 31: 10-31) flatte comme il le faut l’ego féminin et les fait vibrer. Mais ce MÊME Salomon fit parfois d’autres généralisations qui ne flattent PAS l’orgueil féminin. Par exemple:

Et voici, il fut abordé par une femme ayant la mise d’une prostituée et la ruse dans le coeur. Prov. 7:10

Un anneau d’or au nez d’un pourceau, c’est une femme belle et dépourvue de sens. Prov 11: 22

Mieux vaut habiter dans une terre déserte, qu’avec une femme querelleuse et irritable. Prov. 21:19

Une gouttière continue dans un jour de pluie et une femme querelleuse sont choses semblables. Prov. 27:15

Si on peut affirmer bien des choses au sujet de Salomon, on ne peut pas dire qu’il ne connaissait pas bien les femmes[6]… Au contraire, il y a lieu de penser qu’il les connaissait que trop… Et pour résumer la question des généralisations, Salomon observa qu’il y a un temps pour toute chose... Et si on revient sur le Cantique des cantiques, il y a un truc un peu curieux qui attira mon attention. Au milieu de ce chant à l’amour et, au moment où les émotions sont au sommet, Salomon raconte cette anecdote

J’étais endormie, mais mon coeur veillait... C’est la voix de mon bien-aimé, qui frappe: - Ouvre-moi, ma soeur, mon amie, ma colombe, ma parfaite! Car ma tête est couverte de rosée, mes boucles sont pleines des gouttes de la nuit. -  J’ai ôté ma tunique; comment la remettrais-je? J’ai lavé mes pieds; comment les salirais-je?  Mon bien-aimé a passé la main par la fenêtre, Et mes entrailles se sont émues pour lui. Je me suis levée pour ouvrir à mon bien-aimé; Et de mes mains a dégoutté la myrrhe, de mes doigts, la myrrhe répandue sur la poignée du verrou. J’ai ouvert à mon bien-aimé; mais mon bien-aimé s’en était allé, il avait disparu. J’étais hors de moi, quand il me parlait. Je l’ai cherché, et je ne l’ai point trouvé; Je l’ai appelé, et il ne m’a point répondu. Les gardes qui font la ronde dans la ville m’ont rencontrée; Ils m’ont frappée, ils m’ont blessée; ils m’ont enlevé mon voile, les gardes des murs. (CdC 5: 2-7)

Dans ces versets on voit donc madame qui fait des caprices et un saut d’humeur (selon les règles de l’art féminin). Ce qui est instructif est que le mâle en question laisse à la FEMME toute liberté de faire sa crise d’humeur, MAIS il ne se met pas à genoux pour implorer sa faveur (ou pour tenter de la mettre de bonne humeur). Et on voit même qu’il la laisse se débrouiller avec la situation qu’elle a provoquée et la laisse faire face à toutes les conséquences de ses caprices, SANS intervenir. C’est le respect de la liberté féminine.

Et, bien avant, chez les patriarches dans le livre de la Genèse, lors du renvoi d’Ismaël (et de sa mère) par Sara on constate un processus parallèle. Dans Gen. 16 Sara manque de foi que les promesses de Dieu au sujet du fils promis se réaliseront et elle a donc une “bonne idée” pour aider Dieu, c'est-à-dire faire venir l’héritier promis en passant par sa servante Agar. Mais les choses ne tournent pas comme l’avait souhaitée Sara et (Gen 21) cela aboutit à la guerre entre Sara et Agar. Après la naissance d’Isaac, Sara demande donc à Abraham de renvoyer son fils Ismaël AVEC sa mère Agar. Abraham accepte, mais sans enthousiasme. Là encore, il laisse une certaine liberté à sa femme et de ce geste de rejet de Sara, je me demande si LÀ n’est pas la source de la haine millénaire des descendants d’Ismaël (peuples arabes) envers les descendants d’Isaac? On voit parfois des bagarres entre gars où on en vient aux coups, mais peu de temps après, ils en rient et deviennent copains (fait vécu), mais chez les femmes, lorsqu’une femme fait un « affront » à une autre femme, souvent cette faute restera impardonnable jusqu’à la fin... Il me semble donc possible que la haine des Juifs chez les peuples arabes (descendance d’Ismaël) ait sa racine dans une querelle de femmes qui finira par être entretenue et retransmise, de génération en génération, aux fils d’Agar... C’est une hypothèse…

Ah, mais j’oubliais, « l’agressivité »?? Il est assez manifeste dans les Écritures que l’agressivité brute au service de la chair et de l’orgueil ne vaut pas cher.

Celui qui est lent à la colère a une grande intelligence, mais celui qui est prompt à s’emporter proclame sa folie. Pr 14: 29

Mais si on allait vraiment faire de l’agressivité un nouveau péché mortel, alors il faudrait prendre conscience que cela voudrait dire éliminer une part TRES large de la Bible. Pratiquement tous les prophètes peuvent être décrits comme agressifs, et (puisqu’on y est) même Jésus fut très agressif à l’égard des pharisiens et des vendeurs du temple. Et même dans ses lettres aux sept églises de l’Apocalypse, selon ce principe anti-agressif, on pourrait dire que Christ fut encore “trop” violent et intransigeant dans ses propos et aurait pu faire un effort pour initier un dialogue plus constructif avec les vendeurs du Temple... À la fin, je dirais même que le préjugé anti-agressif si répandu chez les évangéliques du 21e siècle est le fruit naturel d’une théologie qui se préoccupe BEAUCOUP plus de bons sentiments que de Vérité[7]… À la fin une telle théologie sera un terrain fertile pour le compromis et l’apostasie… Mais il faut savoir qu’une des responsabilités du chrétien est d’exercer son discernement. En effet, la Parole de Dieu nous commande:

Bien-aimés, n’ajoutez pas foi à tout esprit; mais éprouvez les esprits, pour savoir s’ils sont de Dieu, car plusieurs faux prophètes sont venus dans le monde. (1Jean 4: 1)

Aux évangéliques qui ne tolèrent aucune agressivité, aucune parole de jugement, voici une question : As-tu donc arraché toutes ces pages « agressives » de ta Bible? Je suppose que cela comporte l’avantage qu’il sera moins lourd pour l’apporter à l’assemblée tous les dimanches...

Le christianisme "ouvert", anti-querelles et qui se souci beaucoup plus d’émotivité que de vérité qui nous caractérise actuellement n'est plus le christianisme de la Bible, car lorsque c’était nécessaire ces chrétiens-là n’hésitaient pas à faire des reproches à ceux et celles qui affirmaient être chrétiens, aimant Dieu, mais qui démontraient le contraire par leur comportement. Alors cher lecteur, essayez imaginer un moment entendre un sermon dans une de nos églises évangéliques sur ce thème ?

Maintenant, ce que je vous ai écrit, c’est de ne pas avoir des relations avec quelqu’un qui, se nommant frère, est impudique, ou cupide, ou idolâtre, ou outrageux, ou ivrogne, ou ravisseur, de ne pas même manger avec un tel homme. (1Co 5: 11)

Est-ce imaginable ? Nous avons été atteints d'un aveuglement particulier si nous pouvons lire le Nouveau Testament et ne pas voir les chrétiens tels que Paul, Jacques, Pierre et Jean, sans mentionner Christ lui-même, qui, lorsque les circonstances l’exigeaient, confrontent et corrigent les gens qui se disent chrétiens, mais dont les comportements manquaient le but ou qui avaient des croyances fausses. Nous, nous préférons un christianisme marketing, sourire, social, confortable et finalement superficiel, qui évite les confrontations. Il est de bon ton pour un chrétien de chanter le dimanche matin « J’aime Jésus ! » mais il ne faut pas oublier que de même Jésus a dit « Je suis le chemin, la Vérité, et la vie. Nul ne vient au Père que par moi. » (Jean 14 : 6) mais si le comportement d’un chrétien démontre qu’il ne se soucie pas de marcher dans la Vérité, peut-il vraiment dire qu’il « aime Jésus ! » ? Avec un christianisme des apparences, avant tout émotif (et nombriliste), on n’en fera pas des Daniels (comme le prophète Daniel, prêt à sacrifier sa vie et ses privilèges pour marcher dans la Vérité), car trop souvent dans cette génération d’évangéliques notre "vérité" ultime (ou notre idole secrète), c'est l'épanouissement.


Le dogme de l’infaillibilité pastoral

Le dogme de l’infaillibilité pastoral ?? Qu’est-ce que ce truc ? Est-ce une blague (de mauvais goût) ?

Je m’explique. Malheureusement il n’est pas rare de rencontrer des leaders évangéliques qui, lorsqu’on leur pose des questions sérieuses touchant, soit leur enseignement ou leur comportement, qui chercheront à éviter ces remises en question en évoquant des trucs manipulateurs du genre: « Tu m’as fait bobo, alors tu me dois des excuses... », ou qui affirment encore «Il faut être positif et encourager »[8] (il y a un temps pour ça) ou en cherchant à asseoir leur autorité à la manière de Moïse, (sans nécessairement souhaiter que la terre avale[9] tous ceux qui pourraient remettre en question leur enseignement) et exiger la soumission ABSOLUE à tous leurs caprices et exclure la moindre remise en question. Ainsi, le comportement de beaucoup de pasteurs dans ces situations démontre qu’ils sont partisans du « dogme de l’infaillibilité pastorale ». Mais puisqu’on est des évangéliques, il ne faut pas s’attendre à des aveux sur ce sujet…

Le dogme (inavoué) de l’infaillibilité pastoral établit donc les pasteurs dans les faits comme une classe de chrétiens au-dessus[10] de toute remise en question de la part d’un "chrétien ordinaire"[11] et une fois cette attitude est bien ancrée, il fait de la remise en question d’un pasteur quelque chose se rapprochant du crime de lèse-majesté. À la fin, la logique de cette attitude établit les pasteurs comme une classe de chrétiens au-dessus de la Parole de Dieu[12]. Cette tradition évangélique a donc été à la source d’un grand nombre d’abus, parfois financiers, parfois doctrinaux et parfois sexuels... Un prédicateur américain dans cette mouvance, pris dans un scandale sexuel, répliqua sèchement aux questions qu'on lui posaient: « Tout ça ne regarde que Dieu et moi... » Le sujet est donc important pour tous les évangéliques.

Réduit à sa plus simplement expression le dogme de l’infaillibilité pastoral implique qu’un “chrétien ordinaire” ne peut JAMAIS remettre en question les affirmations ou le comportement d’un chrétien “dans le ministère”. Il faut constater que cette attitude est devenue une tradition qui a pénétré en profondeur nos églises évangéliques, mais le problème c’est que ce préjugé n’est PAS fondé dans la Parole. Il n’y a RIEN qui indique qu’il y a dans l’Église une classe d’individus à part, intouchables et au-dessus de TOUTE critique ou remise en question. C’est tout le contraire dans les Écritures.

L’apôtre Pierre (choisi par Christ lui-même) se fit traiter de “répréhensible” devant tous et pour une petite question sociale [où flotte la question de l’obéissance des chrétiens à la Loi de Moïse] (Gal. 2: 11-15). Et ailleurs, dans ses épîtres pastorales (pour régler des questions de la vie de l’église) l’apôtre Paul précise que ceux qui sont “dans le ministère” (dans des positions d’influence) doivent être des modèles pour les autres chrétiens. Au sujet des diacres, l’Apôtre dit :

Les diacres aussi doivent être honnêtes, éloignés de la duplicité, des excès du vin, d’un gain sordide,  conservant le mystère de la foi dans une conscience pure. Qu’on les éprouve d’abord, et qu’ils exercent ensuite leur ministère, s’ils sont sans reproche. (1Tite 3 : 8-10)

Cela implique que le chrétien « dans le ministère » a une plus grande responsabilité et davantage de comptes à rendre. Ainsi le point de vue biblique est que TOUS les chrétiens sont tenus de respecter les enseignements du Nouveau Testament et qu’il n’y a PAS de classe de chrétiens qui ne peuvent jamais être exhortés, repris ou qui sont au-dessus de toute exhortation ou remise en question. Désolé, mais si on pense ça, on tord les Écritures...

Cette tradition bien ancrée chez les évangéliques qui établi les pasteurs comme une classe de chrétiens au-dessus de toute remise en question attire inévitablement autour des pasteurs les beni-oui-oui, les flatteurs, devenant alors le fan-club du pasteur. Mais si tout pasteur a besoin d’encouragement (d’un Jonathan[13]), il a aussi besoin d’un Nathan[14], un chrétien avec le courage de dire (sans ambiguïté), lorsque nécessaire, dans le blanc des yeux du pasteur son péché : « Tu es cet homme !! » David était heureux d’avoir autour de lui des hommes à qui il devait la vie lors de combats livrés et qui pouvaient donc lui parler directement, sans courbettes. Même son général Joab[15], pas toujours un homme très éthique, osa contredire David lorsqu’il voulait s’enorgueillir en faisant le recensement d’Israël. Ceci dit, le métier de Nathan n’était pas sans risque. Si le roi Asa est compté parmi les bons rois de Judah, après une petite série de succès militaires, il pécha. Vint alors un voyant/prophète qui lui reproche sa faute. Mais imbu de lui-même, ce roi ne toléra pas cette remise en question. Sa réaction ? « Asa fut irrité contre le voyant, et il le fit mettre en prison, parce qu’il était en colère contre lui. Et dans le même temps, Asa opprima aussi quelques-uns du peuple. » (2Chron. 16 : 10)

Mais dans le cas du roi Salomon, je me suis demandé si le fait de ne pas avoir un Nathan auprès de lui n’a pas contribué à sa chute. Ce Salomon d’une réputation si extraordinaire (multimilliardaire, roi admiré, entrepreneur de projets de grande envergure, intellectuel et poète) et qui sous son règne avait apporté une prospérité fabuleuse à la nation d’Israël. Auréolé d’un tel prestige, qui osera le remettre en question son comportement lorsqu’il pécha en se mariant avec des femmes étrangères ?[16] Après tout, il ne faut pas tuer (ou incommoder) la poule aux œufs d’or ? Ouais, la raison d’État qui justifie tout… Cela donne l’impression que le grand prestige de Salomon[17] en fit un superhéros, un personnage intouchable…[18] Dans son essai, Sur la manière de discerner un flatteur d'avec un ami, le philosophe païen du 1er siècle, Plutarque[19], fit ces observations pleines de bon sens sur l’utilité d’un ami franc :

Il est peu d'hommes qui se maintiennent sages dans la prospérité. La plupart ont besoin d'une sagesse étrangère qui réprime l'enflure et l'agitation que les grands succès leur causent. Mais quand la fortune elle-même renverse leur orgueil avec leur prospérité, ce revers seul est une remontrance assez forte pour les porter au repentir.

En effet, c’est un portrait assez fidèle du comportement des fils déchus d’Adam (ou des filles déchues d’Ève). Mais revenons aux Écritures, car ce qu’enseigne l’épisode des disciples de Bérée dans Actes 17 prend place dans un enseignement plus général : « Examinez toutes choses; retenez ce qui est bon. » (1Thess. 5: 21).

N’en déplaise aux pasteurs, mais ce deuxième verset ne vise pas exercer son discernement uniquement face à l’influence idéologique du monde, influences qui ont leur source hors des quatre murs de l’église (chose utile, il va sans dire…), mais de l’exercer également face à ce qui est prononcé du haut de la chair chaque dimanche matin. Le chrétien qui agit de la sorte et qui examine l’enseignement de son pasteur en la comparant au plein conseil des Écritures ne fait que son devoir. Il n’est donc pas un rebelle. Et ce droit de regard du chrétien ordinaire n’est pas un privilège que le pasteur peut révoquer à sa guise lorsqu’il juge que le chrétien est « allé trop loin »... Et il en résulte que dans nos milieux évangéliques on se retrouve avec des individus qui, de par leurs accomplissements dans l’église ou leur popularité, deviennent intouchables dans la tête des gens (soit dans leur enseignement ou leur comportement). Et lorsque cela survient, cela revient à établir de « petits papes » dans nos églises. Et si on érige des idoles, le jour viendra où ces idoles peuvent tomber… Ainsi, le chrétien qui examine l’enseignement de son pasteur ne lui « manque pas de respect » s’il pose des questions sérieuses sur le contenu de certaines prédications. Il faut placer le respect là où il est dû, à la Parole de Dieu d’abord[20]

Oui je suis bien d’accord que dans l’exercice de leurs fonctions les pasteurs doivent souvent faire affaire à des ‘chialeux’ (selon l’expression québécoise), c'est-à-dire des gens qui n’aiment pas la couleur de la cravate du pasteur, la couleur du tapis de l’église, qui trouvent la musique trop forte (ou pas assez), qui auraient choisi un autre chant, qui trouvent qu’il fait trop chaud dans la salle (ou trop froid), qui trouvent que le pasteur devrait porter des jeans plutôt qu’un habit (j’ai déjà été de cet avis) etc., etc., etc., etc., etc., etc.... Ça j’en conviens, j’aurais de la peine à supporter moi-même à leur place. Mais je suppose que ça fait partie des risques du métier (publique) comme on le dit.

Un des acquis majeurs de la Réforme a été de mettre la Bible dans les mains du “chrétien ordinaire”. Et de cet acquis découle l’habitude très ancienne qu'ont les chrétiens des assemblées évangéliques d'apporter leur Bible à l'église et de l’utiliser en suivant le sermon. Il est possible que certains pasteurs pensent que le fait de tourner les pages dans leurs Bibles (tradition qui se perd quelque peu...) a pour but principal d’éviter que leurs brebis s’endorment pendant le sermon, mais l’objectif réel est tout autre, c’est-à-dire encourager les chrétiens à vérifier si ce qu’enseigne le pasteur est fondé dans les Écritures. Cela implique donc qu’aucun prédicateur, peu importe son prestige, ses diplômes, sa popularité, ses années de fidèle service ou ses titres, n’est au-dessus des Écritures. Même avec sa formation théologique et ses papiers d’accréditation, le pasteur peut se tromper, enseigner l’erreur, faire des compromis dans son enseignement et égarer d’autres. Malgré tout le respect et la reconnaissance qu’on peut devoir au pasteur pour ses bons et loyaux services, aucun homme ne peut être considéré intouchable dans son enseignement ou au-dessus de la correction..  Sur le plan des Écritures, cette tradition s’enracine dans différents versets, dont cet épisode, relaté dans les Actes:

"Aussitôt les frères firent partir de nuit Paul et Silas pour Bérée. Lorsqu’ils furent arrivés, ils entrèrent dans la synagogue des Juifs. Ces Juifs avaient des sentiments plus nobles que ceux de Thessalonique; ils reçurent la parole avec beaucoup d’empressement, ET ILS EXAMINAIENT CHAQUE JOUR LES ÉCRITURES, POUR VOIR SI CE QU’ON LEUR DISAIT ÉTAIT EXACT. Plusieurs d’entre eux crurent, ainsi que beaucoup de femmes grecques de distinction, et beaucoup d’hommes." (Actes 17: 10-12)

Et dans cette situation, le leader chrétien dont on examinait l’enseignement n’était nul autre que l'apôtre Paul. Paul/Saul, qui non seulement avait fait des études théologiques poussées (sous Gamaliel) et avait reçu son ordonnance directement des apôtres, mais sur le plan de l’autorité, Dieu lui a inspiré plus de la moitié du Nouveau Testament. Logiquement, si un pasteur de notre génération rejette tout examen (ou remise en question) de son enseignement, cela laisse entendre qu’il se met au-dessus de l’autorité de l'apôtre Paul! Et pourtant Paul n'a fait AUCUN reproche à ces Juifs (des incroyants à cette étape de leur vie!) touchant leur comportement! Au contraire, le rédacteur du livre des Actes ajoute “qu’ils avaient des sentiments nobles”. On pourrait paraphraser (librement) ce verset en disant qu’ils avaient compris une chose importante, ils avaient un amour pour la Vérité. Ces versets impliquent que tout chrétien a le droit de consulter sa Bible de manière à vérifier si ce qu'on lui enseigne à l’église est bien conforme à la Parole de Dieu.

Mais pour éviter tout malentendu, ce qui précède n'exclut évidemment PAS démontrer de l'estime et de la reconnaissance à un pasteur qui dispense droitement la Parole de Dieu et qui est fidèle au poste, année après année. Et pour éviter une réputation de chialeux (au sens employé par les Québécois[21]), à une époque où des scandales sexuels salissent autant le clergé catholique que des dirigeants évangéliques, je veux juste saluer et reconnaître ces pasteurs que le monde et les médias passent sous silence, c'est-à-dire ceux qui, année après année, marchent en pureté de vie, dans leurs pensées et leur comportement et qui ont gardé leur lit conjugal exempt de souillure (Heb 13: 4). Dans ce monde avec toutes ses tentations, c’est un vrai défi. Dieu sait ce que ça vaut. Et les gars, vous devez savoir que le défi de la pureté de vie commence d’abord avec la bagarre dans vos pensées. Ceux qui se permettent des écarts et, lorsque personne ne regarde, pataugent dans les poubelles de la pornographie, il faut savoir qu’un jour vous aurez des comptes à rendre pour avoir souillé votre esprit[22]. Et il ne faut pas se cacher que le fait de polluer son esprit avec la pornographie finira, tôt ou tard, par porter des fruits et se manifester dans son comportement. Ainsi à ces pasteurs qui ont marché dans les voies du Seigneur, gardant les yeux droits devant, je vous salue et sachez qu’une couronne incorruptible (1Co 9: 25) vous est réservée. Que Dieu vous garde et vous secourt !


Et l’art oublié de l’exhortation ?

Les réactions de chrétiens ordinaires et de pasteurs me portent à penser que cette génération d’évangéliques est devenue assez intolérante à l’exercice de l’exhortation. Aujourd’hui pour un très grand nombre de chrétiens, ce mot « exhortation » ne signifie pratiquement rien d’autre que flatter les autres en leur disant que des choses agréables, consolantes, encourageantes (si ce n’est de les manipuler dans le but d’obtenir des choses correspondant à nos intérêts)... Désolé, mais se peut-il que l’on ne fasse que retenir les aspects de l’enseignement des Écritures sur l’exhortation que l’esprit du siècle juge acceptable?  Le dictionnaire définit simplement l’exhortation ainsi :

Discours par lequel on incite, on encourage quelqu'un à faire ou à ne pas faire une chose.

Mais dans la Parole de Dieu, l’exhortation comporte deux faces. Une de ces faces se préoccupe de l’encouragement et la consolation. Voici un verset que met de l’avant cet aspect de l’exhortation.

Veillons les uns sur les autres, pour nous exciter à la charité et aux bonnes oeuvres. (Heb. 10 : 24)

Mais le problème chez les évangéliques de cette génération c’est qu’on rejette délibérément l’autre face de l’exhortation qui est intimement liée à la fonction prophétique, don qui se manifeste dans l’Ancien et le Nouveau Testament parfois par l’encouragement, la consolation, mais principalement, dans la dénonciation du péché. Dans les Écritures, les deux faces de l’exhortation sont liées et justement dans ce même chapitre de l’épître aux Hébreux, on voit mise à l’avant la fonction désinfectante de l’exhortation servie avec un avertissement solennel.

Exhortons-nous réciproquement, et cela d’autant plus que vous voyez s’approcher le jour. Car, si nous péchons volontairement après avoir reçu la connaissance de la vérité, il ne reste plus de sacrifice pour les péchés, mais une attente terrible du jugement et l’ardeur d’un feu qui dévorera les rebelles. Celui qui a violé la loi de Moïse meurt sans miséricorde, sur la déposition de deux ou de trois témoins;  de quel pire châtiment pensez-vous que sera jugé digne celui qui aura foulé aux pieds le Fils de Dieu, qui aura tenu pour profane le sang de l’alliance, par lequel il a été sanctifié, et qui aura outragé l’Esprit de la grâce? Car nous connaissons celui qui a dit: A moi la vengeance, à moi la rétribution! et encore: Le Seigneur jugera son peuple. C’est une chose terrible que de tomber entre les mains du Dieu vivant. (Heb. 10 : 25-31)

Mais c'est Jérémie qui nous fourni la version la plus synthétique du rôle prophétique: "Regarde, je t’établis aujourd’hui sur les nations et sur les royaumes, pour que tu arraches et que tu abattes, pour que tu ruines et que tu détruises, pour que tu bâtisses et que tu plantes." (J,ér. 1: 10) Dans cette génération d’évangéliques, le hic c’est que la culture dominante (postmoderne) qui nous entoure DÉTESTE ce concept de jugement, c'est-à-dire l’idée qu’il y a Quelqu’Un devant qui MOI, j’ai des comptes à rendre et que c’est le Créateur de l’univers qui établit les règles morales, non pas MOI. Et de ce fait, une discussion sérieuse sur le péché est certaine de provoquer des levées de boucliers. Le comportement des évangéliques de cette génération me semble un indice que nos attitudes sur cette question sont largement moulées par la pensée païenne qui nous entoure dans la société occidentale postmoderne, car souvent ils réagissent exactement comme les non chrétiens à de telles remises en question… Et un des dogmes les plus fondamentaux des postmodernes c’est le rejet catégorique d’un standard éthique auquel TOUS seront jugés. Et ça, c’est le défi lancé par le Goliath postmoderne aux évangéliques. Mais pour une part très large du leadership évangélique la seule réponse c’est de se cacher, se terrer dans le « business as usual »…. Tout va bien… Passez, rien à voir ici…

Il faut constater que nous ne résistons pas très bien à la tentation de nous adapter à cette situation, c'est-à-dire faire un compromis dans le message en biffant (pour faire plaisir à notre auditoire) la question du péché et du jugement...  Ainsi on a vu une foule d’enseignants qui se sont donnés comme mission de desservir le marché (fort rentable) de ceux qui ont « la démangeaison d’entendre des choses agréables » (2Ti 4: 3) Dans cette génération, manifestement c’est un marché bien servi… Chez les pentecôtistes, la profonde influence du mouvement Parole de Foi/Word-Faith a sans aucun doute contribué à pervertir/estropier le concept de l’exhortation. Le résultat ? Toute la face de sanctification et exposition du péché a été biffée. Et nous pensons alors pouvoir parvenir à la sanctification par des moyens manipulateurs, charnels, psychologiques… Mais la Parole nous avertit que « Si le sel perd sa saveur, il est alors bon pour être… » (Matt. 5 : 13) La crainte des hommes nous pousse au compromis.

Mais les Écritures nous disent bien que la crainte de Dieu c’est le commencement de la sagesse. Ou, si je me permets une paraphrase assez libre : Reconnaître que les règles morales de l’univers viennent de Dieu seulement et NON des hommes (ou des élites postmodernes occidentales) est le commencement de la sagesse… Cela implique évidemment que chacun de nous, chaque individu, homme ou femme, sans exception, aura des comptes à rendre devant ce Dieu.

Comme on peut le voir ici, chez le roi David, l’exhortation qui expose le péché, son péché, n’est pas perçue comme quelque chose d’insupportable, d’intolérable.

Que le juste me frappe, c’est une faveur; Qu’il me châtie, c’est de l’huile sur ma tête: Ma tête ne se détournera pas; (Ps. 141 : 5)

Sonde-moi, ô Dieu, et connais mon coeur! Éprouve-moi, et connais mes pensées! Regarde si je suis sur une mauvaise voie, et conduis-moi sur la voie de l’éternité! (Ps. 139 : 23-24)

La Bible nous dit que dans notre état actuel, on mérite tous le jugement et l’Enfer. Évidemment on souhaite tous que Hitler, Staline ou Pol-Pot (ou votre politicien américain favori) subissent l’Enfer et paient pour leurs crimes, mais Dieu n’est pas un juge partial. TOUS sans exception doivent y passer, hommes et femmes. Pas question d’importer au Paradis, l’enfer dans nos cœurs (le mensonge, l’orgueil, etc.)… Dieu nous propose donc une porte de sortie à notre dilemme, au cul-de-sac de la condition humaine, car il a fait porter le jugement et la punition que méritaient nos fautes sur son Fils. Et par ce moyen, on peut à nouveau accéder à la relation perdue avec notre Créateur et accéder à nouveau au Jardin.

Mais auparavant, comme le fils prodigue de la parabole (Luc 15 : 11-32), nous devons tous, hommes et femmes, piler sur notre orgueil et reconnaître la justice de Dieu et confesser notre péché personnel. C’est également ce qu’a fait le bon larron sur la croix à côté de Jésus (Luc 23 : 39-43). C’est à partir de ce stade que Dieu nous propose une nouvelle vie, en réconciliation avec les hommes et avec Dieu, et après la mort, avec l’espoir (non factice) d’un monde meilleur. Contrairement au marxisme, la Révolution que propose Christ s’attaque à la racine véritable du problème, au cœur humain, non pas aux structures sociales[23].

 Le royaume de Dieu ne vient pas de manière à frapper les regards. On ne dira point: Il est ici, ou: Il est là. Car voici, le royaume de Dieu est au milieu de vous. (Luc 17 : 20-21)

Et CETTE révolution préserve la liberté humaine (il ne peut y avoir de contrainte) et lorsqu’elle touche des vies, ça produit des résultats palpables et empiriques comme le cas de Zachée, ce fonctionnaire malhonnête et parasitaire qui un jour a rencontré Jésus de Nazareth et qui a dit :

Mais Zachée, se tenant devant le Seigneur, lui dit: Voici, Seigneur, je donne aux pauvres la moitié de mes biens, et, si j’ai fait tort de quelque chose à quelqu’un, je lui rends le quadruple. (Luc 19: 8)

Viva la revolucion !!! Imagine des Bill Gates (ou si tu préfères, des Donald Trump) qui passeraient par là ?? Mais passons aux choses sérieuses et allons jusqu’au bout de la logique. Imaginons toi et moi qui vivent cette révolution !! Ça c’est la case départ…


Références



- (2018) Is Francis Chan Right That God Will Destroy Those Who Challenge Christian Leaders? (Let Us Reason)

- (2019) My Tone Offends You? It’s Mutual. Pulpit & Pen

Chevrier, Jean-Marie (2019) Abus spirituels dans l’Église. (YouTube – 30 min.)

Davis, Eric (2019) Should Christians Not be Known for What They are Against? Cripplegate

Gosselin, Paul (1984) Des attentes déçues: Réflexions sur les attitudes touchant la foi dans le milieu pentecôtiste. Samizdat

Gosselin, Paul (2001) La guerre contre la tentation. Samizdat

Hall, JD (2019) Stop Treating False Teachers with Kid Gloves. Pulpit & Pen

Lesley, Michelle (2018) Ne touchez pas à mon oint! Samizdat

Maples, Jeff (2019) Harsh and Divisive Things Jesus Said. Reformation Charlotte

Pierce, Justin (2017) Kill The Bereans – The Murder of Discernment in Modern Christianity[24]. (Bible Thumping Wingnut)

Plutarque (≈90 ap. J-C/1844) Sur la manière de discerner un flatteur d'avec un ami. Tiré des Oeuvres morales. (traduction Ricard) Lefebvre éditeur Paris

Ratliff, Mike (2019) We are commanded to test the spirits. Possessing the Treasure Blog Posted on February 10,

Ratliff, Mike (2019) Fools and their foolishness. Possessing the Treasure (blog)

Shaughnessy, Tim; Kauffman, Timothy F. (2017) The Gospel According to John Piper. BTWN Blog

Shellnutt, Kate (2019) From Mars Hill to Harvest: Hope for a Wounded Church : How Christians care for one another when their leaders fall. Christianity Today

Wintery Knight (2019) Are men allowed to have preferences about which women are best for marriage? (blogue)



Notes


[1] - Plutôt que direct dans ses propos. Et sur ce point particulier (la nécessité d’être toujours positif dans ses propos) je pense qu’il y a là, une manifestation de l’influence de la pensée positive païenne chez les évangéliques. Sujet que j’explore davantage dans Gosselin (1984).

[2] - Péché mortel du chrétien postmoderne…

[3] - C'est-à-dire :

Alors Jésus, parlant à la foule et à ses disciples, dit: Les scribes et les pharisiens sont assis dans la chaire de Moïse. Faites donc et observez tout ce qu’ils vous disent; mais n’agissez pas selon leurs oeuvres. Car ils disent, et ne font pas. Ils lient des fardeaux pesants, et les mettent sur les épaules des hommes, mais ils ne veulent pas les remuer du doigt. Ils font toutes leurs actions pour être vus des hommes. Ainsi, ils portent de larges phylactères, et ils ont de longues franges à leurs vêtements; ils aiment la première place dans les festins, et les premiers sièges dans les synagogues; ils aiment à être salués dans les places publiques, et à être appelés par les hommes Rabbi, Rabbi. Mais vous, ne vous faites pas appeler Rabbi; car un seul est votre Maître, et vous êtes tous frères. Et n’appelez personne sur la terre votre père; car un seul est votre Père, celui qui est dans les cieux. Ne vous faites pas appeler directeurs; car un seul est votre Directeur, le Christ. Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. Quiconque s’élèvera sera abaissé, et quiconque s’abaissera sera élevé. Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites! parce que vous fermez aux hommes le royaume des cieux; vous n’y entrez pas vous-mêmes, et vous n’y laissez pas entrer ceux qui veulent entrer. Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites! parce que vous dévorez les maisons des veuves, et que vous faites pour l’apparence de longues prières; à cause de cela, vous serez jugés plus sévèrement. Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites! parce que vous courez la mer et la terre pour faire un prosélyte; et, quand il l’est devenu, vous en faites un fils de la géhenne deux fois plus que vous. Malheur à vous, conducteurs aveugles! qui dites: Si quelqu’un jure par le temple, ce n’est rien; mais, si quelqu’un jure par l’or du temple, il est engagé. Insensés et aveugles! lequel est le plus grand, l’or, ou le temple qui sanctifie l’or? Si quelqu’un, dites-vous encore, jure par l’autel, ce n’est rien; mais, si quelqu’un jure par l’offrande qui est sur l’autel, il est engagé. Aveugles! lequel est le plus grand, l’offrande, ou l’autel qui sanctifie l’offrande? Celui qui jure par l’autel jure par l’autel et par tout ce qui est dessus; celui qui jure par le temple jure par le temple et par celui qui l’habite; et celui qui jure par le ciel jure par le trône de Dieu et par celui qui y est assis. Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites! parce que vous payez la dîme de la menthe, de l’aneth et du cumin, et que vous laissez ce qui est plus important dans la loi, la justice, la miséricorde et la fidélité: c’est là ce qu’il fallait pratiquer, sans négliger les autres choses. Conducteurs aveugles! qui coulez le moucheron, et qui avalez le chameau. Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites! parce que vous nettoyez le dehors de la coupe et du plat, et qu’au dedans ils sont pleins de rapine et d’intempérance. Pharisien aveugle! nettoie premièrement l’intérieur de la coupe et du plat, afin que l’extérieur aussi devienne net. Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites! parce que vous ressemblez à des sépulcres blanchis, qui paraissent beaux au dehors, et qui, au dedans, sont pleins d’ossements de morts et de toute espèce d’impuretés. Vous de même, au dehors, vous paraissez justes aux hommes, mais, au dedans, vous êtes pleins d’hypocrisie et d’iniquité. Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites! parce que vous bâtissez les tombeaux des prophètes et ornez les sépulcres des justes, et que vous dites: Si nous avions vécu du temps de nos pères, nous ne nous serions pas joints à eux pour répandre le sang des prophètes. Vous témoignez ainsi contre vous-mêmes que vous êtes les fils de ceux qui ont tué les prophètes. Comblez donc la mesure de vos pères. Serpents, race de vipères! comment échapperez-vous au châtiment de la géhenne? C’est pourquoi, voici, je vous envoie des prophètes, des sages et des scribes. Vous tuerez et crucifierez les uns, vous battrez de verges les autres dans vos synagogues, et vous les persécuterez de ville en ville, afin que retombe sur vous tout le sang innocent répandu sur la terre, depuis le sang d’Abel le juste jusqu’au sang de Zacharie, fils de Barachie, que vous avez tué entre le temple et l’autel. Je vous le dis en vérité, tout cela retombera sur cette génération. Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes et qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous ne l’avez pas voulu! Voici, votre maison vous sera laissée déserte; car, je vous le dis, vous ne me verrez plus désormais, jusqu’à ce que vous disiez: Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur! (Matt. Ch.23)

[4] - Bien que pour le chrétien, marcher dans la Vérité n’a RIEN d’un jeu, c’est TRES sérieux.

[5] - Et je ne parle PAS de conneries du genre, prédire la date du jour du retour de Christ...

[6] - Comme ce serait (normalement) le cas d’un prêtre catholique…

[7] - Et, tôt ou tard, une telle théologie ouvrira la porte aux compromis et à l’apostasie… D’autre part, chez le leadership évangélique une telle théologie peut se nourrir d’un calcul financier. Certains pasteurs peuvent être tentés de ne pas dire des choses (vraies) qui pourraient choquer ou frustrer son auditoire, car cela pourrait (éventuellement) interrompre le cashflow de l’église si de généreux membres de l’assemblée boudaient les prédications ou quittaient l’église. Ainsi la crainte des hommes peut mouler l’enseignement si on met la business d’église avant la VÉRITÉ…

[8] - Ce qui souvent (sans le dire ouvertement) laisse entendre, a priori, l’exclusion de toute critique visant un pasteur…

[9] - Comme dans l’épisode de Dathan et Abiram relaté dans Nombres 16.

[10] - Le vidéo de Jean-Marie Chevrier relate un cas d’église évangélique où le pasteur se permit d’exiger une soumission égale à celle que le chrétien doit à Dieu ! Tiens, du fascisme évangélique ? Ja wohl, mein Führer

[11] - Et les pasteurs peuvent être assez créatifs pour produire des prétextes pour refuser toute remise en question. Par exemple, on peut alléguer qu’un chrétien ordinaire ne peut juger du comportement ou de l’enseignement d’un pasteur que s’il a fait son collège biblique. Soit, mais si dans les faits ce chrétien a fait son collège biblique, on alléguera alors qu’il n’a pas été pasteur d’expérience pendant suffisamment longtemps. Évidemment on peut tenir en laisse un diplômé d’école biblique (aspirant pasteur) avec la menace implicite qu’il doit se tenir tranquille, sinon au risque de voir diminuer ses chances de se trouver plus tard une place.

[12] - Évidemment les premiers concernés n’admettront pas un tel fait, mais que dire lorsque leur comportement le confirme ?

[13] - Voir 1Samuel 18 : 1-3.

[14] - Voir 2Samuel 12 : 1-12.

[15] - Voir 2Samuel 24 : 1-4.

[16] - Voir Néhémie 13 : 26. Et il faut se rendre compte que Salomon a violé les préceptes suivants, prononcés par Moïse au sujet des rois des Juifs :

Qu’il n’ait pas un grand nombre de femmes, afin que son coeur ne se détourne point; et qu’il ne fasse pas de grands amas d’argent et d’or. Quand il s’assiéra sur le trône de son royaume, il écrira pour lui, dans un livre, une copie de cette loi, qu’il prendra auprès des sacrificateurs, les Lévites. Il devra l’avoir avec lui et y lire tous les jours de sa vie, afin qu’il apprenne à craindre l’Eternel, son Dieu, à observer et à mettre en pratique toutes les paroles de cette loi et toutes ces ordonnances; afin que son coeur ne s’élève point au-dessus de ses frères, et qu’il ne se détourne de ces commandements ni à droite ni à gauche; afin qu’il prolonge ses jours dans son royaume, lui et ses enfants, au milieu d’Israël. (Deut. 17 : 17-20)

[17] - Un prestige qui rejaillissait sur tout Israël…

[18] - Et cette admiration extraordinaire dont Salomon a été l’objet semble avoir contaminée ses descendants et donné fruit à une arrogance extraordinaire. Voir l’épisode de Roboam (1Rois 12 : 1-19). Et cette arrogance fut puni non seulement par l’affaiblissement politique du roi d’Israël, mais aussi par une invasion et un dépouillement économique (1Rois 14 : 21-28).

[19] - S’il était possible que Plutarque (qui fut, pendant un moment, prêtre d’Apollon au temple de Delphes) ait eu quelques contacts avec la première génération de chrétiens, à ma connaissance rien ne le confirme. Wiki note à son sujet qu’il fut envoyé en 65 à l’école platonicienne d’Athènes. Qui sait si Plutarque ne fut pas parmi ceux qui entendirent le discours de l’apôtre Paul (lors de son deuxième voyage missionnaire) à l’Aréopage d’Athènes ? (voir Actes 17 : 15-34) Évidemment pour ces philosophes grecs, le concept d’un Dieu incarné et ressuscité leur était incroyable. Pour eux (sous l’influence de Platon), le monde matériel était méprisable et nettement inférieur. Il leur était donc inconcevable que la divinité s’y incarne ou (pire encore) mette en valeur le corps humain (par la résurrection). Aujourd’hui le grand obstacle à l’Évangile chez nos élites postmodernes en Occident est bien différent. Eux ils ne peuvent tolérer ou admettre le concept d’un Dieu qui juge et devant qui TOUS auraient des comptes à rendre. Que l’humanité soit sous le jugement de Dieu et que l’humiliation et la confession de péché et la repentance des œuvres mortes soient nécessaires au salut (suite à l’acceptation du sacrifice de Christ à la croix) sont alors des concepts scandaleux, intolérables

[20] - Et les apôtres, comparaissant devant les leaders religieux établis par Dieu et questionnés au sujet de leur enseignement, leur répondirent : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes ». (Actes 5 : 29)

[21] - C'est-à-dire celui qui ergote ou se plaint constamment sans motif valable.

[22] - Il est TRES clair que du point de vue de notre Seigneur, ce n’est PAS une petite affaire, car il dit : « Mais moi, je vous dis que quiconque regarde une femme pour la convoiter a déjà commis un adultère avec elle dans son coeur. » (Mt 5: 28). Et mesdames, puisque Dieu est le Juste Juge, il faut savoir que vous aussi vous aurez des comptes à rendre devant Dieu pour vos pensées adultères.

[23] - Comme c’est le cas du système de croyances érigé par Karl Marx. Ou, comme aimait le dire Jean-Paul Sartre, « L’Enfer c’est les autres… » oui, les autres, toujours les autres, jamais MOI… Comme c’est commode…

[24] - Ouais, le titre me semble inutilement exagéré. En Occident, si les chrétiens fidèles à la Vérité peuvent subir quelque mépris, ils ne subissent pas (encore) le bûcher. Dans le monde dominé par l’Islam ou en Chine, les choses sont beaucoup plus sérieuses.